campagnes sur le projet de nouvelle constitution : Enfumages

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Heureuses citoyennes et heureux citoyens que vous êtes, vous avez le choix :  ça y'est, le débat sur la nouvelle constitution genevoise est lancé, par ses partisans sur le mode de l'éloge du consensus et de la «politique des petits pas», et par ses opposants sur le mode de la caricature :  leur conférence de presse d'avant-hier fut en effet un grand moment de rhétorique fossilisée, de réflexions ligneuses et de déni de lecture du texte soumis à l'approbation du bon peuple. Quant aux partisans du projet, présentant hier leur coalition, c'est en le posant comme « rassembleur, moderne et novateur » qu'ils tentent de le vendre. Rassembleur ? Il ne l'est déjà plus. Moderne ? la modernité a toujours été une forme politique creuse, dans laquelle on peut mettre n'importe quoi. Novateur ? il faut le dire vite... Entre appel au consensus mou et falsification des textes, le débat commence dans l'enfumage.

Rhétorique fossilisée, réflexions ligneuses et déni de lecture : la bêtise au front bovin

Octobre, c'est encore la saison des gâteaux aux pruneaux. Et à Genève, cette année, d'un vote pour des prunes ? Si le projet de nouvelle constitution soumis le 14 octobre peuple genevois (ou plutôt à la portion congrue de ce peuple qui a le droit de faire, et aura accepté de faire, acte de vote), était acceptée, elle devrait encore, pour être ratifiée, passer un examen lors duquel le peuple genevois n'aura plus rien à dire ni à faire : celui de la « garantie fédérale ». En clair, c'est le Parlement fédéral  suisse qui dira si la constitution  de la République de Genève lui convient ou pas. Et si elle ne lui convient pas, le peuple de la République aura beau avoir voté ce projet, il se retrouvera le vote dans l'eau, avec un texte annulé ou amputé de ce qui ne convient pas à nos Chers Confédérés. Pour dire les choses autrement: au final, le vote de quelques dizaines de députés fédéraux zurichois pèsera plus que celui de plusieurs milliers de citoyen-ne-s de la République de Genève. Un vote pour des prunes, en somme. Mais un vote au niveau du débat qui est en train de s'instaurer entre partisans et adversaires du projet, et donc adversaires et partisans de la constitution actuelle, puisqu'il s'agit de la remplacer et que c'est bien, n'en déplaise à ceux qui refusent de le comprendre, sur deux textes que l'on vote : l'un en vigueur, l'autre devant l'abroger.

Au départ, le choix paraît simple, clair : le projet de la Constituante vous sied plus que la constitution actuelle ? alors votez oui. La constitution actuelle vous convient mieux que le projet de la Constituante ? Alors votez non. Vous attendez autre chose d'une Charte fondamentale de la République que ce que vous trouvez dans le projet ou dans le texte actuel ? Alors votez blanc... Mais bon sang de bois ! ne votez pas sans savoir sur quoi vous votez, et en prenant pour argent comptant ce que les uns disent du projet des autres, et les autres de la constitution des uns. Car si dans un camp on fait silence sur les faiblesses du texte qu'on propose, dans le camp d'en face, on tord carrément ce texte et la comparaison entre le projet de constitution et la constitution en vigueur, pour sortir de cette torsion quelques gouttes de parfaite mauvaise foi et de confusion volontaire entre «reculs» (il faut faire accroire que le projet est «rétrograde») et statu quo (il n'est que trop fidèle à la constitution actuelle).
Et c'est ainsi que les syndicats appellent à voter « non »  parce que le projet de la constituante ne dit rien sur le salaire minimum alors que la constitution actuelle n'en dit pas plus, que l'on dénonce un article posant l'action publique comme «complémentaire» de l'action privée alors que la constitution actuelle la pose comme « subsidiaire», c'est-à-dire secondaire, que l'on arrive à trouver un attentat contre la laïcité dans un texte qui affirme que l'Etat est laïc quand le texte en vigueur n'ose même pas prononcer le terme de « laïcité », et que le groupe pour une Suisse sans armée dénonce un scandale dans le fait que le projet de la Constituante rende possible l'utilisation de l'armée « à des fins civiles » mais oublie de préciser que la constitution en vigueur autorise carrément le Conseil d'Etat à l'utiliser pour le « maintien de l'ordre public », comme le 9 novembre 1932...

