mercredi, 13 février 2013

Prolongations des heures d'ouverture des bistrots : Oui... euh, non... oh et puis merde...

Ainsi, on devrait se mobiliser contre le refus des demandes faites par des bistrots de prolonger leurs heures d'ouverture de minuit à deux heures. On s'est beaucoup mobilisés auparavant pour refuser de prolonger les heures d'ouverture des magasins. Va-t-on récolter pendant la journée des signatures contre la prolongation des heures d'ouverture des uns, et pendant la soirée des signatures pour la prolongation des heures d'ouverture des autres ? Dénoncer le discours consumériste à midi, et le proclamer à minuit ? On nous avait déjà fait le coup avec le Moa, on nous le refait avec les 28 bistrots : il en irait de la vie même de la ville.
Ne tient-elle vraiment qu'à cela ?


Le calvinisme n'est plus ce que l'on croyait qu'il était...

Vingt-huit patrons de bars des Eaux-Vives, de Plainpalais et de Carouge se sont vus refuser leur demande de prolongation à deux heures du matin de leurs heures d'ouverture, le semaine et même le week-end. ça sera donc minuit. Motif du refus : « la tranquillité publique ne pourrait être respectée si l'exploitation de l'établissement concerné devait se poursuivre au-delà de minuit ». La tranquillité publique, c'est-à-dire celle des habitants du quartier. Evidemment, les tenanciers concernés sont furax, et vont faire recours : « nous réalisons le 20 % de notre chiffre d'affaire mensuel entre minuit et deux heures le week-end » précise l'un d'entre eux. La Jeunesse Socialiste appelle de son côté à une manif samedi 2 mars de minuit à deux heures sur la Plaine de Plainpalais, pour une « ville vivante et festive ». Alors on va se la jouer vieux con ronchon. D'abord, parce que ça fait du bien, tant qu'on n'en fait pas une vocation ou une posture permanente. Ensuite parce qu'on commence à avoir l'âge du rôle...
Certes, les critères de la décision du service ne sont pas d'une limpidité aveuglante, et on a l'impression qu'un paquet ficelé a été fait, pour les refuser en bloc, de toutes les demandes provenant d'une rue animée (l'Ecole de Médecine, Blanvalet) sans faire aucune différence entre bars bruyants, restaurants tranquilles et bistrots animés... mais si ces décisions sont contestables, parce qu'infondées, peut-on réellement admettre que la mesure du caractère « vivant et festif » de la ville soit les heures d'ouverture de ses bistrots ? Et qu'en fermer vingt-huit à minuit plutôt qu'à deux heures, va rendre « Genève triste et austère »  ? La moitié des bistrots du canton (919 sur 1860) ont demandé une autorisation de prolonger leurs heures d'ouverture. La plupart d'entre eux (799 sur 919) l'ont obtenue, 92 devront se contenter d'une prolongation jusqu'à une heure, et 28 devront fermer à minuit : 6 à la rue de l'Ecole de Médecine, 6 à la rue Blanvalet, 4 à la rue Vautier. 28 sur 1860 , c'est pas la fin du monde, non ? si ? Ah bon... Il nous reste pourtant encore 800 rades à disposition, mais on dénoncerait le retour du calvinisme ? Décidément, le calvinisme n'est plus ce que l'on croyait qu'il était (il n'avait fermé à Genève ni les bistrots, ni même les bordels)...

