Petits énervements municipaux genevois

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Allô ? Non mais allô, quoi...

Un conseiller municipal MCG porte plainte contre un journaliste qui a commenté ironiquement sur facebook le commentaire idiot, réchauffé dans le MCGHI du surlendemain, d'un autre journaliste à propos d'une intervention énervée dudit conseiller municipal accusant le monde entier en général, le maire en particulier et le président du Conseil municipal au passage de forfaitures diverses et variées... Bon, qu'un conseiller municipal MCG en soit à ne comprendre l'expression « deuxième degré » que comme la gradation d'une brûlure, soit... -on n'attend pas grand chose d'autre de ce vivier... qu'il considère que le procureur général de la République n'ait rien d'autre à foutre que vaseliner les états d'âmes d'élus municipaux moins intéressés par les débats auxquels ils sont supposés participer que par l'écran de leurs tablettes, passe encore... Mais qu'on nous demande de prendre cette bouffonnerie au sérieux... Chef, y'a un journaliste de la «Tribune » qui ironise sur les conseillers municipaux d'Ensemble à gauche qui déplacent leur caucus pour aller au Grand Théâtre...
on porte plainte, chef, on porte plainte ?

« Allô ? Non mais allô quoi, t'es conseiller municipal et tu portes pas plainte ? mais c'est comme si t'étais pas sur facebook »

Brodant, au prétexte de la désormais illustre phrase de la désormais illustre Nabilla (plus de deux millions de visions sur Youtube...), sur les « fonctions de la bêtise au XXIe siècle », Christophe Gallaz écrit, dans Le Matin Dimanche que « la vision de cette jeune femme décontracte instantanément tout ce qui mobilise usuellement l'être humain dans nos contrées. L'esprit comme une flaque, enfin. Plus besoin de la moindre performance, de la moindre compétence, de la moindre intelligence, de la moindre référence culturelle et de la moindre conscience éthique ou politique. L'angoisse et le doute miraculeusement levés ».  Politiquement, à Genève, nous avons notre Nabilla : le MCG. Et pour autant que l'on soit doté du minimum de cynisme rigolard indispensable à la survie du militant dans le marigot politique, siéger dans un parlement où siège aussi le MCG est un vrai confort intellectuel. D'abord pour l'avantage comparatif qu'à peu de frais cette coexistence vous offre : quoi que vous disiez (ou vous reteniez de dire), quoi que vous fassiez (ou décidiez de ne pas faire), cet adversaire vous donnera au moins l'illusion d'être le phénix des hôtes de ces bois...

La commission du règlement du Conseil Municipal planche depuis des mois sur pas moins de trois propositions, l'une émanant de la droite (MCG compris) et l'autre de la majorité du bureau du Conseil Municipal, visant à renforcer la capacité de « police des séances » en renforçant les sanctions possibles applicables aux perturbateurs (on notera au passage que les travaux de la commission se déroulent, sur ce thème a priori assez périlleux, de manière parfaitement sereine, et dans une excellente ambiance, si divergentes que puissent être les positions des un-e-s et des autres). Le rapport de la commission, confié à un spécialiste reconnu du maintien de l'ordre pendant les séances parlementaires, permettra sans nul doute de tenir sur cet enjeu -dont on hésite cependant à considérer qu'il est prioritaire- un débat un peu plus intelligent que la bouffonnerie paranoïaque qui sourd de la plainte du Conseiller municipal Menoud contre le journaliste Francey...
Cela dit, aucun règlement ne pourra jamais empêcher un-e élu-e désireux de perturber les débats de le faire (et si la perturbation des débats résulte d'une pulsion, le règlement ni pourra rien non plus), tout règlement comportant les possibilités de le contourner, On aura beau essayer d'envisager tous les cas de perturbation possibles, et une liste exhaustive des sanctions y répondant, on ne pourra jamais en épuiser la liste des possibles. Les « débordements » dans les enceintes parlementaires jalonnent d'ailleurs toute l'histoire des parlements -et donc toute celle de la démocratie, et ceux que nous connaissons à Genève (pour ne prendre que deux exemples au hasard : la pratique du jet du verre d'eau à la figure d'un contradicteur, ou du doigt d'honneur adressé à un groupe parlementaire vagissant dans le dos d'un intervenant) ne relèvent guère que de l'anecdote, ou d'une manifestation symptomatique d'arthrose, affection qu'aucun règlement municipal ne saurait soigner.

Dans un petit livre roboratif paru en 1994 chez José Corti, Georges Picard avait ouvert un champ nouveau, et exaltant, à l'analyse des comportements humains, en se lançant dans celle de la connerie*. Et il écrivait, puisque se donner un champ d'étude suppose, en bonne méthode rationaliste et emprique, qu'on l'ait distingué des champs voisins : « vous reconnaîtrez un con à ce qu'il se targue d'être approuvé par le plus grand nombre. (...) Vous reconnaîtrez tout aussi sûrement un con à ce qu'il gémit sur son insuccès, voire qu'il s'en drape, la main sur le coeur, dans la pose de l'Incompris ». Avouons-le d'emblée : cette pose ne nous est pas étrangère, et il nous arrive même de l'adopter avant même de faire le moindre effort pour être compris -rien n'est par exemple plus jouissif que de présenter sa candidature à quelque élection en la sabotant d'emblée par la présentation que l'on fait de soi et de ses intentions. Mais que rien au monde ne soit mieux partagé que la connerie n'implique pas que ce partage ait été fait équitablement. De ce gâteau, certains se goinfrent des parts sans commune mesure avec celle des autres. Et grâce au MCG, les séances du Conseil Municipal de la Ville de Genève ne sont pas les moments les moins propices à la vérification de l'inégalité de ce partage.
* Georges Picard, De la Connerie, José Corti, 1994

Lien permanent Catégories : Genève, Politique 2 commentaires

Commentaires

  • Votre passé digital vous qualifie-t-il vraiment pour faire la leçon, sur ce sujet ?

  • Je n'y comprend rien, c'est que ça doit être beau comme au théâtre contemporain, s'agit-il de Menoud , celui qui s' est mis aux poings contre un géant vert , il y a un siècle:?
    Je propose la création d'un bureau de procureurs uniquement destiné à traiter les plaintes et contre-plaintes émanant du MCG.

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