jeudi, 29 août 2013

Abolition du service militaire obligatoire : Sous le casque à boulons, la plage ?

Le 22 septembre, premier jour de l'année (1er Vendémiaire) dans le calendrier républicain, sera-t-il le jour de l'abolition de la conscription en Suisse ? Ce jour-là, en effet, l'initiative du Groupe pour une Suisse sans Armée recevra le verdict qu'elle sollicite du peuple. On la votera, cette initiative. Sans enthousiasme, en considérant qu'elle procède d'un faux calcul (élargir le cercle des adversaires de l'armée actuelle, mais au prix de la démobilisation d'une partie des antimilitaristes) mais convaincus par la mobilisation contre elle, à l'appel d'Ueli Maurer, de tout ce que notre beau pays compte de casques à boulons. Pesant aussi sur des têtes féminines : si l'initiative du GSsA pour l'abolition de la conscription devait être acceptée, la Suisse se retrouverait "avec une armée de délinquants commandée par des abrutis", a prophétisé l'udéciste genevoise Céline Amaudruz. Prophétisé, c'est peut-être vite dit : après tout, le commandant en chef, ministre de la Défense de ce pays est le collègue de parti d'Amaudruz, Ueli der Soldat...


"On ne fait pas l'armée dont on a envie, mais celle dont on a besoin"

On a eu l'occasion ici d'exprimer nos doutes sur la pertinence de la proposition du GSsA : pour ceux qui, comme nous, sont partisans de l'abolition de l'armée, et non seulement du service militaire obligatoire, l'abolition de la conscription et la création d'une armée de volontaires n'est, au mieux, qu'une demie-mesure, au pire le risque de voir se construire une armée de métier. "Si notre initiative débouchait sur le remplacement de l'obligation de servir par une armée de volontaires, notre objectif de supprimer l'armée devient encore plus utopique", admet l'un des fondateurs du GSsA, Josef Lang. Mais la campagne des adversaires de l'initiative, à elle seule, nous convainc finalement de la soutenir (l'initiative, donc, pas la campagne), et d'appeler à la soutenir. Parce que dans le genre Ligne Maginot idéologique, on a pas fait mieux depuis 1940 que le discours des casques à boulons et de leurs porte-voix politiques.
Face à l'initiative, le Conseil fédéral (on espère tout de même que les deux socialistes qui y siègent n'adhèrent pas à cette ânerie...) affirme qu'une armée de milice formée uniquement de volontaires, comme celle que propose le GSsA, est impossible, ou aboutirait fatalement à une armée professionnelle.  Etre "formée de volontaires", c'est pourtant la définition même de l'armée de milice, par opposition à celle de conscription : la milice est volontaire, la conscription obligatoire.  Le Conseil fédéral ajoute que sans armée de conscription, la Suisse serait indéfendable. Et pourquoi diable ? La France est-elle-devenue indéfendable en abolissant la conscription ? Et contre quoi, et contre qui, l'armée est-elle indispensable, assure-t-elle une tâche qu'aucune autre institution publique ne pourrait assumer ?
L'armée suisse est déjà, en grande partie, une armée de volontaires :  la conscription que l'initiative du GSSA veut abolir ne frappe déjà plus qu'une minorité de la minorité de la population, le recrutement épargne l'école de recrue à un tiers des hommes en âge de la subir, l'école de recrue renvoie à la maison 10 % des recrues, les départs à l'étranger, le service civil, les problèmes de santé écrèment encore le reste du cheptel, et au final moins de la moitié des personnes qui y sont tenues par leur âge ou leur sexe "font l'armée" -et de plus en plus rares sont, d'entre elles, celles qui y voient autre chose qu'une corvée, à l'instar de ce "comité de soldats contre l'obligation de servir", qui s'empresse de protester de son opposition à l'abolition de l'armée, mais qui résume ainsi le service militaire obligatoire : le temps d'"un seul combat : celui contre l'ennui".


