• Sur nos moooonts, quand le soleeeeeil... Autocélébration d'une Suisse morte

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    Après-demain, le 1er août, la Suisse se célébrera -nous disons bien « se célébrera», et non « célébrera sa fondation ». Les autres Etats célèbrent généralement, lors de leur fête nationale, un événement fondateur, exemplaire, symbolique, une date qui est un signe ou un passage. Une déclaration d'îndépendance, une prise de la Bastille, un moment historique... Nous, non. Aucun pacte n'a été signé le 1er août 1291, et il ne s'est rien passé sur le Grütli seize ans plus tard... Rien de rien : la Suisse n'a été fondée ni en 1291 par un pacte ni en 1307 par un serment, mais en 1798 par une révolution et une constitution. Il n'y avait pas d'Etat suisse avant, rien qu'une addition de cantons et de baillages. Et même si la République Helvétique ne tint que le temps qu'elle avait d'utilité pour la France, c'est bien de cette République morte en bas âge, et non d'un pacte moyenâgeux, que nous vient la Suisse d'aujourd'hui.

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  • La Pierre et le Vent, 25 juillet

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    25 juillet, d'elle

     

    N'aurions-nous que le choix d'être loups ou moutons, bouchers ou veaux ? Et si nous essayions, nous au moins, et même toi si tu y consentais, d'être tout simplement des humains ? Je sais que même là où tu es, ou surtout là où tu es, ce mot, « humains », te fera soutire -si tu sais encore sourire... des humains, ni couchés, ni agenouillés, mais debout, et pas le pied posé sur le corps de l'autre : la main vers lui tendue...

     

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  • La Pierre et le Vent, 23 juillet

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    23 juillet, de lui

    Les autres, tous les autres, me sont-ils de trop ? Il me semble, parfois, en effet... Mais je ne suis plus si sûr que vous soyez, vous, de ces « autres », de ce « trop », de cette partie de moi dont je ne veux pas parce qu'elle est faite de ces mêmes sentiments qui font de vous des meurtriers trop délicats pour être des terroristes...

     

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  • La Pierre et le Vent, 21 juillet

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    21 juillet, d’elle

    Te souviens-tu (tu étais, je crois, déjà en prison) de ce ministre que nous avions tenté d’assassiner, que nous avions manqué, et qui pourtant put dire de nous, ensuite, que nous étions le meilleur de ce peuple ? Si même nos ennemis nous louent, et même après nous avoir échappé, ne serait-ce pas que nous valons quelque chose ? A moins que les louanges de nos ennemis ne soient, pour toi, que les pires des insultes… Mais si nous valons quelque chose, sans prétendre tout valoir et en déduire que les autres ne valent rien, c’est bien que tu t’es trompé, et lourdement, avec ton « tout ou rien »…

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  • La Pierre et le Vent, 20 juillet

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    20 juillet, de lui

    Le peuple, quel peuple ? Je le connais, le peuple. J’en suis, du peuple. Et de tout en bas, du peuple, du tout bas-peuple… Mais toi, qu’en connais-tu ?

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  • La Pierre et le Vent, 19 juillet

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    19 juillet, d’elle


    Tu es donc toujours aussi infiniment outrecuidant et despotique, la prison ne t’a donc pas changé. Ou t’a-t-elle encore endurci, comme un fer que l’on martèle ? Nous reconnaissons en toi ce qu’il nous arrive de vouloir être, et à quoi nous ne renonçons que pour ne pas renoncer à ce que nous sommes… et que tu n’aimes pas...
    Nous sommes les enfants de cette société que tu hais, nous sommes encore liés à elle par des liens plus fort que ceux de la force, de la répression, de l’ordre des choses… des liens qui ne t’enserrent pas… Nous sommes encore portés à aimer plus qu’à haïr… Toi, tu es d’abord une haine, ensuite un mépris, enfin un désespoir, et par tout cela, une force que nous ne sommes pas, que nous n’avons pas. Mais c’est toujours la même question, à la fin des fins, : de cette force, que fais-tu ?


