mercredi, 17 octobre 2012

Election partielle au Conseil administratif de Genève : Salika, qui d'autre ?

Pour en finir avec la gauche marshmallow

Dans un peu plus de deux semaines, le 4 novembre, en même temps qu'une élection à la Cour des Comptes dont nous n'avons aucune honte à avouer que nous nous contrefoutons, se tiendra en Ville de Genève une élection partielle à l'exécutif municipal (il s'agit de repourvoir le siège laissé vacant par Pierre Maudet). Quatre candidatures à cette élection : une de gauche, deux de droite, une « indépendante » (ce qui, politiquement, ne veut pas dire grand chose, sinon qu'elle ne se résout pas à dire où elle se situe). Le PDC et le PLR soutiennent leur candidat de droite (Guillaume Barrazone),. l'UDC et le MCG soutiennent leur candidat de droite encore plus à droite (Eric Bertinat)... Et les partis de gauche ? PdT et JS exceptés, ils attendent, des Verts à solidaritéS en passant par le PS, réfugiés dans un silence poltron, n'ayant réussi à produire comme mot d'ordre qu'un inconsistant « tout sauf Bertinat » et comme analyse qu'un piteux « nous ne voulons pas d'un exécutif monocolore »... On connaît la gauche caviar, on avait tenté de lancer la gauche anchois, on hérite de la gauche marshmallow : mollachue, doucereuse et écoeurante à la deuxième bouchée.


«  Nous sommes la thèse, l'antithèse, la synthèse et la prothèse »

Parti du Travail et Jeunesse Socialiste mis à part, la gauche genevoise nous tient un étrange discours : rien ne serait plus dangereux qu'un « exécutif monocolore de gauche »... Or ce risque d'un exécutif « monocolore de gauche » tient à la fois du fantasme et du prétexte. D'abord parce pour qui nous voit nous agiter dans notre marigot politique, l'hypothèse même d'une gauche genevoise monocolore est en soi bouffonne : chaque composante de cette gauche genevoise étant en soi l'opposition au reste de la gauche, l'alternative à ses partenaires de l'Alternative, et la thèse, et l'antithèse, et la synthèse, et la prothèse. Ensuite, parce que n'en déplaise à la droite et à la gauche marshmallow, ce sont les citoyennes et les citoyens qui décident de la composition des municipalités, et que s'ils décident d'y expédier une cinquième représentante de la gauche, comme nous le souhaitons, il faudra bien que celles et ceux que cette éventualité apeure s'y fassent. Enfin, parce qu'à entendre les cris d’orfraies poussés lorsque la personnalité de Salika Wenger est évoquée, on se dit que que sa présence dans l'exécutif municipal genevois est porteuse de bien des risques, mais certainement pas de celui de la monochromie. Et qu'après tout, dans la grisaille politique ambiante, la capacité évoquée de la candidate de gauche à semer le trouble n'est pas la moindre de ses qualités : «ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards, ni patience », écrivait René Char. Parole de poète, mais parole politique de poète combattant : on ne milite pas pour bétonner les lignes, mais précisément pour les déplacer, ou les franchir.

Et puis, il y a une autre raison à notre soutien à la candidature de la Kahina : celle de nous contraindre à regarder notre propre fonctionnement en face. Seules deux petites organisations politiques de gauche soutiennent la seule candidate de gauche à la Municipalité genevoise : le Parti du Travail et la Jeunesse Socialiste. Ni le Parti socialiste, ni les Verts, ni les organisations avec qui le Parti du Travail compose la coalition « Ensemble à gauche », et semblent n'avoir en commun que leur vieille détestation du PS (c'est bien peu pour faire un programme...) n'ont été foutus de faire le choix, pourtant évident, d'appeler à voter à gauche dans une élection au suffrage universel. C'est dire si les petits calculs, les antiques réflexes et les grands conforts prennent facilement, dans nos rangs aussi, le pas sur ce qui devrait tenir autant du réflexe politique (ou de l'instinct de classe) que de la réflexion stratégique. C'est dire aussi que les mêmes qui, in petto (et sans doute sans avoir entendu sa belle intervention lundi soir au Conseil Municipal sur l'hébergement des sans-logis) glosent sur la « discrétion » d'Esther Alder, ne craignent rien tant que ce qui pourrait troubler le statu quo et le confort qu'il procure. Les mêmes sans doute ne supportent Rémy Pagani et Sandrine Salerno que parce qu'ils y sont bien obligés, puisque  Rémy Pagani et Sandrine Salerno sont là parce que les citoyennes et les citoyens en ont voulu ainsi. Mais, étant de gauche, le montrant et le proclamant, que ces deux-là sont encombrants, et bruyants, et importuns ! Et que le monde politique municipal serait agréable si ne siégeaient au Conseil Administratif que des commis silencieux, des porte-serviettes dévoués et d'aimables curetons centristes pleins de bonnes intentions !


Alors, vous pensez, Salika... de l'harissa dans les marshmallows...

13:38 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, élections, gauche | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.