Le Conseil fédéral et la droite (politique et économique) clament qu'une armée de 20'000 volontaires est inconcevable en Suisse, qu'on ne trouverait jamais assez de volontaires et que ceux que l'on trouverait serait, selon Ueli Maurer, "en majorité ceux qui n'ont pas de travail, ceux qui sont passionnés par les armes et la violence"... mais l'armée suisse compte déjà 18'000 officiers et 30'000 sous-officiers volontaires pour un engagement supplémentaire à leurs obligations militaires  (et quelques milliers de femmes elles aussi volontaires, par définition): sont ils (et elles) "en majorité" chômeurs, maniaques des armes et de la violence ?
"Il faut changer l'image dépassée de l'armée" déclare Ueli Maurer, Conseiller fédéral moderniste, ("Le Temps" du  24 août)... Et  pourquoi diable ? Est-ce qu'à Genève on a changé l'image dépassée de la Compagnie 1602, hein ? Et les Vieux Grenadiers ? Faut pas moderniser les pièces de musée, elles perdent de la valeur... Et on aime beaucoup ce résumé, par le colonel brigadier Denis Froidevaux, président de la société suisse des officiers, des deux raisons de vouloir une Suisse sans armée, dans "Le Temps" du 27 août: "On ne fait pas l'armée dont on a envie, mais celle dont on a besoin". q
Et comme on n'en a pas plus envie q
ue la Suisse n'en a pas besoin...

13:24 Publié dans Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : armée, service militaire, gssa | |  Facebook | | | |

Commentaires

L'armée suisse en Suisse n'a pas de sens mais une armée étrangère, si possible socialiste, qui envahi notre pays serait accueillie avec entousiasme par les socialos comme ils ont soutenu et approuvé l'armée rouge qui a envahi la Hongrie en 1956 ! Lamentable ! Et dire que les socialos se prétendent patriotes !

Écrit par : Adhémar Okar-Detour | jeudi, 29 août 2013

J'avoue avoir hésité à publier ce lumineux commentaire, mais bon, finalement, cette contribution au débat m'est apparue tout à fait significative... et de nature à susciter quelques interrogations : qu'est-ce que la répression soviétique de l'insurrection nationale hongroise de 1956 a à voir avec le débat sur l'utilité de l'armée suisse ? Nous suggère-t-on qu'en cas de révolution en Suisse, l'armée suisse interviendrait pour la soutenir ? on confond pas l'armée suisse avec l'armée portugaise de 1974, là ?
Et où diable (ou dieu) l'anonyme auteur de ce commentaire a-t-il pris que les "socialos" avaient "soutenu et approuvé" l'invasion de la Hongrie par l'Armée Rouge en 1956 (au passage, l'armée rouge n'a pas eu besoin d'envahir la Hongrie, elle l'occupait depuis 1945) ?

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 29 août 2013

M. Holenweg, relisez les archives du Berner Tagwart (votre ancien organe officiel aujourd'hui disparu) et vous pourrez lire que l'invasion de la Hongrie par l'armée rouge lors de l'insurection des hongrois était bien soutenue par le PS comme celle de la Tchécoslovaquie en 1962. Les affinités avec les dictatures de l'Est sont très clairement nommées. Souvenez-vous des messages de félicitations que Metral a envoyés au génie des Carpates Ceaucescu pour les 20 et 25 ans de cette république socialiste.

Écrit par : Larry Klette | vendredi, 30 août 2013

Vous trouverez dans les archives du PSS, et les Archives Sociales Suisses, toutes les informations que vous souhaitez, et en particulier les communiqués, les tracts et les appels à manifester publiés par le PSS et les partis cantonaux en 1956 pour dénoncer l'intervention soviétique en Hongrie. Le seul parti à l'avoir soutenue, cette intervention, fut le Parti du Travail -qui y perdit d'un coup la moitié de ses électeurs et une bonne partie de ses membres. Quant à l'intervention soviétique (et d'autres Etats du Pacte de Varsovie) contre la Tchécoslovaquie, en 1968 (et pas en 1962), elle fut non seulement condamnée par le PS, mais même par le Parti du Travail... et même d'ailleurs par Ceaucescu... et Mao Tsé Toung... apparemment, il n'y a que vous qui l'ignorez...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 30 août 2013