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  • La Pierre et le Vent, 18 juillet

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    18 juillet, de lui


    Nous avons tous les droits, puisque nous en acceptons le prix. Un vieux Romain déjà le disait, avant de se suicider sur ordre de son tyran à lui : celui qui méprise sa vie est maître de la vie des autres. Mais l’inverse serait une ignominie. Il faut mépriser sa propre vie pour avoir le droit d' attenter à celle de l’autre, même si l’autre est le tyran et que nous pourrions nous dire qu’après tout, tuer un tyran ce n’est pas tuer un homme, c’est tuer la tyrannie, et que nous n’avons rien à payer pour cela, qui devrait au contraire nous être récompensé. Non : c’est parce que nous sommes prêts à mourir que nous nous donnons le droit de tuer. Vous êtes prêts à mourir, je le sais. Vous pouvez donc sans déchoir à vos propres yeux vous accorder le droit de tuer le Maître. Quant à moi, puisqu’ici je meurs, même à plus petit feu que vos camarades, j’ai ce même droit. Je me l’accorde. Et vous m’accordez même au surplus celui de choisir entre ma libération et votre tyrannicide. Grand merci de cet honneur…


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  • La Pierre et le Vent, 17 juillet

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    17 juillet, d’elle


    Nous veillons, oui, mais pas ensemble : notre veille à nous est faite d’actions, présentes ou à venir. La tienne est-elle autre qu’une longue insomnie ?



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  • La Pierre et le Vent, 16 juillet

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    Netchaev.jpg 16 juillet, de lui

    Des mots, des mots... tu me parles de liberté, sachant où je suis ? Mais peu importe, après tout : je te le redis, je suis plus libre ici que bien des vôtres là où ils sont.

    Et il n'y a pas que cela, pas que les murs qui nous séparent... Comme le disait un autre enfermé : Un monde ancien meurt, un monde nouveau peine à naître, et entre l'un et l'autre rôdent des monstres, et des espérances. Je suis de ces monstres, tu portes ces espérances. Ta résistance naît de ton indignation. La mienne, de ma haine. Tu résistes en t'insoumettant, je résiste en détruisant. Nous sommes la nuit et le jour. Je suis la nuit, tu es le jour. Et la nuit et le jour ne se rencontrent qu'à l'aube ou au crépuscule, quand l'une dissout l'autre. Nous ne nous rencontrerons jamais, même si je devais choisir des deux projets que tu me soumets celui de me libérer. Que ferions nous ensemble ? La révolution ? Nous ne donnons pas le même sens à ce mot. L'amour ? Je suis un piètre amant, juste bon pour les putes quand j'avais de quoi m'en offrir une, pour me vider en elle.

    Le monde appartient à ceux qui ne se couchent pas. Il nous faut veiller. Nous avons toute la mort pour dormir. Là où je suis, je veille. Là où tu es, tu veilles, aussi. Deux veilles valent mieux qu'une...

    S

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  • Ah ça ira, ça ira, ça ira...

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    C'est dit, on prend la Bastille... mais laquelle ?

    On est le 14 juillet. Alors, c'est dit, on prend la Bastille... mais laquelle ? La Bastille, le 14 juillet 1789, fut prise alors qu'elle était vide de tout prisonnier politique -mais elle symbolisait l'absolutisme (que finançaient des banquiers genevois), elle fut pour cela défendue (par des Suisses) jusqu'au bout, et fut pour cela prise (par des lecteurs de Rousseau)... Que nous faudrait-il prendre, en ce 14 juillet 2012, pour que cette prise fasse le même bruit, après plus de deux siècles, que celle de la forteresse parisienne ? Dans cette société marchande, prendra-t-on un centre commercial ? Dans cette société du spectacle, prendra-t-on une télévision ?

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  • La Pierre et le Vent, 13 juillet

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    13 juillet, d'elle


    On les examinera, les « comment ». Nous te soumettrons nos plans lorsque nous les aurons parfaits. Nous savons comment faire, si nous ne savons pas encore, de deux choses que nous pouvons faire, laquelle nous choisirons. Ou plutôt : laquelle TU choisiras. C'est là que le « pourquoi » nous importe. Parce que c'est cela qui te fera choisir.

     


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  • La Pierre et le Vent, 12 juillet

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    Netchaev.jpg12 juillet, de lui

    Le Vieux, oui... au début, il me soutenait... je crois même qu'il m'admirait... et puis, je lui ai fait peur... Parce que moi, je voulais aller jusqu'au bout... lui, il était comme toi, il se laissait guider par son cœur, il n'avait pas assez de haine... peut-être en ai-je de trop, mais c'est elle qui me tient debout... Qu'est-il, aujourd'hui, le Vieux ? Une vieille ruine... Moi, je lui étais apparu comme une force pure, nette. Lui, il avait son âge, il était malade, et il était amoureux... l'imbécile...

