mercredi, 19 décembre 2012

TPG : Pagani résiste, la droite s'étrangle

La loi, la légitimité, le Droit, les droits...

Avant-hier, un événement considérable s'est produit à Genève : un membre du Conseil d'administration des Transports Publics Genevois s'est rendu à la réunion dudit Conseil. Bon, évidemment, à le dire comme cela, on pourrait donner l'impression que, comme d'habitude à Piogre, on se pousse un peu du col pour faire d'une querelle picrocholine un conflit fondamental... mais quand on aura précisé que le membre en question est Maire de Genève, qu'il a été désigné au Conseil d'administration en question pour y représenter sa Ville, que le parlement genevois a subrepticement décidé qu'il n'en avait plus le droit, que le gouvernement genevois s'est empressé de tenter de faire appliquer cette décision sans même prendre celui de révoquer ledit Maire et que deux autres membres du Conseil d'administration ont cru judicieux de proposer qu'il soit fait appel à la maréchaussée pour expulser le Maire de Genève de la salle du Conseil d'administration des transports publics de Genève, l'affaire prend un peu plus de sel.


« S'il faut obéir par force, on n'a pas besoin d'obéir par devoir »  (Jean-Jacques Rousseau)

Résumons donc notre dernière Genferei : Malgré la volonté de la majorité du parlement (qui a modifié la loi en ce sens) et du gouvernement qui s'est empressé de vouloir la concrétiser, (sans attendre que la justice, saisie d'un recours, se soit prononcée) de l'exclure du Conseil d'administration des TPG, le Maire de Genève, Rémy Pagani s'est pointé lundi matin au siège des Transports Publics Genevois, accompagné d'une trentaine de personnes (dont une demie-douzaine de conseillères municipales et conseillers municipauix de gauche), pour participer malgré tout à la réunion du Conseil à laquelle il avait été convoqué, et dont jusqu'à preuve du contraire apportée par la justice, il est en droit de continuer à se considérer comme membre, puisqu'il n'en a pas été révoqué. Après une demi-heure, la séance du Conseil a été suspendue et renvoyée à l'année prochaine, non sans que deux administrateurs (une udéciste et un èmecégiste) aient jugé utile de proposer (mais la présidente du Conseil d'administration s'y est opposée) d'appeler la police pour remettre l'impudent magistrat dans la rue.

L'UDC a jugé l'attitude du Maire « irresponsable », le PDC y voit une « récupération politique » et un «manque de respect total de l'entreprise», Le Temps évoque en Rémy Pagani un « hôte indésirable »... Une attitude « irresponsable » ? Le Maire n'a exprimé que sa volonté -et son droit- de faire son boulot. Si on estime qu'il le fait mal, alors il faut le remplacer par un-e autre magistrat-e de la Ville (puisque les autres communes ont le droit, elles, d'être représentées par un-e magistrat-e), ou le révoquer, mais s'appuyer sur un amendement ad personam bricolé pour se débarrasser d'un personnage encombrant ne relève de rien d'autre que de cette « irresponsabilité » que dénonce l'UDC... une « récupération politique » ? C'est l'hôpital qui se fout de la charité : c'est pour de médiocres raisons politiciennes que la loi a été modifiée pour exclure Pagani, et qu'elle a été modifiée sur proposition d'un parti (le PLR) qui truste en ce moment les présidences d'entreprises publiques... un « manque de respect » à l'égard des TPG ? Rémy Pagani n'a pas été désigné comme représentant des TPG au Conseil administratif de la Ville, mais comme représentant de la Ville au Conseil d'administration des TPG, et les intérêts qu'il a défendre ne sont pas ceux de l'entreprise auprès de la Municipalité, mais ceux de la Municipalité auprès de l'entreprise... un «hôte indésirable» ? une très nette majorité du Conseil Municipal a voté en novembre une résolution soutenant la présence d'un Conseiller administratif (Rémy Pagani ou un-e autre) au Conseil d'administration des TPG.

Sous son aspect courtelinesque, l'« affaire » est exemplaire : Qu'une majorité parlementaire décide de modifier une loi générale et abstraite uniquement pour régler ce qu'elle considère elle-même comme un cas personnel relève d'une étrange conception du droit : parasiter la loi sur les transports publics par une Lex Pagani est sans doute, pour les promoteurs de ce parasitage, de bonne guerre politique, mais pour qui tient à quelques vieux principes juridiques, entre autres celui qui consiste à différencier les normes générales et abstraites (la loi sur les transports publics) des décisions individuelles et concrètes (l'exclusion de Rémy Pagani du Conseil d'administration des TPG), la modification de la loi imposée par la droite relève purement et simplement de l'arbitraire et du réglement de comptes politique.

En bien plus modeste, c'est à une application du vieux principe proclamé par la Constitution française de l'AN II qu'il faudrait se référer: « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». Disons que la Commune est dans cet épisode une «portion du peuple» et qu'en s'imposant à la réunion d'un Conseil d'Administration dont il n'a pas été révoqué et où il représente la Commune, le Maire de Genève revendique précisément les droits de sa commune.
Quant aux deux administrateurs des TPG (représentant tous deux, ironiquement, une collectivité publique -en l’occurrence son parlement, le Grand Conseil- au titre de deux partis politiques le MCG et l'UDC) qui voulaient faire appel à la police pour expulser Pagani du Conseil où il a été désigné, on leur conseillera de relire, s'ils le peuvent et s'ils le comprennent, Rousseau : « S'il faut obéir par force, on n'a pas besoin d'obéir par devoir ».

14:53 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tpg, pagani, politique | |  Facebook | | | |

Commentaires

Quel événement fondamental! Quel tremblement de terre! Les 30 manifestants professionels que compte notre canton ont empêché la réunion du conseil d'administration d'une régie publique, parce que leur pote ne peut plus en faire partie suite à un changement législatif démocratiquement accepté.

Sérieusement, au delà du petit ego trip de Pagani, on s'en fout complètement. Y'a plus de monde pour aller voir un match de 3ème ligue de foot.

Écrit par : C'est la lutte finale | mercredi, 19 décembre 2012

Juste une question : Depuis quand une loi votée par le parlement cantonal peut être contestée par des action de ce type, cela s'appelle brasser de l'air et chercher à contourner illégalement une décision parlementaire. Je croyais que notre pays avait des moyens "type référendum" pour combattre une loi qu'un parti trouve injuste. Ce ne sont que des façons détestables et vraiment malvenues de la part d'un élu qui donne un exemple du plus mauvais effet, qu'il soit de droite ou de gauche.

Écrit par : Grindesel | mercredi, 19 décembre 2012

C'est beaucoup plus simple que ça. Remy Pagani, tout maire fut-il, est sur cette affaire dans une posture de provocation pure. Il surfe sur un mécontentement qu'il croit porteur pour se faire mousser et tailler des croupières à ses frères verts par CA interposé. Ce faisant, il paralyse la gouvernance de la Régie et va exactement à l'opposé des intérêts de ses supporters mais soigne se propre publicité.

Écrit par : Rolin Wavre | jeudi, 20 décembre 2012

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