Dans chacun des deux camps fortifiés qui catapultent l'un sur l'autre leurs paquets d'insanités péremptoires, on nous accusera -on nous accuse déjà- de trahison. Appeler à voter blanc, ce serait, pour les partisans du projet de constitution, favoriser son rejet -et pour les adversaires du projet, favoriser son acceptation. Le PS appelle à voter « oui »  ? en tant que socialistes nous trahirions le PS en appelant à voter blanc... la « gauche de la gauche » appelle à voter « non »? en tant que socialistes de gauche, nous trahirions la gauche socialiste.
Soit, acceptons l'étiquette de traître. C'est une belle étiquette, après tout : l'histoire n'a jamais avancé et n'a jamais été rendue supportable, que par les trahisons. Sans Judas, pas de christianisme. Sans trahison de l'ordre établi, pas de réforme, et moins encore de révolution. Et sans trahison de la révolution, la révolution mène plus sûrement au génocide qu'à l'avenir radieux. On se pare certes là un peu des plumes du paon, mais après tout, en trahissant le camp des « oui »  comme celui des « non » à la nouvelle constitution, on ne trahira jamais que la bêtise au front bovin de leurs argumentaires.

Commentaires

  • "...que l'on dénonce un article posant l'action publique comme «complémentaire» de l'action privée alors que la constitution actuelle la pose comme « subsidiaire», c'est-à-dire secondaire,(...) dis-tu.

    Faux. Subsidiaire n'est pas à prendre ici dans son sens courant de "secondaire", mais fait référence au principe de subsidiarité, selon lequel, dans notre pays, les questions sont traitées à l'échelon politique qui convient, commune, canton ou confédération.

    Par exemple, en matière de laïcité, ce n'est pas la Confédération qui légifère, mais c'est aux cantons de régler eux-mêmes leurs rapports avec les Eglises. C'est pourquoi nous n'avons en Suisse que deux cantons laïques, c'est-à-dire où les Eglises sont de droit privé : Genève et Neuchâtel. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles l'initiative sur les minarets est anticonstitutionnelle...

    En revanche, dire, comme le fait l'article 8 al. 1 du projet de constitution, que "L'Etat agit au service de la collectivité, en complément de l'initiative privée et de la responsabilité individuelle" ce n'est dire rien d'autre que le privé agit d'abord et le public ensuite.

    Vous avez un problème de sécurité ? Appelez d'abord des vigiles privés, et la police viendra après. Dans la santé, c'est encore plus grave. Cela prépare le terrain à l'Accord général sur le commerce des services (AGCS), grand délire néolibéral de l'OMC, qui vise à mettre systématiquement en concurrence le privé et le public.

    En réalité, l'article le plus antilaïque de cette constitution, c'est celui-là . J'ai effectivement parlé dans une conférence de presse "d'attentat contre la citoyenneté" (donc contre la laïcité aussi, si tu veux), parce que par là, on entend retirer au service public, qui est au service de tous et sous la surveillance des citoyens, sa prépondérance, au profit d'intérêts privés.

    Clairement, pour ceux qui veulent conserver la main sur l'Etat et ses services, parce qu'ils sont citoyens, ce sera un "NON" massif, sifflotant et paisible.

