Blanchiment de banquiers

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La Suisse à plat ventre pour sauver les banques

Le Conseil fédéral soumet au parlement un projet rendant possible un accord qui ne sera communiqué qu'après le vote du parlement sur la loi qui le permet, vote que le gouvernement assortit d'une clause d'urgence excluant le référendum populaire. Il s'agit de donner une base légale à la mise en conformité des banques visées par la justice américaine à un « accord » dicté par les Etats-Unis. Si le projet est accepté par les Chambres, les autorités américaines pourront obtenir les informations qu'elles souhaitent des banques suisses (statistiques, transferts de fonds, ouverture et fermeture des comptes, noms des clients et des collaborateurs des banques liés à ces clients). On va donc, comme le dénonce le PS, « modifier notre ordre juridique pour que les banques échappent à des sanctions » après avoir organisé, aux Etats-Unis, la fraude, l'évasion, la soustraction et la dissimulation fiscales de contribuables américains. La loi suisse mise au service du blanchiment des banquiers suisses, en somme...

«  Il faut utiliser les armes de l'ennemi contre l'ennemi »

Un parlement contraint de voter un projet de loi dont lles implications ne lui ont pas été révélées, et de le voter en urgence pour éviter que le peuple puisse se prononcer par référendum, des banques plaidant elles-mêmes, à mi-voix et dans les couloirs, mais éloquemment, pour que le diktat des USA à leur encontre soit accepté, des chefs de file de la droite politique et des commentateurs de presse se répandant en propos scandalisés (et parfois injurieux) à l'encontre du Conseil fédéral en général et de la conseillère fédérale (de droite) Widmer Schlumpf en particulier, et, in fine, l'Etat mis une fois de plus à contribution pour sauver un secteur bancaire qui en disait pis que pendre (et qui, à intervalles réguliers, mais curieusement pas en ce moment, prêche toujours son évangile ultra-libéral) : le paysage politique suisse est, vu de la gauche, assez roboratif, ces jours-ci... On ne jubile pas, mais on ricane tout de même en entendant l'UDC dénoncer des « actions précipitées et manquant de sérieux » et la Luche se dire «très choqué» par un accord « plus grave qu'une capitulation»... Gageons que ces héroïques défenseurs seront vite remis dans le droit chemin par les banquiers eux-mêmes, premiers intéressés (dans tous les sens du terme) à ce que la proposition du Conseil fédéral soit acceptée, et soustraite au référendum populaire. C'est « la meilleure solution, la plus pragmatique», plaide la Conseillère fédérale Widmer-Schlumpf -elle est « à prendre ou à laisser » auraient plus clairement résumé les négociateurs américains :  la droite suisse prendra, après quelques gesticulations faussement furibardes, et après qu'Eveline Widmer-Schlumpf ait été brûlée en effigie. La droite s'écrasera  parce que les banques suisses n'ont pas le choix : 2100 milliards de dollars d'avoirs étrangers dont domiciliés dans les banques suisses, lesquelles ont en outre multiplié les passerelles vers des paradis fiscaux moins exposés que la Suisse : la seule UBS aurait créé près de 3000 sociétés offshore dans une douzaine de pays différents. Sur les personnes et sociétés suisses citées dans Offshore Leaks, le plus grand nombre (87) se trouve à Genève, puis à Zurich (61) et Lugano (22).
Les amendes prévues par l'accord passé avec les Etats-Unis se situeraient entre 15 et 40 % des sommes dissimulées au fisc américain. Et si les banques refusaient de payer ? elles seraient alors inculpées par la justice américaine. Conséquence : plus de clearing en dollars, saisie des avoirs, blocage des titres américains. Et mort de la banque -ou sa réduction à une taille et à des activités de caisse d'épargne municipale du XIXe siècle.
On va donc, une nouvelle fois, sauver les banques des conséquences de leurs propres pratiques. Et une nouvelle fois, les caisses publiques vont être mises à contribution -cette fois par la réduction des impôts payés par les banques sur leurs bénéfices, puisque ceux-ci auront été réduits par les amendes qu'elles devront payer au parrain américain. Comme au bon vieux temps où elles pouvaient déduire de leurs bénéfices les pots-de-vin qu'elles versaient, rappelle le Conseiller aux Etats vaudois Luc Recordon.  Les rentrées fiscales pourraient ainsi baisser de deux milliards et demi. En outre, la part qu'engrangent les collectivités publiques des bénéfices des banques cantonales va baisser, puisqu'au moins deux d'entre elles (la zurichoise et la bâloise) risquent de devoir passer à la caisse, pour éviter d'être inculpées -comme elles bénéficient d'une garantie de fait de l'Etat, c'est, objectivement, l'Etat qui (une fois de plus, là encore...) devrait puiser dans ses propres ressources pour les sauver, elles aussi.

En attendant, nous, comme on a mauvais fond, on savoure une sorte de victoire dans laquelle nous ne sommes pour rien : cela fait quarante ans que la gauche (du moins celle dont nous sommes) prône la fin du secret bancaire, nous n'avions rien obtenu qui ressemblât, de si loin que cela puisse, à cette abolition, et voilà que le gouvernement (de droite) de la Suisse (de droite), pour sauver les banques des foudres de la justice américaine, fait, à rythme soutenu, régulier, comme dans une sorte de boléro de Ravel mixé avec les bruits de caisse enregistreuse du Money de Pink Floyd, précisément ce que nous avons été incapable de faire...
« Il faut utiliser les armes de l'ennemi contre l'ennemi », prônait Sun Tsu, mais là, on n'en a même pas eu besoin : l'ennemi se les est lui-même retournées contre lui-même.

Lien permanent Catégories : Economie, Politique, Suisse 4 commentaires

Commentaires

  • On doit bien trouver un riche suisse qui a déposé son argent au Delaware?
    Doit-on utiliser les mêmes armes qu'USA a utilisées contre la Suisse?

  • Pas besoin qu'il soit suisse, il suffirait qu'il soit résident en Suisse. Mais je ne suis pas sûr que le rapport de force de la Suisse sur les USA serait le même que celui des USA sur la Suisse...

  • Sommertime : c'est la ballade qu'un joueur d'accordéon Rom , joue faux. alors qu'un flic lui demande ses papiers
    Le changement de tempo c'est pour demain.

  • Pour le lecteur des commentaires qui se dit , mais que vient foutre le billet de Briand ?
    Il répond , eh bien justement , le tempo, donner du temps au temps à l'édifice bancaire pour trouver des ajustements qui permettraient aux accordéonistes de la
    Parade Platz de poursuivre sans être poursuivis.
    Delaware lave plus blanc , certes , les gnomes de Zürich nous font croire "que notre savoir faire financier" fait la différence , en clair nos enzymes gloutons lavent les déclarations au fisc avant même que les taches ne s'incrustent.
    ä suivre

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