lundi, 19 novembre 2012

Non aux droits des autres !

Ils étaient contre le divorce, l'union libre, le partenariat, ils sont maintenant contre le mariage...

C'est une manie, une sorte de pulsion, quelque chose d'irrépressible, de pavlovien : manifester non pour ses droits mais contre les droits des autres. Des milliers de personnes ont manifesté samedi et dimanche en France contre le projet du gouvernement d'autoriser le mariage de personnes du même sexe. Des églises, des sectes, des «autorités religieuses» chrétiennes, juives et musulmanes ont appelé à ces manifestations. Les réactions religieuses avaient naguère manifesté contre le droit au divorce, contre le suffrage féminin, contre le droit à l'avortement, contre le partenariat. Elles manifestent aujourd'hui contre le droit des homosexuel-le-s au mariage. Que laissent-elles à celles et ceux à qui elles veulent imposer toutes les clôtures qu'elles trimballent ? le choix entre la chasteté, la branlette et le suicide ?


« Je connais des gens nés avec la vérité dans leur berceau, qui ne se sont jamais trompés, qui n'ont pas eu à avancer d'un seul pas de toute leur vie » (Louis Aragon)

Pour quoi manifestent ces jours en France les crétins enreligiosés qui, hier, ont roué de coups des militantes féministes déguisées en bonnes soeurs ? Pour leur propre droit au mariage ? Ce droit n'est en aucune manière menacé. Ils ne manifestent pas pour un droit, ils manifestent contre un droit. Ils manifestent contre l'accès d'autres à un droit dont ils disposent. Ils manifestent contre un droit au mariage « pour toutes et tous », et donc pour les homosexuel-le-s aussi.  En quoi la possibilité donnée à des couples de même sexe de se marier atteint-elle à ce droit des couples de sexes différents ?  En rien. En quoi atteint-elle aux « fondements de la société » ? Plus en rien, à moins de ne concevoir de société que sur le modèle de celles occidentales du XIXe siècle chrétien. On n'a cessé, dans l'histoire des sociétés, de redéfinir les règles conjugales et familiales : on est passé de la famille communautaire à la famille nucléaire, de la polygamie à la monogamie, du mariage définitif à l'autorisation du divorce, on a proscrit le mariage forcé, le mariage consanguin, le viol conjugal... L'anthropologue Maurice Godelier le rappelait dans Le Monde d'hier : « L'humanité n'a cessé d'inventer de nouvelles formes de mariage (...). est-ce que toutes les autres familles que celles de l'Occident post-chrétien sont irrationnelles ? C'est l'humanité qui les inventées !» et « aucune des sociétés qui ont accepté ces évolutions ne s'est effondrée » à cause d'elles. Ce qui était perçu comme scandaleux « est devenu banal, comme avoir des enfants sans se marier est aujourd'hui banal », comme se marier sans vouloir d'enfants... Et dans dix pays, les homosexuel-le-s ont déjà le droit de se marier.
Cela dit, revendiquer le droit au mariage c'est revendiquer un droit au conformisme social, un droit à « être comme les autres », comme s'il y avait là une ambition plus honorable que celle de n'être que comme soi... mais ne pas vouloir du mariage nous autorise-t-il à en dénier le droit à d'autres ? Etre sans église ni religion nous autorise-t-il à interdire les mariages religieux ? Trouver les « Salons du mariage » grotesques nous autorise-t-il à y foutre le feu ?

Louis Aragon, qui en cinquante ans d'adhésion au Parti communiste en avait eu tout son saoul, de crétins enreligiosés, écrivait en 1959 : « Je connais des gens nés avec la vérité dans leur berceau, qui ne se sont jamais trompés, qui n'ont pas eu à avancer d'un seul pas de toute leur vie, puisqu'ils étaient déjà arrivés quand ils avaient encore la morve au nez. Ils savent ce qui est bien, ils l'ont toujours su. Ils ont pour les autres la sévérité et le mépris que leur confère l'assurance triomphale d'avoir raison. (...)  Quand ils mourront, qu'on écrive donc sur leur tombe : "il a toujours eu raison"... c'est ce qu'ils méritent, et rien de plus ». C'est ce que mérite le cardinal archevêque de Lyon qui associait le 14 septembre le « mariage gay » à la polygamie et à l'inceste. C'est ce que mérite le cardinal archevêque de Paris qui prévient que ce mariage «ébranlerait les fondements de notre société» (contrairement sans doute aux pratiques pédophiles ayant cours dans les rangs de sa propre église...). C'est ce que méritent le grand rabbin de France, le président du Conseil français du culte musulman, le président de la Fédération protestante de France, qui en appellent à des Etats Généraux sur la question...


En France, ces jours, ce sont essentiellement des catholiques intégristes (comme ceux de Civitas) ou conservateurs (comme ceux d'Alliance Vita) qui ont manifesté contre le « mariage gay », mais des hiérarques catholiques (l'archevêque de Lyon, celui de Paris), des curés, des imams, des rabbins y ont aussi appelé. Et des politiciens de droite (Jean-François Coppé, par exemple) y sont aussi allés de leur soutien aux processions du week-end. Reste que ce sont surtout des milieux catholiques qui se sont mobilisés contre le droit au mariage des homosexuel-le-s.  Quels Evangiles ont-ils lu, ces chrétiens autoproclamés ? Les mêmes que ceux qui pendant des siècles ont été utilisés pour justifier l'esclavage, le servage des femmes, les pogroms ? Jésus n'en avait rien à cirer des préférences sexuelles de qui que ce soit, et s'il y a quelque chose à retenir de son message, ce n'est pas la conformité aux normes sociales, mais peut-être le même message que celui d'Etienne La Boétie : le refus de la soumission volontaire.