  • C'est dommage d'avoir loupé le coche, une vraie constitution aurait pu être écrite, une constitution qui protège l'intérêt général contre les abus des structures de pouvoir de l'Etat et dur privé ... cela sera pour la prochaine fois, en attendant, faites passer http://www.le-message.org

  • On est d'accord, une vrais nouvelle constitution aurait pu être écrite, et elle ne l'a pas été. Résultat : on se retrouve avec deux textes (celui en vigueur et celui qu'on nous propose) dont je ne veux accepter aucun... car si le projet de la constituante est mauvais, la constitution actuelle l'est au moins autant...

  • J'espère vivement n'avoir proféré ci-dessus ni des "insanités péremptoires" ni trop donné dans la "bêtise au front de taureau de leurs argumentaires". Mais on sait jamais. "Si le juste était juste, l'accusé ne serait pas coupable." (Dostoïevsky)

  • @Yves : la constitution actuelle est fort claire dans sa définition de la subsidiarité, en y incluant non seulement les échelons publics inférieurs, mais "les particuliers" (c'est-à-dire l'"initiative privée". On n'est pas dans l'organisation du champ public et dans la répartition des pouvoirs, on est bien dans le prédicat libéral. Vous le voyez dans le projet de la constituante, mais curieusement vous ne le voyez pas là où il est déjà : dans la constitution en vigueur.
    Quant au résultat du vote du 14 octobre, nous aurons forcément une occasion de nous en réjouir, puisque des deux textes que nous refusons, l'un au moins le sera, et que celui qui finalement sera accepté (ou confirmé) ne le sera que par une petite minorité de la population et de l'électorat, ce qui légitimera ensuite toutes les tentatives que nous pourrons faire de le changer...

  • Cher Pascal,
    l'ire t'emmène où tu ne devrais pas aller, et où tu reproches au camp du NON d'aller. En effet, si tu dis ailleurs désirer l'échec du projet, ici son succès si faible face aux abstentions et blancs réunis, que tu le fais passer pour illégitime, les reproches que tu adresses au comité unitaire pour le NON sont bien plus graves (falsificateurs de textes) que ceux que tu fais à leurs adversaires (hérauts du consensus). L'un est punissable, l'autre éventuellement blâmable et encore selon les circonstances. Comme le relève Yves Scheller, tu décernes à tes adversaires quelques invectives voisines des insanités péremptoires que tu te plais à dénoncer. Je ne vois pas en quoi, ViVRe étant membre du comité unitaire dont tu critiques avec tant de véhémence la première prestation, son argumentaire tomberait sous le coup d'outrageuses simplifications ou mutilations, d'autant que c'est l'absence d'avancées qu'avant tout nous déplorons. La bovine bêtise, à d'autres, merci.

    En sus de toutes les trahisons dont tu te félicites (et dont je n'ai as eu l'idée de t'accuser), tu trahis ici le véritable sens du vote blanc que tu préconises, un confort pour ne dire ni OUI ni NON et ne pas s'abstenir tout en sachant ne pas influer sur le résultat légal. La question "Voulez-vous abroger le texte actuel ?" n'est pas posée. Elle a déjà été posée en 2008 et répondue par la positive par le choix d'une Constituante. La question actuelle c'est "Voulez-vous le remplacer par celui-là ?" Répondre NON n'est pas plébisciter l'ancien, quoi que tu te contorsionnes pour le faire accroire. C'est dire simplement que l'on en préférerait un n-ième, et faute de mieux, on continue pour l'instant comme avant. Ne pas sauter sur chaque nouvelle offre dont on vous fait publicité ne signifie en rien ne rien désirer d'autre que ce que l'on a, mais tolérer de vivre avec provisoirement, et on ne voit pas pourquoi une constituante-bis, tirant les leçons d'un échec de méthode, serait du domaine de l'impossibilité par rapport à une kyrielle d'initiatives correctrices.

    A plus ... de correction, j'espère

  • Je préfèrerais tout de même amender l'actuel plutôt que refondre le projet. Avec cette saleté, on va en avoir pour plus d'un siècle...

