jeudi, 20 septembre 2012

Politique genevoise : eau courante à tous les étages

Du verre au seau... et du seau aux urnes ?

On avait déjà beaucoup apprécié le jet du verre d'eau MCG à la face d'un député libéral, on devrait donc s'esbaudir au jet du seau d'eau PDC à la face du juge de gauche (de la gauche), mais malgré notre mauvais fond tapissé de mauvais esprit, tout de même, on hésite. Ce n'est pas qu'on entretienne un respect particulier pour l'institution en laquelle ces jeux d'eau se produisirent : c'est seulement qu'on aurait préféré en savoir un peu plus, tout « secret de fonction » aboli, sur ce qui a amené à cet arrosage automnal. Et c'est surtout qu'on préférera toujours une bonne et saine polémique politique à une grotesque échauffourée entre pontes caractériels. Même s'il nous arrive d'y prendre part. Nous célébrons aujourd'hui la quatrième fête «sanculotide», celle de l'opinion. Autrement dit, celle du débat -pas celle de la rixe.


 

La « Une » à laquelle vous avez échappé : « Ego te abseau d'eau »

Le seau que le juge PDC Geiger (dit « le Shérif») a balancé sur le juge de solidaritéS Devaud (dit «Roy Bean» était « vert et plein », a précisé Devaud. Eût-il été rouge et vide que cela n'aurait d'ailleurs pas changé grand chose, ni réduit en quoi que ce soit nos regrets que les accusations portées par Devaud sur le fonctionnement de l'institution dans laquelle il tenait tant à siéger, pour l'abandonner un an après y avoir été élu, ne soient finalement documentées que par cet épisode moins tragi-comique que comico-comique : les trois juges titulaires, permanents, de la Cour des Comptes semblent être en désaccord sur à peu près tout : le fonctionnement de l'institution, le traitement des dossiers, le déroulement des audits... mais encore ? on voudrait des précisions, des exemples, du grain à moudre, et on n'a que les récriminations de l'un d'eux contre les autres, les accusant de l'insulter, de le menacer, de l'agresser, d'être d'une « partialité criante » à son égard.


Devaud, l'arrosé, qui boycotte les séances du collège des juges de la Cour des Comptes, ne se représente pas, Geiger, l'arroseur, ne peut pas se représenter, et le 4 novembre prochain, en même temps que l'élection partielle au Conseil administratif de la Ville de Genève se déroulera l'élection générale à la Cour des Comptes,avec une liste «gouvernementale» rose-verte-bleue (PS-Verts-PLR) n'ayant pour seule concurrence qu'une liste UDC-MCG dont on vous laissera le soin de choisir la couleur. On va en faire quoi, de cette élection ? On peut en faire quoi, d'une élection verrouillée par les commissions judiciaires et les directions des partis gouvernementaux (dont le nôtre) ?. Que vaut le résultat d'un deal, d'une « lotisation » entre partis, avec le moins de débat politique possible ? Un marchandage opaque pour une élection tronquée...


« La crise que traverse la Cour des Comptes à Genève (...) doit être prise très au sérieux », éditorialisait hier Le Courrier. Oui, elle doit être prise très au sérieux. Non pour elle-même, et pour son épisode de combats de coqs caractériels, mais pour ce qu'elle révèle des moeurs politiques genevoises. Et ce ne sont ni le verre d'eau du député Stauffer, ni le seau d'eau du juge Geiger, ni les invectives du MCG dans les parlements, ni les raideurs de nos propres doigts en réponse à ces invectives, qui devraient inquiéter, mais bien plutôt ce par quoi les partis politiques tentent d'y répondre : des connivences, des accords, des marchandages de souks et des négociations de bazars pour se partager des postes, des présidences de commissions municipales à celles des grandes régies publiques en passant par les postes de magistrats et les candidatures aux exécutifs municipaux et cantonaux. Marchandages et négociations qui commencent sérieusement à hérisser le poil des militantes et des militants dans tous les partis. Le deal passé entre le PDC et le PLR (je te refile mon siège à la Cour des Comptes, tu me refiles ton siège au Conseil administratif de la Ville) reste d'ailleurs en travers de la gorge de nombreux radelibes et démo-chrétiens : « on obéit au PLR comme des vassaux » groument des PDC, apparemment prêts à saboter la candidature de Guillaume Barazzone à la Municipalité pour le punir de leur avoir été imposé par le PLR, des radelibes râlant de leur côté contre l'abandon de leur siège au Conseil administratif (les radicaux sont le seul parti à y avoir détenu un siège sans interruption depuis le rétablissement de la Ville comme commune) en échange de la garantie d'un siège à la Cour des Comptes.


Ne serait-ce que parce qu'elle trouble ces petits jeux, une candidature comme celle de Salika Wenger au Conseil administratif de la Ville se justifie -et se justifierait donc (on saura ce soir s'il en aura le courage) le soutien des socialistes à cette candidature, la seule réellement de gauche. Nous souhaitons évidemment ce soutien, puisque nous soutenons déjà la candidature de Salika et que nous continuerons de la soutenir quelle que soit la décision ou la non-décision du PS. Parce qu'en démocratie, l'usage des urnes vaudra toujours mieux que celui des seaux, et que le partage des sièges entre appareils de partis est le plus sûr moyen d'accroître l'audience de ceux de ces partis qui, parce qu'ils estiment ne pas avoir eu leur part de ce partage, se font passer pour les victimes d'une Nomenklatura dont, au fond, ils n'aspirent qu'à être.

 




 

14:59 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, cour des comptes, élections | |  Facebook | | | |

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