A celles et  ceux de nos camarades que ce combat semble aujourd'hui mobiliser prioritairement, un petit rappel semble s'imposer : Nous avons soutenu le personnel de la vente, et ses syndicats, dans son opposition à la prolongation des heures d'ouverture de ses lieux de travail -et donc à la prolongation de son temps de travail; nous avons enregistré avec satisfaction que la population, lorsqu'elle était consultée en votation sur ces prolongations, les refusaient. Comme nous le lui recommandions. Nous avons admis que le travail nocturne devait être limité au strict nécessaire, et non pas étendu à la satisfaction des envies de consommation immédiate. Alors, chères et chers camarades que la fermeture à minuit de votre bistrot préféré scandalise, allez chercher dans vos archives les prises de position des commerçants du centre-ville ou des syndicats patronaux lorsque furent soumises au vote populaire les propositions d'extension des horaires d'ouverture des magasins... lisez-les, impregnez-vous en... n'en changez qu'un mot, un seul, pour un autre, un seul : mettez  « bistrots »  à la place de  « magasins », et vous aurez le discours qu'on nous invite à tenir aujourd'hui parce que 28 magasins, pardon, 28 bistrots se sont vu refuser l'autorisation d'ouvrir jusqu'à 2 heures du matin plutôt que jusqu'à minuit. Ce discours, vous l'aurez avec tous ses lieux communs ( « Genève se meurt », « la clientèle va consommer ailleurs »), toutes ses approximations (« une ville, ce sont ses commerces »), toutes ses affirmations sans preuve, ou relevant de la méthode Coué ( « la population demande des ouvertures prolongées »,  « il y a un besoin»).. et, surtout, avec ce qui le sous-tend, constamment : la réduction de la liberté individuelle à la pulsion consumériste -sur quoi qu'elle puisse porter.
Plusieurs des bistrots dont la demande de prolongation des heures d'ouverture a été refusée sont de toute évidence victimes d'une décision injuste, s'agissant de leur cas particulier. Ils auront donc raison de faire recours contre cette décision. Pour autant, devrons-nous nous sentir requis de nous mobiliser aux côtés des commerçants du centre-ville et des syndicats patronaux pour exiger, s'agissant de tous les bistrots, ce que nous combattons face aux mêmes commerçants du centre-ville et aux mêmes syndicats patronaux, s'agissant des magasins ? Fera-t-on signer en même temps une pétition contre la non-prolongation des heures d'ouverture des bistrots et le référendum contre la prolongation des heures d'ouverture des magasins ? A partir de quand les symptômes de la schizophrénie deviennent-ils alarmants ?

Et puis, surtout, des combats plus urgents, des revendications plus essentielles, que celle de pouvoir s'abreuver deux heures de plus dans un bistrot plutôt que dans un autre, ne nous requièrent-ils pas ? 

12:22 Publié dans Commerce, Genève, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : consommation, bistrots | |  Facebook | | | |

Commentaires

ce manque d'inspiration de la part de vos édiles est contagieux,il suffit de voir se qui se passe ailleurs.Associés dans les idées Ne et Ge travaillent en choeur,on savait les fusions porteuses de problèmes mais maintenant on sait qu'elles sont aussi porteuses de manque d'entrain ou d'imagination pour surmonter les vraies épreuves.Ceux-ci préférent se cantonner pour trouver des issues à leurs propres erreurs,le temps passant la patate sera repassée au suivant comme dans le film le jour le plus long
Et plus le temps passe et plus les lobbys eux trouveront la faille pour faire bouger le système ,ils guettent ce genre de situations, ne passent pas leur temps à bailler sur facebook ou un autre site

Écrit par : lovsmeralda | mercredi, 13 février 2013

Ton article semble postuler que les bistrots et les supermarchés c'est la même chose...Je ne le crois pas because les serveurs sont payés au prorata du nombre de tickets estampillés à leur nom, cela change tout...
Cette décision de restreindre l'activité de ces bistrots est justifiée par leur incapacité à éviter le tapage nocturne: on reproche aux cafettiers de ne pas être de bons flics...cela me parait carrément ubuesque!!!
Last but not least: le susdit tapage nocturne est une conséquence directe de l'abjecte politique d'ostracisation des fumeurs (néo-puritanisme comportementaliste américain: BEURK !

Écrit par : Marc ARAKIOUZO | mercredi, 13 février 2013

Bien que votre article se veuille dédramatisant, je crois qu'il reste important de différencier bar et magasin. En effet, les bars sont réellement des lieux de rencontres et d'autant plus lorsqu'ils sont disposés les uns a côté des autres. Vous ne pouvez comparer le refus de la population sur l'ouverture des magasins pour des raisons de protection des travailleurs mais aussi et simplement de besoin (cette loi aurait élargi une offre dont le peuple se satisfait déjà totalement) avec l'envie de conserver l'ouverture de certains bars jusqu'à deux heures (où il s'agit ici de conserver une habitude!)

