lundi, 10 juin 2013

Nouvelles restrictions du droit d'asile plébiscitées. Et ça fait trente ans que ça dure...

Les nouvelles restrictions au droit d'asile ont donc été massivement acceptées par le peuple souverain. Aucune des restrictions précédentes n'avait fait la preuve de son efficacité (le nombre de demandeurs d'asile est produit par des situations de crise et de conflits sur lesquelles la loi suisse n'a aucune prise), on est déjà à peu près certains que la dernière en date ne sera pas plus efficace que les précédentes, mais c'est ainsi dans ce pays que se mène le débat sur le droit d'asile : on constate une situation difficile, on postule qu'elle l'est parce qu'on a donné trop de droits aux requérants d'asile, on ne vérifie nullement la véracité de ce postulat, on réduit donc les droits des requérants, sans vérifier non plus l'efficacité de cette restriction, et on finit par constater qu'on est toujours dans une situation difficile, et c'est reparti pour un tour de restrictions aussi injustes et inefficaces que les précédentes. Et ça dure depuis trente ans.


Une forteresse suisse dans la forteresse européenne

Après une dizaine de révisions successives en trente ans, toutes à la restriction des droits, on s'attendait à ce que les mesures « urgentes » ajoutées par le parlement et le Conseil fédéral à la loi sur l'asile soient largement approuvées par les citoyennes et citoyens ayant fait (maigre) usage de leur droit de vote. Même Genève les a votées, ces mesures, à plus de 60 % des suffrages (un peu moins en Villle, dont quatre arrondissements de gauche les refusent : honneur à eux).  Nous avons perdu ce vote -comme nous avions perdu les précédents, sur le même thème, et nous nous attendions à le perdre.  Le citoyen lambda s'identifie facilement au « petit » contre les « gros » -pas au requérant d'asile contre le fonctionnaire de l'Office des Migrations et les mêmes qui ont plébiscité l'initiative Minder,  refusé toutes les révisions (à la baisse) de l'AVS, ou de l'AI, ou de l'assurance-chômage, ont voté avec la droite et l'extrême-droite contre le droit d'asile : à celles et ceux qui s'en étonneraient, on rappellera que la xénophobie (voire le racisme) et la « fibre sociale » n'ont jamais été incompatibles... et que si on avait fait voter les Suisses dans les années trente sur l'imposition du stampel « J » sur les passeports des juifs allemands et autrichiens, on vous fiche notre billet qu'ils l'auraient accepté...
Désormais, donc :
- Les personnes menacées ne pourront plus déposer de demande d'asile en Suisse dans une ambassade helvétique. En trente ans, elles furent plus de 2500 a avoir obtenu l'asile en Suisse en passant par cette porte. Désormais, celles qui se retrouveront dans le même situation qu'elles devront demander un visa humanitaire, dont les conditions d'obtention sont bien plus restrictives : les ressortissants de pays dépourvus d'ambassade de Suisse, et devant donc forcément présenter une demande de permis humanitaire dans un pays tiers, n'ont pratiquement aucune chance de l'obtenir. Et ceux qui pouvaient accéder à une ambassade seront le plus souvent conduits à tout tenter pour se rendre en Europe, et le cas échéant en Suisse, en usant des filières mafieuses et des réseaux de passeurs.
- La Suisse ne reconnaîtra plus désormais la désertion comme motif suffisant d'obtention de l'asile politique. En modifiant ainsi la définition même du réfugié, la Suisse s'est livrée à un exercice auquel elle est le seul Etat démocratique à s'être livré : celui de modifier un statut qui relève du droit international, pour priver des personnes qui le méritent amplement du droit à obtenir le statut de réfugié. Dans certaines situation la désertion n'est pas même un droit, mais un devoir : celui de ne pas participer à une guerre civile, de n'être pas complice de massacres, de viols de masse, d'épurations ethniques, voire de génocide. C'est ce droit, ce devoir, celui par exemple, aujourd'hui, des soldats syriens, ou érythréens (et érythréennes, puisque les femmes sont soumises au service militaire obligatoire en Erythrée), ou congolais qui risquent l'exécution sommaire pour désertion, qui est désormais nié.
- Les requérants « récalcitrant » seront stockés dans des centres de rétention spécifiques, pour y subir une forme nouvelle de détention, ni administrative, ni pénale, prononcée pour des motifs dont la définition est tout sauf claire. Mais c'est quoi (on n'ose dire « c'est qui ? »), un requérant « récalcitrant », et c'est quoi, un centre « spécifique » ?  On évite soigneusement de préciser qu'un centre que celui proposé par la révision de la loi existe déjà, à c'est Landquart, dans les Grisons : des containers dans lesquels les requérants sont livrés à eux-mêmes, sans aucun encadrement, sans aucun programme d'occupation, et qui a récemment été le théâtre d'un homicide. C'est quoi le projet ? Multiplier ce genre de lieux, bien à l'écart, où les requérants pourront s'entretuer sans perturber l'ordre public ?

