mercredi, 14 août 2013

La Pierre et le Vent, 13 août, de lui

Netchaev.jpgLes autres, tous les autres, me sont-ils de trop ? Il me semble, parfois, en effet... Mais je ne suis plus si sûr que vous en soyez, vous, de ces "autres", de ce "trop", de cette partie de moi dont je ne veux pas parce qu'elle m'entrave, qu'elle est faite de ces mêmes sentiments qui font de vous des meurtriers trop délicats pour être des terroristes...


Nous qui ne voulons plus d'aristocratie sommes, au fond, des aristocrates. Mais nous ne le sommes ni par décret, ni par naissance, ni par adoubement : nous le sommes par le sacrifice que nous acceptons de nous-mêmes. En cela, vous n'êtes pas pour moi de ces "autres" dont je pourrais m'abstraire et que je pourrais nier, pas plus que je ne suis pour vous cet "autre" que vous pourriez, ou que vous devriez, oublier : je vous sais prêts à ce même sacrifice auquel j'ai consenti.
Mais ne te fais pas d'illusions : après nous viendront des caricatures de nous. Après moi, pire encore que moi. Après vous, bien moins généreux que vous. Après nous, non des hommes bons, mais des hommes de pouvoir. Nous sommes une poignée à lutter contre la tyrannie au nom d'un peuple qui nous regarde, immobile et silencieux, nous exténuer en son nom, et nous savons que nous serons trahis par ceux qui nous suivront, se réclameront de nous, et prendront la place du tyran.


Nous ne nous sacrifions pas comme les martyrs chrétiens pour témoigner de leur dieu, ou les chahids du djihad pour témoigner de leur foi : nous nous sacrifions pour quelque chose dont nous ne savons rien, sinon qu'il nous fait nous sacrifier pour que cela advienne : la révolution... et vous avez encore sur elle bien des illusions... vous la voudriez libératrice, vous rêvez d'une révolution sans vengeance ni terreur, vous rêvez à la prise de la bastille en oubliant la guillotine, vous vénérez Saint-Just en effaçant Fouquier-Tinville...

Nous ne serons pas vainqueurs, mais d'autres après nous le seront, sur nos traces. Ces vainqueurs auront les visages de nos bourreaux et vos rêves à tous finiront, le témoin passé d'une police à une autre, d'une Okhrana à une Tchéka, dans l'épuisement sibérien de la marche d'un camp à un autre.

Je suis en prison ? Vous y serez aussi, en elle jetés par nos ennemis si vous êtes vaincus, par nos amis si vous êtes vainqueurs.

N'oublie pas que les humains sont encore plus paresseux qu'ils sont lâches, qu'ils préfèrent la paix dans les chaînes à l'insécurité de la liberté, et que la sujétion peur est plus reposante que l'émancipation... Il n'y a pas d'hommes bons (des femmes, peut-être....), il n'y a que des esclaves et des hommes libres.
Il m'en a fallu des épuisements, et il vous en faudra, à vous aussi, pour n'être pas à l'image de ces moutons conduits à la tonte, ou ces veaux à l'abattoir.

S.

00:13 Publié dans Fiction, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : révolution | |  Facebook | | | |

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