lundi, 15 avril 2013

Mesures urgentes contre l'asile : Est-on de trop pour résister ?

afficheAsile.jpgLe comité référendaire contre les mesures urgentes modifiant la loi sur l'asile a lancé le 8 avril sa campagne (on vote le 6 juin) par une conférence de presse tenue sans les socialistes, pas invités -il est vrai qu'ils n'avaient pas soutenu, pour des raisons tactiques, le référendum lors de son lancement, mais cette position était celle du parti suisse, plusieurs partis cantonaux avaient appelé à signer le référendum, et le PS suisse, qui appelle aujourd'hui à voter « non », va injecter plusieurs dizaines de milliers de francs dans la campagne). Même la Jeunesse socialiste qui, elle, avait soutenu le référendum, ne fut pas invitée pour le lancement de la campagne contre la révision de la loi qu'elle combattait... La votation s'annonce-t-elle donc si facile pour les défenseurs du droit d'asile qu'ils puissent se permettre de bouder le principal parti politique appelant à les soutenir ? C'est bô, l'optimisme...


Esprit de Genève, es-tu là ?...

Plus de dix révisions en trente ans -et toutes pour la durcir : la loi sur l'asile est un chantier permanent. Et ce chantier est celui d'une barrière, d'un mur, d'une tranchée. Chaque révision de la loi, opérée sans aucun examen des effets de la révision précédente, en annonce une nouvelle, sous la poussée de l'extrême-droite, dans la confusion constante de la politique d'asile et de la politique d'immigration, et sans aucune résistance d'une droite démocratique (à quelques respectables individualités près) tétanisée par l'UDC (et les ligues xénophobes locales, Lega au Tessin -elle vient de piquer la Municipalité de Lugano au PLR) ou MCG à Genève). Mais avec la dernière révision en date de la loi sur l'asile, on a tout de même innové : on a commencé à appliquer, en « urgence », pour trois ans, des dispositions combattues par référendum, sans même attendre que le peuple se prononce.
Cinq des dispositions de la révision en cours de la loi sur l'asile, engagée depuis trois ans, ont donc été sorties de cette révision pour être appliquées sans ratification populaire, en « urgence ». Urgence, il y a en effet -non pas à contourner les procédures démocratiques d'appel au peuple pour donner cinq os à ronger aux molosses xénophobes, dont on sait pourtant qu'ils ne se conteront pas de ce cadeau et continueront d'en réclamer d'autres, plus consistants : urgence il y a en revanche à constituer une opposition la plus forte possible à cette dérive, à la fois inacceptable en principe et stupide en réalité. Stupide, parce qu'elle ne fait que produire de l'immigration clandestine et de l'exclusion sociale des immigrants clandestins, dont une partie seront ainsi poussés vers la délinquance et iront contribuer à la fois au sentiment d'insécurité, et au surpeuplement des prisons. Et encore ne s'agit-il là que d'une (petite) partie de ceux qui auront pu franchir les murs, le barrières, les tranchées et les filtres dressés pour rendre de plus en plus difficile, non pas l'octroi de l'asile politique, mais la possibilité même de le solliciter. Et les autres ? Celles et ceux qui n'auront pas pu passer ? D'entre les mesures que nous combattons, il y en a au moins deux qui les concernent, et en augmenteront le nombre, et d'entre eux, le nombre de ceux qui risquent d'y laisser la vie : la fin de la possibilité de requérir l'asile dans les ambassades de Suisse, et la fin de l'octroi de l'asile pour le motif unique de la désertion ou de l'objection de conscience.
Les demandes traitées par les ambassades forment 11 % des demandes d'asile en Suisse. En trente ans, cela fait tout de même près de 4000 personnes qui ont pu y avoir recours, et n'auraient certainement pas pu user de la procédure de dépôt à la frontière suisse ou une fois entrées en Suisse -puisqu'elles n'auraient pas pu atteindre cette frontière. Tient-on à ce point à produire des immigrants illégaux, à nourrir les réseaux de passeurs, et à surpeupler les centres de rétention des pays européens que les réfugiés auront traversé avant d'entrer en Suisse, et vers lesquels ils seront refoulés au nom des « accords de Dublin » ? Quant au refus de considérer la désertion ou l'objection de conscience comme motif d'octroi de l'asile politique, un bref coup d'oeil sur nos journaux télévisés en illustrera la scélératesse : l'asile ne serait plus accordé à un soldat syrien refusant de servir dans l'armée du régime de Bachar El Assad, alors que l'on sait que ce refus risque de lui coûter la vie s'il n'échappe pas à ce régime.

La Municipalité de Genève (le Conseil administratif) avait pris position, lors de la procédure de consultation, contre les nouvelles dispositions finalement adoptées par le parlement fédéral, et mise en oeuvre sans attendre l'avis du peuple. Par la voix de sa vice-présidente, Sandrine Salerno, elle a réitéré dans Le Courrier de samedi cette opposition aux procédures accélérées et à la création de centres spécifiques, entourés d'un « flou juridique inquiétant »... puisse cet « esprit de Genève » inspirer le plus grand nombre possible de votantes et de votants, le 6 juin prochain, dans toute la Suisse...
Le 6 juin, c'est le jour du pavot, dans le calendrier républicain : l'occasion de se dire que la xénophobie aussi, c'est l'opium du peuple.

14:02 Publié dans Droits de l'Homme, Genève, Immigration, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : asile, droit d'asile | |  Facebook | | | |

Commentaires

Mais arrête Pascal! Le parti socialiste à tous les niveaux a été lamentable sur cette campagne, tes remarques fais-les à Simonetta "j'adore expulser les migrants" Sommaruga !

"Ils nous ont pas invités à la conférence de presse, comme on est pauvres et malheureux"
vous vous comportez en crapules, maintenant vous assumez. Sérieusement vous aviez espéré vous acheter un peu de bonne conscience militante juste avec "plusieurs dizaines de milliers de francs" ? Un minimum de cohérence politique n'est pas de trop !

Écrit par : Marco | lundi, 15 avril 2013

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