lundi, 15 juillet 2013

La pierre et le vent, 15 juillet, de lui

Netchaev.jpgAlors quoi ? J'en suis toujours au même point d'interrogation...

 

Me faire sortir, il faut que cela en vaille la peine, sinon, autant rester là où je suis. Non que j'y sois bien -mais où pourrais-je être « bien » ?

 


Se retrouver en prison, ce n’est pas se retrouver hors du monde, mais en son centre, avec ce qu’il produit de pire mais aussi de plus commun, de plus conforme, au fond, à ses vraies règles et ses vraies lois. Se retrouver en prison, c’est se retrouver dans une Cour des Miracles gérée par l’Etat social, et d’où les miracles, par conséquent, se sont enfuis. Dans ce chaudron, les bruits du monde nous parviennent, sans bien sûr que nous puissions répondre à l’urgence qu’ils requièrent, mais du moins avons nous le temps de les entendre, et d’en chercher le sens. Nous entendons, nous lisons, quand on nous y autorise, nous voyons -mais ne pouvons agir. Au fait, le pouvons-nous réellement, lorsque nous croyons le faire « dehors » ? Un mois, ou un an de prison, c’est un mois, ou un an, sans manifestations, sans réunions, sans complots... pour autant, est-ce un mois, ou un an, politiquement vide ? Là où le monde dont nous voulons changer se révèle le plus clairement à nous, c’est là où il croit nous priver le plus sûrement de toute possibilité d’agir sur lui -et à plus forte déraison, contre lui : en prison, précisément.

 

Et puis quoi ? Sommes nous si sûrs et si heureux de ce que nous faisons habituellement, qu’il nous faille en prendre le deuil lorsque nous ne pouvons plus le faire ? Sommes-nous si efficaces « dehors » que nous serions impuissants « dedans » ? Etes-vous si libres dans la rue, au travail, en famille, dans nos organisations, qu’il vous faudrait prendre la prison pour l’ombre de cette lumière ? De quoi la prison nous ampute-t-elle  sinon de l’illusion d’agir ?

 

Après tout, en prison, nous y sommes le plus souvent pour l’avoir choisi -ou à tout le moins, pour avoir choisi, comme moi, de faire ce qui nous y a conduit, ou de ne pas faire ce qui l’en aurait éloigné. Qu’il suffise parfois de « payer pour sortir » (ou ne pas entrer), et de payer au sens le plus trivial du terme, fait d’ailleurs de cette prison un résumé de la société qui la produit : n’est libre que celui qui peut ou veut payer pour l’être, est enfermé celui ne peut ou ne veut payer pour éviter de l’être : la liberté est une marchandise, l’enfermement la punition pour n’en avoir pas été acheteur conforme.

 

Pour le reste, la prison est ici ce qu’elle est partout ailleurs : une formidable entreprise de captation du temps. Lorsque vous aurez dépouillé la prison de tout ce qu’elle a de stupidement, d’inutilement, de sadiquement vexatoire, vous la rendrez visible pour ce qu’elle est : la plus efficace et la plus évidente machine à voler le temps des hommes. « Dedans », nous nous acharnons à faire passer le temps, quand « dehors », vous vous acharnez à le retenir. Ai-je mieux à faire dans cette prison-ci que tenter d’y poursuivre une réflexion entamée ailleurs, sur ce que signifie le temps qui passe, sur qui nous le vole, sur le projet de nous le réapproprier, et sur les moyens de ce projet ?

 


Convainquez-moi du contraire...

 

 

 

S.

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