« Il faut accorder très peu d'importance à ceux qui condamnent quelque chose, et n'ont pas fait tout ce qu'il fallait pour l'anéantir; et à défaut pour s'y montrer toujours aussi étranger que l'on a encore effectivement une possibilité de l'être » (Guy Debord) : Une autre politique d'asile est à construire, contre une classe politique, même de gauche, prisonnière d'agendas dictés par les sondages, et sans majorité populaire la soutenant, du moins pour l'instant. Cette alternative ne peut aujourd'hui être annoncée que par des pratiques relevant de choix personnels ou d'un mouvement de solidarité qui existe mais s'épuise à combattre la transformation de la loi sur l'asile en loi contre les réfugiés. Ce mouvement de solidarité est seul à pouvoir proposer une véritable alternative à la construction obsessionnelle d'une « forteresse Suisse » au centre de la «forteresse Europe». Amnesty International et l'Organisation Suisse d'aide aux Réfugiés ont d'ailleurs présenté un plan en neuf points pour une politique d'asile « équitable et crédible » : des procédures transparentes, une protection juridique indépendante pour les requérants, un hébergement décent, un encadrement professionnel, une aide au retour, le renoncement à la plupart des renvois forcés, un contrôle par la société civile... Mais qui, dans ce pays, veut d'une politique d'asile « équitable et crédible»? Certainement pas ceux qui ont fait ratifier par le peuple, les dernières modifications de la loi sur l'asile.
Pardon : de la loi contre l'asile.

13:38 Publié dans Droits de l'Homme, Immigration, Politique, Solidarité, Suisse | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : asile, droit d'asile, réfugiés, déserteurs | |  Facebook | | | |

Commentaires

"Aucune des restrictions précédentes n'avait fait la preuve de son efficacité"

Je vous l'accorde, il est particulièrement choquant de savoir que les 60% de cas "Dublin" ne sont pas expedié en quelques jours comme celà devrait être. Il faudra peut-être s'interresser au fonctionnement de l'office des migrations...

Écrit par : Eastwood | lundi, 10 juin 2013

J'ai envie de demander à ceux qui votent systématiquement pour ces renforcements:
Avez vous déjà pu constater une amélioration de votre condition de vie? Une diminution des demandes? Une diminution de vos impôts parce que le nombre de réfugiés a diminué? Une augmentation des places de travails parce que moins de travailleurs au noir présent?
Bien évidemment non.
Chaque durcissement induit une augmentation des clandestins, des travailleurs au noir, des délinquants.
Quand est ce que le brave et bon peuple commencera à ce dire que quand on fait la même chose depuis trente ans et que cela ne conduit qu'à des dégradations, il faut changer la manière de faire?
Tout le monde ou presque s'en rendrait compte dans son travail, dans sa vie quotidienne. Ne pas le faire pour le droit d'asile ne peut qu'amener à la conclusion que la population ne s'est pas ce que c'est qu'un réfugier parce qu'elle n'en a jamais vu. Ils ne doivent donc pas être si terribles que cela, ni si nombreux.
A quand un peuple et des politiciens courageux qui prennent enfin en main la résolution d'une situation qui semble sensible?
Je parie que je ne le verrai pas de mon vivant, et j'ai 35 ans.

Écrit par : Lefredo | lundi, 10 juin 2013

Pour répondre à votre demande, je constate qu'il y a une déterioration de notre qualité de vie car plus d'agressions, de vols, de viols, etc. Il y a une augmentation des demandes car l'attractivité est importante vu les montants accordés et le manque de sérieux de certains partis politiques, une augmentation des impôts car il faut couvrir les frais des requérants pour leurs logements, il n'y a pas de places de travail en plus car ils ne doivent pas travailler (les syndicats sont contre). De plus, les derniers vrais réfugiés politiques entrés en Suisse furent les hongrois en 1956, depuis nous accueillons que de faux réfugiés qui viennent que pour le pognon.

Écrit par : Gedeon Teusmany | lundi, 10 juin 2013

Comme tous les mauvais perdants, vous refaites la votation. Mais c'est trop tard, Pascal! Vos arguments n'ont convaincu que 20% de la population. Parce qu'ils sont faibles et ne tiennent pas compte de la réalité. L'idée n'est pas, vous le savez, d'interdire ou d'éliminer les requérants. Mais de tâcher à contrôler leur flux. Pour, a la fois les accueillir et ne pas mettre en péril le fragile équilibre social. La Suisse continuera à accueillir des requérants (près de 10 fois plus qu'il y a trente ans!). Et les xénophobes socialistes ou udecistes n'auront jamais le dernier mot. Parce que le peuple ne le veut pas. C'est comme ça. Il faudra vous y faire!