  • @Dario : je n'ai strictement rien reproché à VIVRe et à son argumentaire, je ne m'en suis pris qu'à trois exemples d'insanités péremptoires dont à ma connaissance VIVRe ne s'est pas rendue coupable...

    En 2008, la question posée n'était pas celle de l'abrogation du texte actuel. Si tel avait été le cas, il aurait d'ailleurs été abrogé. La question posée étaitcelle de l'élection d'une Constituante pour proposer un texte qui, s'il était adopté, et seulement dans ce cas, abrogerait la constitution. C'est donc bien la question du choix entre deux textes qui se pose, l'un en vigueur et l'autre qui veut le remplacer, et j'ai peine à comprendre pourquoi cette évidence n'arrive pas à se faire. Tu le dis pourtant toi-même : si le NON est majoritaire, "faute de mieux, on continue pour l'instant comme avant. ". C'est-à-dire qu'on garde le texte en vigueur -qu'on le re-légitime, "faute de mieux", alors même que pour ce qui concerne les revendications de VIVre, on sait pertinemment qu'il ne vaut pas mieux...

  • @Yves : on n'en aura que pour le temps qu'on le lui laissera. Si jamais le projet de la Constituante passe, le lendemain matin on commence à s'organiser pour y mettre tout ce qui y manque (et il y manque beaucoup) et en enlever tout ce dont on ne veut pas (et dont l'essentiel se trouve déjà dans la constitution actuelle)...

  • La « garantie fédérale » !

    En effet, la nouvelle Constitution devrait obtenir la garantie fédérale, en revanche il est inexact et surtout parfaitement démagogique d'écrire :

    " En clair, c'est le Parlement fédéral suisse qui dira si la constitution de la République de Genève lui convient ou pas. Et si elle ne lui convient pas, le peuple de la République aura beau avoir voté ce projet, il se retrouvera le vote dans l'eau, avec un texte annulé ou amputé de ce qui ne convient pas à nos Chers Confédérés. Pour dire les choses autrement: au final, le vote de quelques dizaines de députés fédéraux zurichois pèsera plus que celui de plusieurs milliers de citoyen-ne-s de la République de Genève. "

    Oui la nouvelle Constitution doit être compatible avec la Constitution fédérale à laquelle elle est subordonnée, comme les 25 autres Constitutions cantonales d'ailleurs.

    Non, ne cherchez pas à faire porter l'éventuel chapeau à "nos Chers Confédérés" ou à d'obscurs Zurichois égarés, lesquels le cas échéant n'y seraient pour rien. Non, si d'aventure cette nouvelle Constitution devait être amendée, ce ne serait qu'en raison d'incompatibilité avec le droit supérieur et vous le savez parfaitement. Par conséquent, j'ose écrire que votre affirmation relève de la démagogie, dans la droite ligne d'un état d'esprit bien genevois qui voudrait nous faire croire que toute la Suisse, surtout lorsqu'elle est alémanique, est systématiquement dirigée contre nous !

    De cette éventuelle incompatibilité avec la Constitution fédérale et bien parlons-en.
    Dans un billet précédent, intitulé :
    " Projet de nouvelle constitution : que la fête commence ! " :

    http://causetoujours.blog.tdg.ch/archive/2012/08/24/projet-de-nouvelle-constitution-que-la-fete-commence.html

    Vous vous faisiez le chantre de la position de la "Jeunesse Socialiste Genevoise", laquelle dans un billet intitulé :

    " Pour une constitution réellement écrite par le peuple et pour le peuple "

    http://adrienfaure.blog.tdg.ch/archive/2012/07/29/77b4c8c2860538049ffcb0134d86c1fe.html

    déclarait notamment :

    " En tant que socialistes, pourquoi voudrions-nous d'une constitution qui sacralise la propriété privée des moyens de production (art. 34) et la liberté économique (du patronat) (art. 35), mais limite le droit à la grève (art. 37) ? "

    Alors même que la Constitution fédérale garantit explicitement la propriété privée à son article 26, comme le droit de grève d'ailleurs à son article 28.

