mardi, 25 septembre 2012

Zones piétonnes : l'échec d'un compromis foireux

Piéton taine et tonton

Par plus de 65 % des voix, et une participation de 38 % plutôt supérieure à la moyenne, les électrices et électeurs de la Ville de Genève ont refusé dimanche le modeste crédit de 5,36 millions de francs destiné à essayer, pendant un an, de « piétonniser » 50 rues ou tronçons de rue, en guise de première tentative de concrétiser l'initiative des Verts pour 200 rues piétonnes. Seuls quatre arrondissements ont accepté le crédit. Et les majorités négatives ont été d'autant plus fortes qu'elles s'imposaient dans des quartiers non concernés, ou peu concernés, par le projet.


Une recette genevoise : la zone piétonne par l'embouteillage

bagnole-en-ville2.jpgC'est l'aspect le plus frustrant du jeu politique, et le vote sur les rues piétonnes l'illustre aussi clairement que le démontrera sans doute celui, dans trois semaines, sur le projet de nouvelle constitution: soutenir un mauvais projet parce qu'il est présenté par nos élus. Il n'en est pas moins mauvais pour autant, mais cette sorte de solidarité obligée nous le fait soutenir alors qu'in petto, nous en reconnaissons tous les défauts : ces 50 rues piétonnes n'étaient pas vraiment des rues, elles n'étaient pas vraiment piétonnes, elles étaient sans continuité entre elles, et il ne s'agissait que d'un «  essai » annuel. Résultat : Les seules rues piétonnes nouvelles qui vont être instaurées à Genève rissquent fort de l'être pendant encore longtemps par l'embouteillage des rues par une circulation automobile ne laissant qu'aux seuls piétons la possibilité de circuler. Mais dans les gaz et entre les tôles...

Tout le monde (ou presque) affirme depuis dimanche être partisan de zones piétonnes, y compris ceux qui avaient appelé à refuser le crédit municipal. Il est vrai que Genève n'a pas voté contre les zones piétonnes, mais contre la mise à l'essai pendant un an de bouts de rues piétonnes non raccordées les unes aux autres, et échangées avec le PDC contre l'acceptation d'une compensation excessive des places de parkings, et même l'entrée en matière sur un  parking supplémentaire (les « clefs de Rive ») comme prix à payer pour une (petite) zone piétonne dans un quartier sans habitants -c'est-à-dire, en fait, une zone piétonne pour commerçants. Mais on aurait grand tort de prendre pour argent comptant les déclarations de bonne volonté «  piétonnière » de la droite et des organisations de commerçants. Car l'enjeu est bien dans le choix entre deux types de zones piétonnes : celles que l'on créée pour les habitants, et que soutiennent la gauche, et celles que veulent la droite, que l'on créée pour les commerçants. Et surtout pour les grands magasins. Comme on s'apprête à proposer de le faire dans les rues basses et à Rive.


En attendant, Il y a un enseignement à tirer du vote de ce dimanche, et il est fort simple : quand on construit un projet sur un compromis boîteux, il ne faut pas s'étonner de le voir se casser la gueule. Et cela vaut pour le vote d'avant hier comme sur ceux qui viendront peut-être, sur le parking des « clefs de Rive » ou la traversée autoutière du petit lac, présentés comme le prix à payer pour des zones piétonnes.


Le crédit proposé par le Conseil administratif pour « essayer » 50 rues piétonnes pendant un an a été rejeté, mais l'initiative des Verts pour 200 rues piétonnes, acceptée par le Conseil Municipal, reste en force. Et du coup, c'est le gouvernement cantonal qui montre ses muscles, rappelant que les questions de trafic sont de la compétence cantonale, et que c'est lui, le Conseil d'Etat, qui va examiner «  avec intérêt » les projets communaux de piétonnisation, pour autant qu'ils ne perturbent pas trop le trafic (cela, le Conseil d'Etat s'en charge lui-même) et que les places de parkings supprimées soient compensées. C'est-à-dire précisément ce que portait le compromis foireux refusé ce dimanche par les électrices et électeurs de la Ville.  Il est vrai qu'il serait malvenu pour quiconque de contester la haute compétence du gouvernement cantonal dans le domaine des transports, de la circulation, de la mobilité : A pied, à cheval, à vélo, en trotinette, en planche à roulette et en voiture, les Genevoises et les Genevois la jaugent et la jugent tous les jours.

Ils ont le temps, dans les embouteillages...

15:38 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : transports, mobilité, piétons, parkings, zones piétonnes | |  Facebook | | | |

Commentaires

C'est aussi une claque a tous ceux qui provoquent la congestion de la ville, pour forcer le passage d'une mobilité efficace à une immobilité.
l'objectif est toujours le même rendre les gens captifs, pour mieux les "gouverner"...
Beurk

Écrit par : T-buster | mercredi, 26 septembre 2012

C'est au volant de votre bagnole que vous êtes le plus facilement contrôlable et "gouverné". Un piéton, ça passe partout. Une bagnole, ça ne passe que là où on la laisse passer...

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 26 septembre 2012

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