vendredi, 09 août 2013

La pierre et le vent, 9 août, de lui

Netchaev.jpgLe peuple, quel peuple ? Je le connais, le peuple. J’en suis, du peuple. Et de tout en bas, du peuple, du tout bas-peuple… Et toi, qu’en connais-tu ? Il est primitif, le peuple. Ignorant. Infantile. Et méchant. Il faut le guider, l’encadrer, le mâter, le mettre sous tutelle, lui dire ce qu’il faut faire, ce qu’il faut penser, ce qu’il faut croire, comment se conduire, où aller… Les popes et les curés l’ont bien compris, eux… sauf que nous, là où nous voulons le conduire, c’est là d’où ils veulent l’écarter. Parce qu’une fois conduit, il faut le lâcher, le peuple, le laisser passer, comme une tempête. Le laisser tout brûler. Même pas tout voler, non : tout détruire. C'est cela, ce que je veux. Toi, tu veux tout changer, mais comment tout changer sans tout détruire, d’abord ?


Un écrivain français a fait parler ainsi un révolutionnaire de roman : je n’aime pas les pauvres, je me bats pour eux parce qu’ils sont les vaincus. Je me reconnais, dans cette phrase de roman. Je puis même ajouter que je sais pourquoi je n’aime pas les pauvres : parce que j’en suis un. On n’est pas démocrate, quand on est pauvre. Quand on est pauvre, on n’est que pauvre, envieux ou furieux. Et ensuite, peut-être, anarchiste ou fou de Dieu. Ou d’un tyran.

L’histoire est trop lente. Je le sens bien, dans mon trou, où le temps ne passe pas. Il faut la bousculer, l’histoire, la secouer, la faire avancer comme le peuple, à coups de pieds dans le cul. Je l’entend bien, le piétinement sourd des foules misérables, mais qu’elle est impatiente, mon attente qu’elles viennent…

S

 

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