mercredi, 28 novembre 2012

Vous voulez du « concret dans l'asile » ? En voilà : Fermer Frambois !

Hier, à Lausanne, a été déposée auprès des autorités cantonales la pétition « Fermer Frambois », lancée lors du blocage symbolique du centre genevois de rétention le 23 septembre dernier, et signée par 2500 personnes (dont une dizaine de parlementaires fédéraux -et le Maire de Genève) qui demandent des cantons (Genève, Vaud, Neuchâtel) usant de ce lieu de détention administrative qu'ils renoncent à l'alimenter de requérants déboutés, qui peuvent y être « retenus », c'est-à-dire en fait détenus, pendant un an et demi au maximum (le temps d'une peine prononcée au pénal pour des actes de brigandage ou des homicides) sans avoir commis aucun délit, sinon celui, que l'on peine à concevoir comme tel en temps de « libre circulation » proclamée, de n'avoir pas d'autorisation de séjour. La coalition qui a lancé la pétition en appelle à la « responsabilité politique et morale » des gouvernants, pour qu'ils mettent  fin au concordat intercantonal sur la détention administrative et au financement de Frambois  : à ceux qui cherchent obsessionnellement des économies budgétaires, on signalera en effet qu'il y a là, dans trois cantons, des lignes budgétaires à supprimer. Et à ceux qui trépignent en exigeant «du concret dans l'asile », on en proposera une : Fermer Frambois !


Le fond de l'air est malsain

Le fonds de l'air est malsain : dans le même temps où les socialistes lausannois rejoignent le camp du référendum contre une nouvelle dégradation du droit d'asile en Suisse, les même rejoignent la droite en Ville de Lausanne pour renforcer la chasse aux mendiants (c'est-à-dire, comme nul ne l'ignore, mais ne l'admet explicitement, la chasse aux Rroms). Et à Genève, le ministre des pulsions sécuritaires, Pierre Maudet, a supprimé l'Office des droits humains, qui coiffait le Bureau de l'intégration des étrangers, la délégation aux violences domestiques, le service de l'égalité entre homme et femmes et le service de la solidarité internationale. Tous services qui seraient désormais directement rattachés au secrétaire général du Département de la Sécurité. Le lien est politiquement explicite : ce n'est pas la sécurité qui est un droit humain, ce sont les droits humains qui doivent passer sous la toise de la sécurité. On n'a pas un Département des Droits humains comprenant des services sécuritaires mais un Département de la Sécurité instrumentalisant les droits humains. C'est plus qu'une nuance et ce qui a été supprimé est plus que l'« échelon administratif»  qu'affecte d'y voir Pierre Maudet : les organisations de défense des droits humains considèrent un office tel que celui qui a été supprimé comme le moyen indispensable à une vision cohérente de l'ensemble de la problématique des droits fondamentaux et des actions à mener pour les respecter et les faire respecter. L'Office genevois avait ainsi joué un rôle pionnier, auprès de la police, pour faire reculer les violences policières, et Genève était le seul canton à s'être doté d'un instrument de mise en oeuvre des engagements du canton et de la Confédération elle-même, en particulier ceux découlant de recommandations des Nations Unies. La «capitale mondiale des droits humains»  n'aurait ainsi plus d'Office des droits humains (à moins d'une annulation de la décision du capitaine Maudet...), alors même que la nouvelle constitution genevoise prévoit une évaluation « périodique » et «indépendante» de la concrétisation des droits fondamentaux dans et par la République...

Le fonds de l'air est malsain : trois requérants d'asile déboutés se sont suicidés en une semaine en Suisse alémanique, mi-novembre : une Erythréenne mère de trois petits enfants, qui devait être refoulée en Italie, s'est suicidée à Liestal, un Arménien à Winterthur et un Russe à Kloten. Pour Amnesty, ces suicides montrent les « graves défaillances du système suisse » et sont le résultat de l'absence de prise en compte des besoins de requérants fragile psychologiquement, soumis à la quadruple angoisse de l'enfermement, de la menace d'un renvoi forcé, de la séparation de leurs familles et d'un accès limité aux soins.  Quant à la Commission de prévention de la torture, elle estime que le régime appliqué dans la plupart des lieux de rétention des requérants déboutés est incompatible avec la protection des droits fondamentaux. Z'ont rien compris, les droits-de-l'hommistes : le suicide des requérants déboutés, c'est le top du top de la rationalité dans le domaine de l'asile, le moyen idéal de faire ce que presque toute la « classe politique » et la majorité de l'« opinion publique » demandent : accélérer les procédures de renvoi et réduire le nombre de requiérants. Et quand en plus, ce sont les requérants eux-mêmes qui s'en chargent, pourquoi mégotter ?
On fait dans le sarcasme ? A peine : une semaine après que trois requérants déboutés se soient suicidés, un groupe de travail de la Confédération a proposé de créer dans un périmètre d'une heure de trajet autour des centres d'enregistrement existants (Vallorbe, en Suisse romande), plusieurs « satellites »  pouvant accueillir au minimim 400 personnes chacun. Du stockage en grand, pour lequel on prévoit d'utiliser des cantonnements militaires.
« Du concret dans l'asile », se félicite Le Matin de samedi dernier... En effet : y'a-t-il plus « concret » que le suicide ?

12:59 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : asile, frambois, politique | |  Facebook | | | |

Commentaires

Il y a près de 1400 suicides par année en Suisse. Soit 173 pour 100.000 habitants. Vous avez raison vivre en Suisse c'est dur mais aussi pour les non requérants.

Écrit par : norbert maendly | mercredi, 28 novembre 2012

Vous avez raison de le railler, car c'est le droit d'asile dans son ensemble qui n'a plus de sens depuis la fin de la guerre froide.

Vu ce qu'il est devenu, une sorte de filière parallèle d'immigration qui joue sur les faiblesses et délais bureaucratiques dans 95% des cas, il faudra avoir le courage politique de simplement le supprimer.

Écrit par : Oscar Goldman | mercredi, 28 novembre 2012

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