jeudi, 16 mai 2013

17 mai, Journée internationale contre l'homophobie : J'interAgis, ils bavent

17-mai-journee-mondiale-lutte-lhomophobie-l-lyeloe.jpegVendredi, c'est la journée internationale de lutte contre l'homophobie. Genève y prend sa part, en soutenant une campagne du mouvement «LGBT Youth Suisse» avec pour slogan : « J'interAgis », plaçant au centre de sa démarche non les 10 ou 15 % d'homosexuel-les, bisexuel-les ou transgenre, mais « le reste de la population » -les hétéros, donc. Des hétéros émancipés de l'homophobie. Car cette phobie fait bien d'autres victimes que l'intelligence de qui en souffre :  on compte deux à cinq fois plus de tentatives de suicides chez les jeunes homosexuel-les que chez les jeunes hétérosexuel-les... Lors des grandes manifestations en France contre le « mariage pour tous »,  il avait été écrit que «l'homosexualité existe chez 450 espèces animale, l'homophobie chez 2 : une espèce d'araignée qui vit en Equateur et des cons qui vivent au Moyen-Age ». Mais qui n'en bavent pas moins de nos jours, même dans des espaces politiques démocratiques.
Des conseils municipaux genevois, par exemple.


Le bas ventre est encore fécond d'où remontent les miasmes

C'est presque à l'unanimité (à quelques échappatoires UDC vers la buvette près) que le Grand Conseil Genevois avait adopté le 22 février une résolution demandant au Conseil d'Etat de faire usage de son droit d'initiative pour que le droit fédéral réprime l'homophobie.  Le parlement genevois demande donc au gouvernement genevois de faire usage du droit d'initiative dont disposent les cantons, pour proposer à la Confédération d'inscrire dans sa constitution et son droit pénal la prohibition de la discrimination sur la base de l'orientation sexuelle, comme elle l'a fait de la discrimination sur la base du racisme. Quant à la nouvelle constitution genevoise elle proclame (art. 15.2) que «  nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son origine, de sa situation sociale, de son orientation sexuelle, de ses convictions ou d'une déficience ».

L'avant-veille de cette journée internationale, une séance du Conseil municipal de la Ville de Genève a dû être interrompue à la suite d'insultes homophobes émanant de la soue MCG, que la vue d'un « papillon » annonçant l'action (soutenue par la Ville de Genève : http://www.lgbt-youth.ch/) de l'association LGBTYouth Suisse, insupportait au point que de quelques cerveau reptiliens l'on entendit sourdre l'assimilation de l'homosexualité à la pédophilie, et la campagne contre l'homophobie à une campagne de réseaux pédophiles. On pourrait sans doute voir là l'échec de cinquante ans d'éducation sexuelle à l'école genevoise -il faut plutôt y voir quelque chose qui tient à la fois du réflexe, de la frustration, et de l'envie, à quelques mois d'élections, de se faire voir et entendre de cette part de l'électorat prête à prendre pour paroles signifiantes ce genre de couinements, et à entendre des leçons de morale dispensées par des propriétaires de bars à putes. On aurait grand tort de négliger la permanence, dans nos sociétés, de ces lieux communs homophobes : les manifestations françaises contre le «  mariage gay » l'illustrent avec évidence : le bas ventre est encore fécond d'où remontent ces miasmes, et ceux qui les exhalent ont beau être de parfaits abrutis, ils sont tout de même capables de petits calculs électoraux. Et ils ont un électorat. Et c'est bien là le problème : qu'il y ait, au XXIe siècle du calendrier commun, dans une ville comme Genève, un-e électeur-trice sur six pour accorder ses suffrages à un parti (ou plusieurs) dont la seule stratégie est la désignation de boucs-émissaires, le seul langage celui des onomatopées phobiques (alternativement, ou cumulativement, racistes, xénophobes, sexistes, homophobes -et si l'antisémitisme n'était pas passé de mode, on l'y retrouverait), la seule tactique celle de faire le plus de bruit possible en disant n'importe quoi sur n'importe quoi et n'importe qui.
Hier soir, au Conseil Municipal de Genève, de la bauge MCG, c'était l'homophobie qui s'exalait. D'autres soirs, ce fut le racisme anti-rrom, ou la xénophobie « anti-frontaliers », et assez régulièrement le sexisme basique (on chahute de préférence lorsqu'interviennent des femmes). Comment répondre à cette coprophonie ? Interdire l'organisation qui s'y livre ? Exclure des parlements ceux qui s'y vautrent ? Ce serait à la fois inutile, puisque leur électorat ne disparaîtrait pas pour autant, et illégitime, puisque ce qu'on attend de parlements est qu'ils soient représentatifs des peuples qui les élisent, y compris de cette part de ces peuples dont on se demandera toujours dans quelles proportions respectives elle est composées de paumés, de cinglés et de purs salopards.


Alors quoi ? prendre ce segment du champ politique pour ce qu'il est : une sorte de tumeur à enkyster, tracer autour de lui une délimitation -il est là, et puis ? Si nous ne renonçons pas à faire notre travail -celui pour lequel, après tout, nous avons été élus,  on ne perdra après tout qu'un peu de temps à entendre vagir et à voir s'agiter ceux qui peuplent quelques sièges d'extrême-droite, auxquels on peut toujours s'offrir, de temps à autre, le droit de répondre, et de les désigner, comme il convient, dans le langage qui convient et qui est à peu près le seul qu'ils comprennent. Car si un peu de stoïcisme ne messied pas à l'exercice de nos mandats politiques, la résignation à la connerie mâtinée de hargne n'y a pas place.

14:17 Publié dans Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : homophobie, mcg | |  Facebook | | | |

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