mercredi, 07 août 2013

La pierre et le vent, 7 août, d'elle

Zassoulitch.jpgTu es donc toujours aussi "infiniment outrecuidant et despotique", la prison ne t’a donc pas changé. Ou t’a-t-elle encore endurci, comme un fer que l’on martèle ? Nous reconnaissons en toi ce qu’il nous arrive de vouloir être, et à quoi nous ne renonçons que pour ne pas renoncer à ce que nous sommes… et que tu n’aimes pas...


 

 

 

Nous sommes les enfants de cette société que tu hais, nous sommes encore liés à elle par des liens plus fort que ceux de la force, de la répression, de l’ordre des choses… des liens qui ne t’enserrent pas… Nous sommes encore portés à aimer plus qu’à haïr… Toi, tu es d’abord une haine, ensuite un mépris, enfin un désespoir, et par tout cela, une force que nous ne sommes pas, que nous n’avons pas. Mais c’est toujours la même question, à la fin des fins, que je poserai : de cette force, que fais-tu ?

 

Je t’imagine, tendu comme une corde de violon, mais une corde qui jamais ne casse, et qui est si tendue, et si forte, qu’elle finit par écarteler le violon lui-même. Rien ne te brise, tu ne désarmes jamais. Et cela nous terrifie en même temps que cela nous éblouit. Et que cela avait même ébloui le Vieux, qui avait même vu en toi « l’homme le plus pur, le plus « saint » du point de vue du dévouement total à la cause »… un « croyant sans dieu, un héros sans phrases » : c’est ainsi qu’il t’avait portraituré –avant, il est vrai, de te renier.

 

Crois-tu à quelque chose ? Tiens-tu debout par d’autres sentiments que ta haine du monde, ton mépris de ceux qui le supportent, ton désespoir de te retrouver seul à être prêt à tout, vraiment à tout, même au pire, pour le bouleverser ? Pour qui te bats-tu ? Pour toi seul, ou pour le peuple ?

 

V

 

(On me dit que tu ne dors que deux heures par jour… que fais-tu du reste de ton temps, là où tout est organisé pour que tu n’en fasses rien ?)

 

00:00 Publié dans Fiction, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.