    Par conséquent ce sont vos laudateurs, qui par leurs manoeuvres, tentent de torpiller le projet en faisant accroire aux citoyens qu'il serait possible d'introduire dans la Constitution genevoise des articles totalement incompatibles avec le droit supérieur. C'est ainsi qu'on nourrit la démagogie en trompant l'électorat.

    Alors que je lui faisais remarquer l'utopie et l'irréalisme de ses revendications, l'auteur du billet en question concluait d'ailleurs sa réponse par un slogan du "Che" :

    "Soyez réalistes, demandez l'impossible."

    C'est amusant, mais pas très sérieux !

    Pour conclure, je dirais que ce projet de Constitution est évidemment un compromis et qu'à ce titre il ne saurait vraiment satisfaire personne à 100%. C'est un pléonasme que de l'écrire !

    J'ai moi aussi beaucoup de critiques à formuler, mais elles ne vont pas dans votre sens M. Holenweg.

    Je trouve pour ma part que cette hypothétique nouvelle Constitution fait la part belle aux "droits fondamentaux" : les articles 14 à 43 leur sont consacrés, dont bon nombre d'entre eux sont d'ailleurs des copies conformes de la Constitution fédéral, et qu'à ce titre, il est parfaitement inutile de les répéter au niveau cantonal, sauf à voir faire enfler le texte naturellement. Mais ce n'est pas le plus grave, car on se demande bien comment on pourra mettre en oeuvre certains de ces droits fondamentaux, même si on en partage le principe.
    N'a-t-on pas confondu ici Constitution et recueil de lois ?

    La part belle aux "droits fondamentaux" oui, et on cherche en vain dans ce projet quelques "devoirs". Car on a beau scruter les 247 articles de cette Constitution -- la plus volumineuse de toutes les Constitutions cantonales, plus volumineuse encore que la Constitution fédérale elle-même -- et on se demande pourquoi on n'a pas pensé à y inscrire le devoir fondamental de tout citoyen : l'obligation d'exercer ses devoirs civiques par son droit (devoir) de vote. Et puis si l'on veut que l’État puisse exercer son rôle social de redistributeur des richesses créées par l'économie, n'y aurait-il pas aussi quelques obligations faites aux contribuables, comme celle de payer ponctuellement leurs impôts par exemple ?

    Inscrire des droits c'est bien, en assumer les conséquences c'est mieux !

    Une Constitution ce n'est pas seulement un cadre légal par lequel l’État confère des droits à ses citoyens, c'est aussi un catalogue de devoirs que ces mêmes citoyens s'engagent à remplir. Cela relève de la responsabilité citoyenne !

    Cordialement !

  • @Pascal.
    Merci pour ton appréciation de la campagne de ViVRe que tu exonères maintenant de toute "insanité péremptoire", alors que tout un chacun pouvait comprendre que tu amalgamais joyeusement tous les membres du Comité Unitaire pour le NON et que tu ne citais pour mémoire que trois "insanités" qui d'ailleurs pourraient bénéficier, surtout de ta part, de plus d'indulgence, car elles méritent pour le moins discussion plus qu'invective.

    Enfin tu persistes dans le déni sur la portée exacte de la question posée tant le 14 octobre qu'en 2008. Il n'est évidemment pas pensable d'abroger une Constitution sans la remplacer.

  • ... et donc pas pensable (du moins si l'on veut faire de son vote un acte infirmé...) de voter pour ou contre le projet de nouvelle constitution sans le comparer avec le texte de celle qu'il veut abroger...