    Je ne m'en dédis pas : notre mission -ou si ce mot tout fardé de religion te déplaît, disons : notre tâche- est de détruire, non de construire. Et il faut tuer et mourir pour être ce que nous voulons être, puisque l'histoire que nous voulons faire, à notre tour, naît du meurtre et du sacrifice. La révolution, c'est vie contre vie. Tu as raison, je suis hégélien...

    Et si nous laissions les « pourquoi » de côté pour examiner les « comment » ? Le tuer, oui, mais comment ? Me libérer, oui, mais comment ?


    S.

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  • La Pierre et le Vent, 11 juillet

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    11 juillet, d'elle


    Nous ne renonçons à aucun de nos projets : ni de le tuer, ni de te libérer. Mais c'est toujours à toi de choisir l'un ou l'autre. Et puisqu'à ta manière, tu es hégélien, dis-toi que c'est le vainqueur qui a raison. Moi, je préfère les vaincus, puisque c'est pour eux que je me bat, mais en cela aussi nous différons... Et si tu te dis que c'est le vainqueur qui a raison, dis-toi aussi que tu a été vaincu. Et souviens-toi que nous ne te proposons que d'avoir enfin raison. Sans avoir besoin de devenir cette machine à détruire que tu voulais être, et qui n'a finalement détruit que l'un de ses camarades, s'est détruite elle-même, et a failli détruire tout le mouvement qui naissait.

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  • La Pierre et le Vent, 10 juillet

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    10 juillet, de lui

    Alors quoi ? J'en suis toujours au même point d'interrogation...
    Me faire sortir, il faut que cela en vaille la peine, sinon, autant rester là où je suis. Non que j'y sois bien -mais où pourrais-je être « bien » ?

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  • La Pierre et le Vent, 9 juillet

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    Zassoulitch.jpg9 juillet, d'elle


    Je te l'ai dit : nous avons besoin de toi. Et donc, nous t'acceptons tel que tu es, même si nous te voudrions autre. Nous n'aimons pas ce que tu es, nous n'approuvons pas ce que tu dis, nous n'oublions pas ce que tu as fait, et ne le passons pas par pertes et profits.
    Mais nous ne voyons que toi pour nous aider à faire ce que nous voulons faire.


    Alors ?
    V.

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  • La Pierre et le Vent, 7 juillet

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    7 juillet, de lui

    A mon tour de te répondre « peu importe » ! Peu importe ce que je pense de moi. Nous ne sommes pas dans un dialogue de roman. Nous ne sommes pas des personnages de Tchekhov. De Dostoïevski, peut-être : celui des Démons.

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  • La Pierre et le Vent, 6 juillet

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    6 juillet, d'elle


    Zassoulitch.jpgIl est vrai, nous fûmes soulagés d'apprendre ta fuite, après le meurtre du frère. Ton acte était odieux, et il nous était pesant. Mais le temps a passé : le temps de ton exil, de ton arrestation, de ta livraison fers aux pieds à nos maîtres, le temps de ton enterrement vivant... Si nous étions encore chrétiens, puisque nous le fûmes dans une autre vie, un autre monde, un autre temps, nous dirions que tu a expié.
    Peu importe aujourd'hui ce que tu as fait : c'est ce que tu peux encore faire qui importe.
    Peu importe ce que tu étais, c'est ce que tu peux être demain qui importe. Et ce que nous pouvons t'aider à être.
    Te satisfais-tu donc de ce que tu as fait de toi, et de ce que nos ennemis en ont parfait ? D'être une ombre dans un trou ?
    Choisis...
    V.

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  • La Pierre et le Vent, 5 juillet

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    5 juillet, de lui

    Me civiliser ? Vous aider ? Avez-vous oublié mes hauts faits, que vous semblez tant attendre de moi ? Je vous les rappelle.

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  • La Pierre et le Vent, 4 juillet

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    4 juillet, d'elle
    Passons-nous désormais du rituel « camarade » d'introduction, et du nostalgique « Salut et fraternité » de conclusion : nous avons sacrifié à nos tics de langage, nous pouvons désormais nous en passer. Nous savons l'un et l'autre à qui nous écrivons, et pourquoi...

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  • La pierre et le vent, 3 juillet

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    Camarade (puisque c'est ainsi que tu d'adresses à moi (http://causetoujours.blog.tdg.ch/archive/2012/07/01/la-pierre-et-le-vent.html#more), en me vouvoyant -permets moi de te tutoyer : là où je suis, je n'ai plus grand souci des convenances),


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