Effectivement, seulement 28 bars se voient refuser l'ouverture jusqu'à deux heures, mais quels 28 bars! Plainpalais, les eaux-vives et carouge sont les lieux phares des étudiants et jeunes adultes! Ce sont aussi des lieux stratégiques pour les sorties après-bar (chat noir, parfumerie-gravière, centre ville).
Ces lieux sont desservis par les transports publics, ces lieux sont beaux et conviviaux donc oui, c'est précisément la fermeture anticipée de CES 28 bars qui nous désolent!

J'ajouterai que fermer ces places de rencontres plus tôt déplacerait le problème: après la fermeture de minuit, certains fêtards continueront de consommer dans les rues (de l'alcool acheté en magasin ou les quelques bières achetées avant la fermeture du bar et servies dans des verres en plastique) jusqu'à deux heures avant de se rendre dans d'autres lieux nocturnes ou de rentrer chez eux.. Pour lutter contre les beuveries de rue à la vodka cheap, les bars sympas et à prix étudiants sont vraiment l'unique alternative!
Vous dites vouloir jouer au vieux con ronchon mais c'est justement cette position qui handicape votre vision des choses. C'est avec beaucoup d'amis d'une vingtaine d'années que nous déplorons la perte de vitesse de Genève en terme de vie nocturne (notamment face a lausnne!). Après la fermeture d'artamis, le sursis de la parfumerie et de la gravière, maintenant la fermeture des bars a minuit..
Comprenez l'enjeu: il s'agit vraiment d'une partie de notre vie sociale que l'on tue a petit feu!

Écrit par : Ophelia nb | jeudi, 14 février 2013

@Marc ARAKIOUZO « Le susdit tapage nocturne est une conséquence directe de l'abjecte politique d'ostracisassions des fumeurs (néo-puritanisme comportementaliste américain: BEURK ! » Sérieux pour vous la consommation d’alcool fait moins pour le tapage nocturne que la loin sur la fumée, le problème existait bien avant cette loi, on se demande alors ce qui provoquait le tapage nocturne ?

Écrit par : Gilliéron | jeudi, 14 février 2013

Cher Pascal ^^
étonnée, je suis!
Logique, argumenté, plein de bon sens...que dire de plus? Sujet traité avec objectivité et respect de toutes et tous les travailleurs. Hé oui, travailler dans la restauration n'est pas une partie de plaisir, surtout pour celles et ceux qui doivent assumer les clients "festifs" des horaires nocturnes, avec les dérapages y afférents.
Et non, @Marc ARAKIOUZO, la pratique de l'intéressement au chiffre d'affaire n'est pas appliqué dans tous les établissements, donc aucun avantage salarial pour le personnel en cas de prolongation des heures d'ouverture. Quant à l'interdiction de fumer...ok!
Pourquoi ne pas accorder le droit d'exploiter des lieux fumeurs?
Vaste sujet... ;)

Écrit par : Mireille Luiset | jeudi, 14 février 2013

La comparaison magasins / bistrots est intéressante ! Par contre, la relativisation qui consiste à dire "28 bars sur 900, c'est une minorité", ne tient pas. Cet argument seul, et non pas tout le contenu du billet, démontre qu'effectivement vous avez pris de l'âge ! Car la majorité des bars concernés sont ceux dans lesquels se rend aujourd'hui la jeunesse estudiantine. Ce sont les lieux les plus populaires, donc les plus bruyants. A quelques exceptions près, ils ont été "élus" non pas parce qu'ils ne font pas d'effort pour lutter contre le bruit comme on cherche à nous le faire croire, mais parce que ce sont les lieux du moment.
Ces 28 bars fermés, dans 1 ou 2 ans, d'autres bars deviendront peut-être les nouveaux lieux de rassemblement de la jeunesse. Faudra-t-il qu'on établisse une nouvelle liste?
Comprenez-le bien, cette liste sanctionne bel est bien une manière de vivre (sortir la nuit, pour simplifier) et non pas quelques dérives ciblées.

