mercredi, 19 septembre 2012

Aujourd'hui, troisième sansculotide, fête du travail : au boulot, camarades !

Aujourd'hui, mercredi 19 septembre dans le calendrier vulgaire, nous sommes dans l'une des cinq fêtes, dites « sanculotides », qui closent l'année du calendrier républicain. Et la fête d'aujourd'hui, c'est celle du travail. Non celle des travailleurs, comme le 1er mai, mais celle du travail. Les révolutionnaires jacobins et montagnards étaient gens sérieux. Ils célébraient donc ce qui par le même mot de «travail», désigne d’une part l’activité constitutive de l’humanité (en tant qu’on peut la différencier de l’animalité), de transformation de la réalité donnée : le travail est ce qui transforme le monde, en transformant un peu du monde -du silex que l’on taille à la tour que l’on construit. Et d’autre part, l’esclavage -l’activité contrainte, la mise des uns au travail par les autres, pour leur profit ou leur subsistance. Ce que précisément la révolution que scande notre calendrier voudrait abolir.



Fêter le travail ou faire du travail une fête ?

Le travail (au sens, essentiellement, de travail salarié) fut longtemps, et reste souvent, le seul moyen de survie pour ceux qui, contraints de vendre leur temps et leur force, et de les vouer à d'autres, doivent se vendre eux-mêmes pour ne point périr. La torture laborieuse était alors la condition de la survie physique. Nous n’en sommes plus là dans les pays du « centre », ceux du capitalisme socialisé, si nous y sommes encore à la périphérie, et nous ne jurerons pas que le travail soit encore « chez nous » le moyen de la survie physique, s’il reste le moyen de la survie sociale -du moins si on la confond avec l’intégration sociale, le travail étant alors la marque de l’adhésion à la norme sociale.
Le compromis social élaboré à la sortie de la Guerre Mondiale est un échange : celui du travail (salarié) contre la protection sociale. Hier, ici, qui ne travaillait pas ne mangeait pas. Aujourd’hui, si chez nous qui ne travaille pas peut désormais manger, l’aide sociale ou les restos du cœur y pourvoyant, c'est que l’apparent gaspillage de la charité est pour l’ordre social infiniment préférable au réel désordre de la famine. Dès lors, au caractère « sécuritaire » du travail c'est son caractère socialement identitaire, normatif, qui devient déterminant : c’est par lui que l’on évite le rejet dans la marge, que l’on peut continuer à satisfaire à la norme sociale.
Cette quête de normalité dont le travail est la condition concourt malheureusement à identifier le travail au salariat : ce n'est pas d'une activité socialement utile dont elle fait une condition de la normalité, mais une activité rémunérée en raison du temps passé à s'y livrer. Ce par quoi dans le travail, aujourd’hui et dans le capitalisme socialisé, le travailleur est exproprié de lui-même n’est pas la captation du produit du travail, mais la captation du temps passé au travail, c’est-à-dire le salariat. C’est par le salaire que le travailleur est exploité, par le salaire que la force et le temps qu’il vend lui sont achetés, par le salaire que cette vente aboutit à la vente du travailleur lui-même, par lui-même. La condition de l’existence est en même temps la cause du vide de l’existence, les raisons de vivre sont ôtées par l’octroi des moyens de vivre.

Retrouver le sens de la critique du travail, c’est aller plus loin dans la critique de l’ordre social que là où s’arrêtèrent Fourier, Marx, Proudhon, dénonçant les modalités du travail, les conditions faites au travailleur, mais non le travail lui-même. Si notre critique du travail n’est pas celle, aristocratique, qui prévalait pour ceux qui, dans la cité antique ou l’Europe médiévale forçaient esclaves ou serfs à travailler pour qu’eux-mêmes puissent se consacrer aux affaires publiques, à la guerre, à la prière, à l'orgie ou à la création culturelle, c’est que notre critique est fondée sur la volonté d’accorder à toutes et tous le droit que quelques uns seulement s’étaient arrogés, sur le dos courbé d’une masse laborieuse les nourrissant.

Que le grand nombre travaille pour nourrir le petit nombre est révoltant ; que nul ne travaille plus que pour lui-même, son plaisir et ses convictions, telle devrait être notre exigence, et ce jour de fête du travail dans le calendrier révolutionnaire devrait convenir à la célébration de cette exigence : il n'est sans doute pas de meilleur jour que celui de la fête du travail pour dire qu'il nous reste à faire du travail une fête, et non plus une contrainte.

13:56 Publié dans Travail | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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