Que les conservateurs religieux ne veulent pas étendre aux homosexuel-le-s le droit au mariage qu'ils revendiquent pour eux-mêmes, et dont il font d'ailleurs une obligation sociale, cela les regarde. Qu'ils le refusent aux autres, c'est cela l'intolérance.

Pour elle aussi, il y a des maisons : on les appelle des églises.

15:24 Publié dans Société - People | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : mariage, gays, homosexualité, famille, église, églises | |  Facebook | | | |

Commentaires

Crétins enreligiosés ?

Écrit par : Pascal Décaillet | lundi, 19 novembre 2012

c'est une pandémie en Suisse aussi.Ceux qui controlent d'autres grâce à leur caméra dénonciatirce via Internet ,les mêmes s'insurgeant quitte à intenter procès à des voisins les zieutant depuis leur balcon
Mon bon monsieur notre monde est carrément malade ceux qui en doutaient en sont convaincu et ce de plus en plus.Pour preuve les gens ne se parlent plus faute d'entendre il fait ceci ou cela alors qu'il aurait du faire autrement et cete sublime phrase , faites toujours ce que je ne ferai jamais quitte à vous coller une amende de 200 balles

Écrit par : lovsmeralda | lundi, 19 novembre 2012

C'est parce que c'est leur dernier combat. Le courant politique qui remue aujourd'hui contre le mariage pour tous (en gros le courant de la contre-révolution, ou des "émigrés" dans le sens qu'avait ce mot autrefois), c'est ce même courant qui a perdu, il y a longtemps, sur la religion d'état, sur le divorce, sur l'éducation par les prêtres, plu récemment sur l'avortement, sur la contraception, sur la morale comme fondement de la politique, etc., etc.

Mais lorsqu'ils auront perdu ce combat-là, il n'en auront plus d'autre. On a beau chercher, on ne voit pas à quoi il se raccrocheront. Leur pelote est presque entièrement dévidée. On comprend qu'ils y mettent toutes leurs énergies.

Écrit par : Dirait-on pas la grande palmeraie de Tizi-Ouzou ? | lundi, 19 novembre 2012

@dirait-on
Peut être qu'alors, ils commenceront à se battre "pour" et non "contre".

Écrit par : lefredo | mardi, 20 novembre 2012

Un libéral ne peut être qu'entièrement d'accord avec vous.

Maintenant, un petit effort de décentration, conservez les principes que vous défendez ici et aplliquez les jusqu'au bout. Produisez la même analyse également en matière économique et cessez d'être socialiste.

En économie les socialistes sont comme les zélotes que vous dénoncez. Ils militent religieusement contre le droit fondamental des individus, de disposer d'eux-mêmes et de contracter librement aux conditions qui leurs sied. Voilà les socialistes qui veulent imposer à tous un salaire minimum, un salaire maximum, des conventiosn collectives, des restrictions sur les heures de travail ou sur le moment du travail, sur quel jour on prend son congé, sur le maintien de force des rapports contractuels, sur des assurances sociales forcées et non volontaires, etc. Les voilà comme les éclésiastiques, qui au nom de leur morale prétendent contrôler, diriger, planifier interdire ou autoriser l'activité des autres. Bref, je vous cite, ils n'ont de cesse de manifester non pour leur droit de contracter librement, mais contre celui des autres de faire de même.

Il est curieux de constater que les gens de gauche n'ont fait que la moitié du chemin vers l'expression cohérente de la protection des libertés des individus. De liberaux en matières sociales, ils deviennent subitement totalitaires en matière économique exactement comme les religieux qu'ils critiquent en matière de moeurs. A qui nuis-je lorsque je me marie avec qui bon me semble? Certainement à personne. Un socialiste comprend aisément que le totalitaire dangereux pour les libertés est celui qui veut empêcher autrui de se marier, parce que cela contrevient à sa morale ou à sa représentation de la société.

Mais, mutatis mutandis, à qui nuis-je lorsque je contracte avec qui bon me semble lui aussi volontaire pour entrer dans l'échange? A qui nuisons-nous lorsque avec un autre nous exerçons notre liberté d'échanger aux conditions stipulées volontairement par nous? Comprenne qui pourra: soudainement les socialistes changent leur fusil d'épaule et commbattent aveuglément les arguments qu'ils donnaient tantôt eux-mêmes dans les matières sociales. Par la magie de l'idéologie socialiste qui opère, change le contenu et changent les principes. Les socialistes deviennent eux-mêmes les totalitaires qui veulent contrôler l'activité des autres au nom de leur morale.

Une fois n'est pas coutume, j'acquiesse pour dire que les principes que vous défendez ici sont les bons. Aussi, conservez-les et faites simplement l'exercice intellectuel de les appliquer à tous les contenus, pas seulement à ceux qui vous arrangent. Sinon, vous n'aurez fait que la moitié du chemin. Comme disait le marquis de Sade à ses comtemporains révolutionnaires: cher Monsieur Hollenweg, encore un effort si vous voulez être républicain.

Écrit par : mais tout à fait | mercredi, 21 novembre 2012

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