lundi, 26 novembre 2012

Budget cantonal genevois : Copie révisée ? copie jetable...

cartel.jpgLe Conseil d'Etat genevois a déposé une nouvelle mouture du projet de budget cantonal, après le refus d'entrer en matière opposé par la majorité parlementaire (de droite) à un premier projet. La nouvelle copie prévoit toujours un déficit, mais moindre que celui de l'ancienne grâce à une évaluation « technique » à la hausse des recettes fiscales (des taxations n'avaient pas été bouclées lors du dépôt du premier projet), mais aussi grâce (encore que nulle grâce n'y soit pour quoi que ce soit)  à de nouvelles coupes dans les dépenses, en particulier dans le budget de l'Instruction Publique. Et il semble bien qu'il n'y ait guère que le risque politique de se retrouver devant le peuple, le 3 mars lors de la la mise en votation de la fusion des ciasses de pension publiques CEH et CIA, en ayant été incapable de doter la République d'un budget, qui puisse faire réfléchir la droite genevoise. A moins bien entendu que la mobilisation à laquelle invitent les syndicats de la fonction publique (www.cartel-ge.ch), contre les propositions du gouvernement et celles, pires encore, de la majorité parlementaire, soit massive : premiers rendez-vous ce jeudi 29 novembre, à 16.heures 30 devant l'Hôtel-de-Ville pour un rassemblement, partant en manifestation à 18 heures vers la Salle communale de Plainpalais où se tiendra à 18 heures 30 une assemblée générale du personnel.


Un projet mobilisateur : Moins d'école, plus de prison, et faisons payer les pauvres !

Pour la deuxième fois en un mois, le gouvernement genevois présente un projet de budget d'« austérité » (la première fois, la droite ne l'avait pas jugé assez « austère » et l'avait renvoyé à l'expéditeur). Notre « austérité » n'a certes rien à voir dans ses effets avec celle qui s'abat sur les Grecs, les Espagnols, les Portugais et les Italiens (et que la droite française rêve de voir s'abattre sur les Français), mais ses présupposés, les choix politiques qu'elle exprime et les obsessions qu'elle trimballe sont les mêmes ici et là-bas : vider les caisses publiques en multipliant les cadeaux fiscaux aux plus hauts revenus, aux plus grosses fortunes et aux plus gros bénéfices, puis, les caisses étant vides, les remplir en ponctionnant les plus pauvres, en s'attaquant aux prestations sociales, aux services publics et à leur personnel, tout cela en gonflant les budgets « sécuritaires » (la deuxième mouture du projet de budget genevois accorde six millions de plus pour la «planification pénitentiaire»...), et en claquant des millions pour se décharger sur des polices privées de tâches elles-aussi « sécuritaire » relevant historiquement du monopole public... Et si le Conseil d'Etat ne reprend-il aucune des propositions plus ou moins délirantes faites par les députés PLR, ce n'est pas parce qu'il les a perçu pour ce qu'elles sont, mais uniquement parce qu'elles nécessitent des modifications de loi que le gouvernement ne veut pas assumer en période électorale.

On fait donc à Genève en petit ce qu'on fait en grand à Athènes. De ce point vue, prévoir des dépenses supplémentaires pour l'assistance publique (15 millions de plus pour Genève) relève certes de la prévoyance (mais d'une prévoyance sans mérite, puisqu'elle est obligatoire) : une politique d'austérité fabrique de la précarité qu'il faut ensuite prendre en charge... et quand elle s'applique, par exemple, à un hôpital public, comme le plan Per4mance  (on prisé de s'ébaudir devant le jeu de mot...), elle ne peut se traduire que par une dégradation des soins du fait des suppressions de postes, de l'« externalisation» de services, de la réduction autoritaire du temps de séjour et de soins hospitaliers, du remplacement d'infirmier-e-s par des « assistant-e-s en soins et santé communautaire », etc...

Le canton pourrait entamer l'année 2013 sans budget ? Et alors, puisqu'on nous annonce pourtant la fin du monde pour le 21 décembre 2012 ? mais au cas où cette annonce se révélerait prématurée et que le Grand Conseil serait infoutu de voter un budget (au contraire du Conseil Municipal ?), le canton commencerait donc l'an de grâce (et de maigre) 2013 au régime des « douzièmes provisionnels » (les dépenses de 2012 coupées en tranches mensuelles) : ça assurerait les prestations mais empêcherait toute nouvelle dépense : Maudet n'aurait pas ses nouveaux flics, ses nouveaux gardiens de prison, ses nouveaux juges... Le paradoxe serait d'ailleurs amusant, d'une majorité parlementaire de droite empêchant un ministre de droite d'appliquer le programme sécuritaire de la droite...
Le paradoxe ne serait cependant pas moindre d'une minorité de gauche remuant ciel et terre pour que la droite ait les moyens de mener sa politique de droite... Car il ne sert à rien de raboter nous-mêmes nos propres exigences en espérant ainsi amadouer nos adversaires : eux campent sur leurs positions, et n'en démordront pas. Pourquoi devrions nous renoncer aux nôtres, alors que c'est la droite genevoise qui est seule responsable de la crise budgétaire cantonale ? Le déficit prévu au premier (278 millions) comme au second (191 millions) projets de budget était inférieur au coût (400 millions) des cadeaux fiscaux accordés depuis trois ans à la Genève du fric-roi...

14:46 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : budget, politique, finances publiques, fiscalité | |  Facebook | | | |

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