  • Ami Pascal, tu en as de bonnes, en faisant mine de croire que je critique le fait de tenir compte des deux textes en question. Serais-je sujet à la bêtise bovine que tu dénonces ailleurs ? Il n'en est évidemment rien. Il faut lire évidemment les deux textes, et même les comparer, quoique la méthode du mot à mot, ou ici article par article, soit contestable. Mais il ne faut pas s'y arrêter, omettre le contexte, et le non-dit, il faut donc interpréter, et il est impossible d'éviter toute subjectivité dans l'analyse. C'est élémentaire et seuls des juristes obtus, et de mauvaise foi, peuvent se confiner dans une lecture littérale prétextant ne devoir tenir aucun compte des carences, trous, défauts ou béances selon les espérances ou passions de chacun. C'est précisément ce que les partisans des convergences ont d'entrée voulu imposer dès qu'a été scellé le résultat de leur compromission sous forme de consensus sur la teneur définitive du projet. Circulez, y a rien à voir, laissez vos désirs au vestiaire, est leur mot d'ordre, qui est un cache sexe pour abriter leur vergogne. C'est aussi l'énormité Mizrahienne de ne vouloir compter au débit du texte final que ce qui est recul proprement dit par rapport à l'actuel et évacuer par là toute discussion sur les innovations désirables. Si toute innovation dans le sens voulu est bonne à prendre il suffirait donc d'une seule (en l'absence de reculs) pour adopter le texte proposé. C'est ce que je qualifie d'obfuscation volontaire du débat et de l'évaluation politique du résultat. Il est particulièrement pénible de vois les socialistes se livrer en priorité à ce détestable exercice. Hélas, tu as donné dans le panneau en martelant que c'est bien à quoi devrait se réduire la comparaison.

  • Je n'ai cessé, je ne cesse et ne cesserai de dire qu'il ne faut se contenter de se livrer à la comparaison entre les deux textes, même si elle est indispensable, mais qu'il faut y ajouter la comparaison entre le texte du projet et ce que nous voulions y mettre (la "feuille de route". La première comparaison, à quoi se cantonnent les partisans de gauche du "oui"n'aboutirait qu'à nous faire choisir la moins médiocre de deux médicrités. La seconde exclut ce choix par défaut, ou ce choix du moindre mal. A votre manière, c'est ce type de choix que vous préconisez en vous contentant de la constitution actuelle...

  • @Pascal. C'est vrai, je te donne quitus sur ce point de la comparaison avec les attentes (i.e. feuille de route), que tu as toujours énoncé, ce que j'ai oublié dans ma précédente remarque. Pardonne moi cette omission, qui fait que mon argument concernait plutôt ceux que tu appelles "les partisans de gauche du oui".

    Il n'en reste pas moins que choisir la moins médiocre des deux médiocrités est un exercice également subjectif ne pouvant se départir du contexte, et que même la feuille de route est assimilable à un troisième texte tant qu'il n'y a pas d'accord clair sur une rigoureuse pondération, distinguant au moins entre "désirable", "indispensable" et "décisif" pour l'acceptation d'un projet. Or l'essentiel de ce que ViVRe reproche à la gauche oui-ouiste tient dans l'absence de cette pondération préalable, le refus d'y inclure la micro avancée de l'éligibilité comme "décisive" (autrement dit non négociable), et plus généralement l'idée mizrahienne (un tant partagée par toute la gauche constituante) perverse de considérer toute innovation (et donc l'éligibilité communale des étrangers) comme simplement désirable et non indispensable. Là où tu les rejoins hélas, c'est dans ton refus maintes fois exprimé (relis-toi) de tenir compte d'un jugement sur le processus pour t'arrêter au résultat textuel. Vouloir tenir aussi compte des manques par rapport à une feuille de route ne résout pas le problème de la grille d'interprétation de ces manques, qui ne peut à mon humble avis se passer d'une appréciation et qualification du processus, que le texte seul est incapable d'entraîner.

  • Le jugement sur le processus est évidemment contenu dans le jugement sur le résultat du processus... on ne produit (ou on ne devrait pas produire) un OUI, un NON ou un "blanc" purement textuels...

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