vendredi, 28 juin 2013

Devoir de vacances : on trie...

On a commandé les billets de train, réservé les hôtels, on se rêve déjà à Florence et à Otrante, on savoure à l'avance les premiers signes du syndrome de Stendhal, on caresse déjà le rêve d'être quelque part sur le rivage des Syrtes... Bref, ça sent les vacances. Mais d'ici là, une toilette importe : se laver l'esprit des avanies (bénignes, à vrai dire) accumulées en une année d'activités diverses et variées -s'en laver l'esprit, mais sans les oublier. Non par goût de la rancune, mais parce qu'il faut bien de temps à autre (une fois mis à part celles et ceux à qui nous lient d'autres liens ou d'autres rêve que ceux de l'utilité, et qui sont trop rares et nous sont trop indispensables pour qu'on leur tienne longtemps rigueur de quoi que ce soit), faire le tri des gens avec qui on peut travailler un peu plus et un peu mieux que le strict nécessaire et des gens avec qui il n'est supportable que de consentir au minimum de collaboration nécessaire à la vie en société, et sans doute, aussi, à l'action politique, pour autant que l'on se décide à en avoir une.



sur la plage abandonnée.jpgA te convien tenere altro viaggo...

On fait de la politique, et par ailleurs, on vit. On ne vit pas de la politique, ni pour elle. La politique, ce n'est pas la vie. Mais s'il y a bien de la vie hors de la politique la politique elle est dans nos vie, et cet exercice là, dont on nous dit au moins depuis Aristote qu'il est l'une des caractéristiques de notre espèce, est sans doute l'un de ceux où se tissent le plus de ces liens qui nous relient les un-e-s aux autres -liens affectifs, intellectuels, sociaux... Parce qu'on ne fait pas de la politique tout seul, parce qu'on en fait toujours avec d'autres, qu'on a rarement choisis. On peut en faire, de la politique, hors des organisations vouées à cela : on peut en faire sans parti, sans être élu, sans être investi d'une quelconque responsabilité, sans avoir reçu mandat de personne pour en faire -mais on n'en fait jamais tout seul, même quand on n'en fait qu'à sa tête.
On ne devrait d'ailleurs jamais n'en faire qu'à sa propre tête : après tout, c'est le seul outil indispensable à ce travail. Il y a des enjeux où la cohérence politique importe plus que la discipline de groupe ou de parti. D'ailleurs, s'il est habituel de s'entendre dire que la discipline fait la force des armées, on n'a pas souvenir avoir entendu dire sans rire qu'elle faisait leur intelligence. Et encore moins celle d'un parlement démocratique, dont on est en droit d'attendre, et d'attendre de celles et ceux qui le composent, qu'ils et elles ne disent pas un jour été le contraire de ce qu'ils disaient un jour de l'automne d'avant.
Nul d’entre nous ne devrait parler en un autre nom qu’en le sien  et n'avoir pour sa  parole d'autre porte-parole que lui-même. Nos actes devraient être sans mandataires. Chacun y engagerait ce qu’il consentirait à y engager, et ne serait tenu que de se refuser à ce que ces actes et ces paroles se démentent les uns, les autres. Nous ne devrions vouloir parmi nous que des individus libres, autonomes, capables de se refuser à nous et de nous refuser ce que nous pourrions exiger d’eux. Nous n’exigerions alors des nôtres que leur refus de toute exigence ; nous n’en exigerions que leur autonomie individuelle, leur imagination collective. Nous savons ces exigences excessives -mais nous devrions être de ceux qu’aucun excès jamais ne rebutera.

Nous avons certes à prendre les individus tels qu’ils sont, c’est-à-dire tels que la société que nous combattons nous les laisse, et nous laisse nous-mêmes ; mais nous avons aussi à reconnaître qu’ils peuvent être plus que ce qu’ils sont, comme nous-mêmes voulons être plus que ce que nous sommes. Nous ne sommes rien, nous pouvons être tout, et en attendant, ricaner de tous ceux qui croient ou veulent être quelque chose. Nous avons toujours une possibilité d'être étrangers à nos propres renoncements -ils n'ont donc aucune excuse.
Cela écrit, ces bonnes (ou mauvaises) résolutions prises, deux semaines ou deux mois de vacances plus tard, on sait bien qu'on fraiera à nouveau avec celles et ceux-là même qu'on s'était promis de tenir à distance. Et cela, ce n'est pas l'engagement politique qui nous y pousse ou nous y contraint -c'est la vie, tout simplement. On ne va pas la tenir à distance, on va seulement la vivre autrement. Pour la supporter lorsqu'elle redeviendra normale, c'est-à-dire normée par d'autres que nous.

Il paraît que des visiteurs des Offices s'y sont perdus, et qu'on ne les a jamais retrouvés. Et les levers de soleil sur le détroit d'Otrante sont si beau qu'on raconte que certains sont partis nager à la poursuite de ces aubes, et s'y sont noyés...

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Commentaires

Très beau texte.

Écrit par : Pascal Décaillet | vendredi, 28 juin 2013

De la nostalgie, déjà ?

Écrit par : Pierre Jenni | jeudi, 04 juillet 2013

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