Écrit par : Désir | lundi, 10 juin 2013

Je n'ai aucune intention de m'y faire : nos arguments ont convaincu 40 % des Genevois, et pour l'instant, cela me suffit. D'autant que le flux des requérants est, par définition, incontrôlable -à moins de pouvoir contrôler ce qui les pousse à être requérants.

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 10 juin 2013

Lendemain de Faits: le pays réel est un peu à l'image de la blogosphère de la TDG , ses isoloirs sont des urnes à défouloir , que l'on conserve en l'état sans trop y toucher , les gnomes continueront à s'agiter une fois par an dans les gargottes bernoises pour élire des Con sensuels .
s'il ne reste que quelques décalés du" bien pensant " majoritaire , nous ne nous tairons pas , dans un paysage médiatique oû l'on feint de croire que le politiquement correct est de gôche , nous ne nous poserons pas en victimes, mais en combattants , contre les anonymous de la Déchetterie DJ Liberté de diffamer, Voix de péts etc.

Écrit par : briand | lundi, 10 juin 2013

Ça devient vraiment, je veux dire réellement vraiment, minable ce double langage. On dit exactement tout et son contraire selon que ce soit des copains ou pas, selon que le résultat vous arrange ou pas, aucune analyse de situation, aucun soupçon d'autocritique ni de remise en question... ça confine a l'autisme. Le seul bon côté que je peux y trouver c'est que de moins en moins de votants en sont dupes

Écrit par : Eastwood | mardi, 11 juin 2013

En effet, "de moins en moins de votants en sont dupes" : l'abstention aux votations de ce dimanche a atteint plus de 60 % du corps électoral. Et c'est à Genève, où les NON à la révision du droit d'asile ont été les plus nombreux, que la participation a été la plus forte (Schaffhouse mise à part, où le vote est obligatoire), cela expliquant ceci.

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 11 juin 2013

M. Holenweg vous savez certainement compter ?!

Vous n'êtes pas sans savoir qu'il y a potentiellement 500 millions d'individus candidats à l'immigration à travers la Terre. Supposons que tous ce individus soient d'office déclarés requérants d'asile, ce que visiblement, vous n'êtes pas loin de considérer comme vrai ou juste selon vos critères. Alors, faisons de la simple arithmétique, et calculons; la Suisse doit en accueillir:

50 % soit 250 millions d'individus;...c'est du délire,

10 % soit 50 millions d'individus;... c'est de la folie,

1 % soit 5 millions d'individus;... ce n'est tout simplement pas possible,

0,1 % soit 500 mille individus;... ce n'est pas une mince affaire;

0,01 % soit 50 mille individus;... c'est probablement le chiffre réel du nombre,officiel&clandestin, de personnes qui arrivent chaque année, avec tous les problèmes que nous connaissons! Mais vous êtes un des rares à ne pas les voir!

Alors répondez franchement, vous "l'humaniste-mondialiste", qu'elle proportion
doit-on accepter de réfugiés en Suisse chaque année?

Votre réponse ne figure pas dans la liste proposée? Est-ce 100 % des 500 millions???

Écrit par : Exprof | mardi, 11 juin 2013

- 80 % des candidats à l'asile sont en Afrique, en Asie et en Amérique latine
- 80 % des candidats à l'asile se réfugient dans des pays voisins du leur
- 80 % des candidats à l'asile en Europe le sont dans des pays de l'Union Européenne
- si on peut estimer, en gros, à une cinquantaine de milliers de personnes le nombre de celles et ceux qui arrivent en Suisse chaque année, comme candidats à l'asile ou comme clandestins, ce nombre est à peu près stable, et totalement indépendant de la loi suisse. Ce que la loi fait, c'est le "tri" entre ceux qui pourront rester légalement et ceux qui ne le pourront pas. Mais resteront quand même, et qu'on ne pourra pas expulser soit parce que leur pays d'origine n'a pas signé d'accord de réadmission avec la Suisse, soit parce que la Suisse ne peut pas les expulser vers leur pays d'origine en raison des risques encourus, soit parce que, si on peut lex expulser, ils reviendront clandestinement.
La question est donc : vous préférez des immigrants clandestins, sans papiers, prêt à faire n'importe quoi à n'importe quel prix, ou des immigrants légaux, contrôlés, à qui les lois s'appliquent ?