Quant ai 20ème ou 25ème anniversaire de la Roumanie stalinienne, vous trouverez certainement les messages de félicitations du Conseil Fédéral sur le site des archives diplomatiques suisse. Mais je doute que vous trouviez ou que ce soit des messages de félicitations de J.-P. Metral à ce propos : à l'époque, il devait être en train de réciter les déclinaisons latine au collège...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 30 août 2013

Désolé mais ces messages existent bel et bien et sont datés du 23 août 1984 et 23 novembre 1989, ils sont bien signné J.-P. Metral. Ils font l'éloge de cette magnifique république socialiste si proche des citoyens !!!

Écrit par : Larry Klette | vendredi, 30 août 2013

En 1984, oui, mais ça ne peut donc pas célébrer le 20e ou le 25e anniversaire de la prise du pouvoir par les communistes, comme vous le disiez . En août 1984, ça doit être la commémoration de la "libération" de la Roumanie par l'Armée Rouge. Et en novembre 1989, celle de la proclamation de la République populaire ou de la création du parti après l'unification forcée des communistes et des socialistes. Et ces messages de félicitations ressemblaient fortement à ceux, tout aussi rituel que le Conseil fédéral envoyait au gouvernement roumain pour la fête nationale roumaine... Enfin, le rapport d tout ça avec le maintien ou non d'une armée de conscription en Suisse (comme elle existait en Roumanie du Ceaucescu...) persiste à m'échapper totalement...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 30 août 2013

Vous avez raison, ces messages de sympathie étaient envoyés pour les 40 et 45 ans de la République Socialiste de Roumanie et non pas communiste ! Pour ce qui est de l'obligation de servir notre pays, cela me semble logique. On m'a toujours dit ;"avant de se servir il faut servir". L'école de recrue n'a jamais fait de mal à personne. Au contraire, elle a appris à des hommes de toutes conditions sociales et de tous niveaux intellectuels à vivre ensemble. Qui n'a jamais pu compter sur un camarade pour porter son matériel ! J'ai accompli mon devoir sans beaucoup de plaisir à l'époque mais j'ai rencontré des hommes qui sont devenus des amis. Cela compte aussi. Pour éviter les tires-aux-culs, une seule solution : augmenter fortement la taxe militaire car, de ce fait, il y aura beaucoup moins de "malades". En Israel les jeunes hommes et femmes ont l'obligation de servir vu les pays qui entoure cet état. Avec les populations qui, maintenant, vivent dans les pays limitrophes du notre, cela sera également nécessaire très prochainement. Donc l'armée suisse en Suisse c'est logique mais une armée étrangère chez nous, non merci ! Pourtant, en supprimant l'armée, cela pourrait arriver assez rapidement. Je pense que si cette armée vient d'un pays socialiste, cela ne vous gênera pas!

Écrit par : Larry Klette | samedi, 31 août 2013

Bah ! Une armée étrangère occupe déjà mon pays (Genève) depuis 1815 : l'armée suisse (arrivée après les "autrichiens" et les français... alors...

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 31 août 2013

Vous oubliez l'armée des Savoyards qui, en 1602, sont venus, contrairement à ceux d'aujourd'hui, nous emmerder une seule nuit !

Écrit par : Larry Klette | lundi, 02 septembre 2013

Si votre pays est Genève vous auriez dû adhérer au mouvement de Fred Oberson GENEVE-LIBRE !!

Écrit par : Larry Klette | mercredi, 04 septembre 2013

En fait de Savoyards, c'étaient surtout des mercenaires espagnols et italiens. Des Savoyards, il y en avaient plus côté genevois que côté assaillants...

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 02 septembre 2013

s'il avait eu un autre projet que celui de réduire Genève à une sorte de Monaco, pourquoi pas ?

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 04 septembre 2013

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