samedi, 27 juillet 2013

La pierre et le vent, 27 juillet, d'elle

révolutionOn les examinera, les « comment ». Nous te soumettrons nos plans, en détail, lorsque nous les aurons parfaits. Nous savons comment faire, si nous ne savons pas encore, de deux choses que nous pouvons faire, laquelle nous choisirons. Ou plutôt : laquelle TU choisiras. C'est là que le « pourquoi » nous importe. Parce que c'est cela qui te feras choisir. Nous te connaissons mieux que tu ne crois.


 

Mais toi, tu nous connais mal. Nous ne sommes plus tels que tu voyais ceux que tu rencontrais, cette jeunesse dont le Vieux, toujours lui, disait qu'elle manquait de « passion révolutionnaire », de caractère, de volonté, qu'elle ratiocinait plutôt qu'agissait, qu'elle était molle, qu'elle n'était qu'un « troupeau de doctrinaires et de bavards corrompus », qu'elle était « flasque », et qu'il fallait, comme tu le tentas, de l'unir malgré elle, à son insu, l' « entortilller » et la « compromettre », pour lui rendre impossible tout retour en arrière... Nous ne manquons pas de « passion révolutionnaire », nous l'avons prouvé par nos actes... nous ne manquons pas de volonté, et quelque soit ton choix, tu pourras l'éprouver, cette volonté. Nul n'a plus besoin de nous compromettre, nous sommes désormais assez grands, et assez grandes, pour nous compromettre nous-mêmes.

Il est vrai, nous sommes, et je suis, de ce prolétariat de bacheliers déclassés qui peuple les romans de Dostoïevski, et dont vous disiez, le Vieux et toi, pis que pendre. Mais il a changé, ce prolétariat-là. Sous les coups, il a changé, nous avons changé. Mais pas toi, hélas ! Il serait temps que tu ne nous traites plus par le mépris : nous avons fait plus que toi pour la révolution.

Nous avons aussi fait plus que toi pour devenir des hommes, je veux dire des humains, des hommes et des femmes qui changent le monde. Ou qui le font, le monde. Comprends-le, et brûle Hegel : en l'absence des humains, le monde est une machine, il n'est régi que par des mécanismes aveugles. Notre espèce y met sa folie, et cela s'appelle l'histoire. Et cela dérègle tout. Et cela permet tout. Et cela s'appelle la liberté.

 V

 

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