vendredi, 10 août 2012

10 août, d'elle

Je te le répète, puisque tu sembles ne pas vouloir l’entendre : nous savons bien ou nous mène le chemin que nous avons pris. Mais que nous prêches-tu ? La prise du pouvoir sur nos frères ? Cela même que tu ne cessas de tenter, et à quoi, fort heureusement, tu échouas ?

Nous ne sommes pas hommes et femmes de pouvoir. Nous savons que le pouvoir rend fou –penser à toi nous le rappellerait si nous l’avions oublié- et que les fous de pouvoir n’ont plus, au bout de leurs mécomptes, que cette folie-là, qui a tué, étouffé, toutes les autres.

Mais dans quelle faille s’engouffre cette folie ? Dans quel manque ? Dans quelle incertitude sur ce que l’on est, ce que l’on voudrait être, ce qu’on est inconsolable de ne pouvoir être… que cherche le hiérarque qui contraint sa servante à lui céder ? la même chose peut-être que toi lorsque tu contraignais tes camarades à te suivre jusqu’au meurtre de l’un d’eux ? Le plaisir de contraindre, et seulement ce plaisir-là ? prouver qu’on est le plus fort ? qu’on peut exiger, et obtenir, n’importe quoi de n’importe qui ?


Zassoulitch.jpgNous, nous voulons nous débarrasser du pouvoir, de tous les pouvoirs, et de tous ceux (et de ces quelques celles à leur ressemblance) qui n’aspirent qu’à exercer un pouvoir sur les autres. Le pouvoir, c’est toujours le pouvoir sur les autres, et si nous n’en voulons plus (je sais : nous prenons pourtant celui de mettre à mort… j’y reviendrai…), c’est que nous voulons les autres aussi libres que nous nous voulons nous-mêmes. Nous n’en voulons plus, de ce pouvoir de faire peser sur les autres l’incapacité du potentat à exercer sur lui-même le seul pouvoir qui soit légitime, celui qu’on est en droit d’attendre de tout homme (et de toute femme) adulte : celui de ne pas se laisser gouverner par ses génitoires, ses instincts, son cerveau reptilien, et ses trois instincts : la peur, la conservation de soi, la reproduction de son espèce…

Nous ne voulons pas être de ceux qui construisent des prisons au nom de la liberté et commettent des massacres par humanisme… je t’entends ricaner : nous avons tué et tuerons encore, et c’est même pour cela que nous faisons appel à toi. Et nous aggravons notre cas de bonnes âmes, en tuant avec dégoût de tuer. Mais nous n’accordons à personne d’autre ce droit au déshonneur qui révulse Dostoïevski, et que nous prenons pour nous, pour que d’autres n’aient pas à le prendre…

On nous dit « terroristes » ? notre terreur est bien plus sélective, bien plus élitaire, que celle dont je te soupçonne de cultiver la nostalgie, et le rêve même de la reproduire, celle par quoi Robespierre, Saint-Just et leurs amis voulurent sauver leur révolution –mais celle aussi sous les coups de laquelle eux-mêmes finalement périrent.

Je te laisse à Sade : moi, comme Jean-Jacques, je hais les puissants, et si je ne les méprisais pas plus encore, je les haïrais encore davantage… de quoi ta geôle te sauve…

V

03:52 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pouvoir | |  Facebook | | | |

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