jeudi, 04 juillet 2013

La pierre et le vent, 4 juillet, d'elle

Zassoulitch.jpgPassons-nous désormais du rituel « camarade » d'introduction, et du nostalgique « Salut et fraternité » de conclusion : nous avons sacrifié à nos tics de langage, nous pouvons nous en passer. Nous savons l'un et l'autre à qui nous écrivons, et pourquoi...


Oui, nous avons besoin de toi. Oui, c'est bien pour renaître. Non, nous ne pensons pas que la prison t'ait changé au point de te faire nous ressembler. Nous-mêmes ne nous ressemblons plus. Nous savons qui tu es, qui tu restes être, ce que tu as fait, ce que tu peux faire. Mais tu as raison : nous sommes encore d'incorrigibles romantiques. Nous rêvons de barricades, d'insurrections joyeuses, de Grand Soir euphorique. Nous nous prenons toujours pour Gavroche. Mais nous savons désormais que ce ne sont que des rêves. Tu me dis être devenu une bombe ? C'est d'une bombe dont nous avons besoin.

 

Nous pouvons renoncer à te libérer et nous vouer à notre dernier geste, le tyrannicide. C'est à toi de décider. Mais le tuer ne changerait rien, ou pas grand chose. Un tyran chasse l'autre, comme dans le Boris de Moussorgsky. Mais tuer le tyran dit au moins que nos maîtres ne sont pas des dieux, puisque nous pouvons les tuer, et qu'ils ne sont nos maîtres que tant que nous l'acceptons, et que nous les supportons. Cela suffit-il ? Nous voulons faire plus, aller plus loin, comme tu le voulais. C'est à cela que tu peux nous aider.

 

Et puis, qui sait ? En nous aidant, peut-être te civiliseras-tu un peu ?

 

V.

 

 P.S. Tu l'as deviné (mais à quoi ? Comment l'ai-je laissé paraître ?), je suis une femme. Qu'est-ce que cela change ? Nous nous battons comme les hommes, nous pouvons tuer comme eux, nous mourons comme eux.

 

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