mercredi, 03 octobre 2012

Quand Rémy s'en va-t-en voyage

Jusqu'où s'étend la Grande Genève ? Jusqu'à New York...

Le Maire de Genève (Rémy Pagani, cette année)  interviendra samedi à New York, lors de la quatrième session du «  Tribunal Russell sur la Palestine », pour rappeler la nécessité de défendre et de respecter les Conventions de Genève et le droit international. C'est bien le moins, direz-vous, que l'on puisse attendre du maire de Genève, que de défendre les Conventions de Genève ? Eh bien vous auriez, de l'avis de la droite genevoise, grand tort. Le Maire de Genève n'a pas à aller à New York rappeler qu'il faut défendre les Conventions de Genève. Le Maire de Genève doit rester à Genève, en silence, le cul posé sur son fauteuil de Maire de Genève. Mais voilà, ni la pratique, ni l'histoire ne militent en faveur de cette reposante conception du rôle de Maire de Genève.


«  Il y a cinq continents. Et puis il y a Genève »

Le Maire de Genève s'en va causer à New-York et la droite de Genève monte aux créneaux de Genève. Un petit épisode folklorique local, qui nous suggère tout de même quelques utiles rappels.
Il se trouve que Genève est l'une des dix villes les plus connues au monde. Rémy Pagani n'y est pour rien, la droite genevoise non plus, c'est comme ça, la faute à Calvin, à Rousseau, à Henri Dunant, à Jean Ziegler et à pas de chance...
Il se trouve que depuis 450 ans, Genève se prend pour le nombril du monde («  Il y a cinq continents. Et puis il y a Genève », soupirait, sauf erreur, Talleyrand...) et se sent tenue de parler à l'univers, et que cette tradition mérite d'autant plus d'être perpétuée qu'elle énerve ceux qui, n'ayant jamais eu grand chose à dire sur grand chose, ne supportent pas que d'autres puissent parler de plus que du revêtement de la plaine de Plainpalais ou de la couleur de la brochure du budget municipal...
Il se trouve que le titre de Maire est de ceux que, partout, à peu près tout le monde comprend. Parce que des Maires, il y en a partout, et parce que des Municipalités, il y en a partout. Démocratiques ou non, d'accord, mais partout. Et que si on sait partout ce qu'est un Maire, passée la douane de Moillesullaz, on ne sait ce qu'est un Conseiller fédéral et on confond un Conseiller d'Etat avec le magistrat d'un haut tribunal administratif...
Il se trouve qu'en démocratie, les Maires restent des citoyens. Il y a certes des pays où les Maires restent des sujets, et d'autres où ils deviennent des fonctionnaires, mais là, chez nous, aujourd'hui, pour être Maire on n'en reste pas moins citoyen. Or un citoyen peut-être un militant. Et il n'est écrit nulle part, ni dans les astres, ni dans les lois, ni dans les constitutions, qu'on devait cesser d'être militant quand on était élu... Surtout quand on a été élu parce qu'on était militant...
Il se trouve que le Maire de la Ville de Genève, cette année, s'appelle Rémy Pagani. Pas Olivier Fiumelli, Eric Bertinat ou Pierre Weiss : Rémy Pagani...
Il se trouve que le citoyen Rémy Pagani, par ailleurs Maire de Genève (et pas de Gy, des Grottes ou de Goumoëns-le-Juz) va se rendre à New-York pour assister à une partie de la session du « Tribunal Russel » sur la politique de l'Etat d'Israël...
Il se trouve enfin (et on arrêtera là cette litanie) que cette session du « Tribunal Russell », quoi qu'on en pense par ailleurs, est une manifestation privée (par opposition à une cérémonie publique), organisée par une fondation privée (et non par un Etat) dont les choix politiques sont certes très clairement marqués, mais qu'il est parfaitement indigne d'accuser de quoi que ce soit qui ressemblerait même de très loin à de l'antisémisime. Le voyage de Pagani à New-York ne relève donc d'aucune manière d'aucun domaine de la politique étrangère de quelque Etat que ce soit, pas même du nôtre, et moins encore d'une quelconque obsession ant-israélienne.
Bref, tout ça pour vous dire que quand Rémy s'en va-t-en voyage à New York, il ne fait pas de la «politique étrangère», mais son métier de Maire de Genève, comme tous ses prédécesseurs, de gauche et de droite le firent. Et qu'on attendra bien des successeurs de Pagani à la Mairie qu'ils et elles continuent de faire ce même métier, par les mêmes moyens. Parce que contrairement à ce que nous a geint le président de l'Association Suisse-Israël, ce genre d'action ne « détériore » pas « l'image de la ville hôte des Nations Unies », qui en a vu bien d'autres, mais la conforte, comme l'« initiative de Genève » portée par Micheline Calmy-Rey l'avait déjà confortée. Et que si l'on tient vraiment à désigner ceux qui « détériorent l'image de Genève », ce n'est pas au Palais Eynard mais dans le quartier des banques et dans les sièges des multinationales qu'il faut les chercher.

13:07 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, pagani, tribunal russell | |  Facebook | | | |

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