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 11 juin 2013

arithmétique pour les nuls :
des millions de déplacés de réfugiés, des faux des vrais, des ni faux ni vrais vont émigrés dans les prochaines années , des africains vont émigrés comme ils ont TOUJOURS émigré dans d'autres pays africains .
Des coréens du Nord se battent pour émigrer par centaines de milliers non pas à Berne patrie deKim Jong un , mais en Chine, pour constituer une troisième Corée , qui compte déjà plus d'un million de Coréens.
moi-même , je suis passé au delà de Gland patrie de Madame Porchet pour m'installer aux Eaux-Vives. peu après le début de désindustrialisation de Sécheron SIP UGDO qui elles sont émigrées mais ou ça?

Écrit par : briand | mardi, 11 juin 2013

@ Holenweg;
c'est étonnant de lire votre argumentation. Au fond, le thème de l'asile est un sujet tabou. Il ne sert à rien de faire des lois, mêmes celles proposée par une CF de votre parti, encore moins de les faire voter par le peuple qui en la circonstance, à vos yeux,a voté bêtement. D'autant plus, dites-vous, que les faux réfugiés (il faut appeler un chat un chat) soit ne quittent pas la Suisse soit y reviennent après expulsion...
En fait,selon vous, tout cela ne sert à rien...Au fond, vaut-il la peine d'élire un parlement? Un gouvernement?

Je ne pense pas que vous allez répondre négativement ! Il m'a semblé avoir vu votre nom sur la liste du PS pour l'élection fédérale de 2011! mais le peuple, le même qui a voté la loi ce 9 juin, n'a pas voulu,bêtement, de vous. La démocratie est parfois ingrate si je vous suit bien.

C'est peut-être donc une autre motivation qui sous-tend votre argumentation? Peut-être celle du vieux nostalgique du paradis socialiste qui n'est plus. Ce paradis qui permettait de verrouiller hermétiquement les frontières, pour le grand bonheur du peuple, qu'il fallait préserver de tout ce qui venait d'ailleurs. Dites-nous, comment votre conscience a réagi en 1956, 1968, 1980...
quand le pacte de Varsovie s'est mêlé des affaires hongroises, tchécoslovaques, polonaises... Etiez-vous du même avis que le camarade Marchais par exemple? Excusez cette intrusion, mais comme probable candidat au GC de cet automne vous nous devez quelques éclaircissements...

Écrit par : Exprof | mercredi, 12 juin 2013

1. Si vous avez vu mon nom sur la liste socialiste aux élections fédérales de 2011, je ne puis que vous conseiller de consulter un ophtalmo;
2. si vous voyez mon nom sur la liste socialiste aux élections cantonales de cet automne, je ne puis que vous conseiller de consulter un autre ophtalmo, le premier était sans doute un rebouteux rom roumain sans papier;
3. les Etats du bloc soviétique (et encore aujourd'hui la Corée du Nord) fermaient en effet presque hermétiquement leurs frontières, à l'entrée comme à la sortie. Doit-on les prendre pour modèle ?
4. Qu'est-ce que Marchais vient faire la dedans ?

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 12 juin 2013

@ Holenweg

Vous avez de l'humour, c'est bien..

-Pour l'hophtalmo-rebouteuex-rom, c'est un bon conseil que vous me donnez-là, car il pourra peut-être me donner des informations sur le porte-monnaie que je n'ai plus depuis mon déplacement en TPG.

-Pour le rebouteux-rom, là c'est a moi de vous le conseiller sérieusement et pas qu`à vous, car à la sortie des séances du CM de GE, vous devez tous avoir de fortes douleurs aux cervicales et ailleurs, tant vos contorsions politiques sont évidentes...

-Sur le camarade Marchais; là vous jouez le naïf...Pour mémoire, c'était l'un parmi tant d'autres, des responsables de partis communistes ou socialistes occidentaux, qui prenait un malin "plaisir" à justifier ,dans nos média de l'époque, l'intervention armée par le pacte de Varsovie,au nom du socialisme, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Pologne,...pour le plus grand bonheurs des peuples de ces pays, bien sûr...Souvenez-vous Dubceck qui a terminé sa "carrière" politique comme concierge d'immeuble par exemple.

Mais peut-être vous allez à nouveau me dire : que vient faire Dubcek...Là je ne pourrai certainement plus rien vous dire, car vous le savez bien :" il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre"...

Écrit par : Exprof | jeudi, 13 juin 2013

Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué ou lu, je ne suis pas communiste... et je ne vois donc toujours pas ce que le funeste Marchais, secrétaire général du PCF, vient faire dans une discussion sur la politique d'asile en Suisse...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 13 juin 2013

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