Écrit par : clash | jeudi, 14 février 2013

1/ La politique de pression normative démentielle contre les fumeurs n'a pas créé le "tapage nocturne" mais l'a augmenté...Même en hiver les fumeurs sortent pour fumer dans la rue devant les bars et finissent par se parler...
2/ De même le chômage et la précarité n'ont pas créé l'économie de survie des quartiers pauvres mais l'ont amplifiée puisqu'on ne peut plus parler d' "économie paralèlle"...
3/ Je crois que par statut les barmen ont droit à un certain pourcentage sur chaque ticket...Pas à GENEVE???
4/ Je connais un bar qui a licencié sa barmaid aprés avoir constaté une baisse significative de son chiffre d'affaire suite à la règlementation anti-fumeurs...Combien en SUISSE??? NB: 7500 en FRANCE aprés la loi SARKOZY-BACHELOT...

Écrit par : Harchitekt | jeudi, 14 février 2013

Dresser une comparaison pareille est tellement peu logique que je ne sais même pas par où commencer...

Un bar, c'est une activité de nuit. Un supermarché non. Avant de s'opposer par principe à des horaires moins traditionnels, il s'agit de s'interroger sur l'offre et la demande. Juste parce que si ça arrange les gens, peut-être bien qu'il vaudrait mieux trouver un moyen indolore, ou même bénéficiaire pour les travailleurs de pouvoir s'y adapter que de directement dire que c'est non, dans tous les cas. Sauf que là, il y a une grosse différence: Les bars à 2h un vendredi/samedi, ils sont pleins. Un supermarché à 20h45 un jeudi, c'est un désert. A l'inverse, les bars ne sont pas ouverts le matin, et souvent même pas une bonne partie de l'après-midi. Leurs horaires ne sont pas plus étendus que ceux des supermarchés, ils sont juste décalés de quelques heures dans le temps. Quand on sort boire un verre, à moins d'être alcoolique, on y va prioritairement pour retrouver des gens avec qui on aime passer un moment, pour discuter, pour passer une soirée sympa, et tant qu'on y est, parce que l'endroit est quand même là pour ça, on boit un coup, ou on mange un morceau. Mais quand on va à la Migros, on y va pour acheter quelque chose, et pas franchement pour tailler le bout de gras avec la caissière... Même en étant très très à gauche et opposé à toute forme de consumérisme un peu conséquent, il s'agit de considérer que dans le cas de lieux où les gens se rencontrent, il y a peut-être plus qu'un éventuel besoin compulsif de jeter des billets de 100 sur la table et que ce n'est pas un type de commerce comparable avec une boutique de fringues.

Ce que je vois ici, c'est surtout une tentative de transposer un dogmatisme un peu triste à un contexte qui n'a rien à voir. Même si les supermarchés étaient bondés pendant les nocturnes et que les habitudes de vie allaient dans le sens d'un besoin pour les gens de faire leurs courses le soir, vous seriez toujours contre, soyez honnête. J'ai une sensibilité de gauche, mais avec les années, je finis par avoir vraiment du mal à m'identifier à des gens qui considèrent, globalement, sans étudier les situations particulières, que quelque chose peut être forcément mal indépendamment du contexte. Qui pensent que parce que dans certains cas ils sont en conflit avec le patronat, ils devraient toujours, systématiquement, aller contre eux, même quand ça pourrait, peut-être, faire du sens. La vraie question n'est pas là. Pourquoi, alors que les bars sont généralement pleins jusqu'à ces heures, la loi considère-t-elle toujours qu'il faut une dérogation pour assurer un service que le peuple plébiscite? Il ne s'agit pas ici de demander de garder ouvert ces rades toute la nuit. Mais officialiser ce qu'ils font déjà tous avec des dérogations me paraîtrait sensé et n'équivaudrait pas à briser la paix du travail...

Écrit par : Yan | jeudi, 14 février 2013

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