mercredi, 25 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 25 juillet

25 juillet, d'elle

 

N'aurions-nous que le choix d'être loups ou moutons, bouchers ou veaux ? Et si nous essayions, nous au moins, et même toi si tu y consentais, d'être tout simplement des humains ? Je sais que même là où tu es, ou surtout là où tu es, ce mot, « humains », te fera soutire -si tu sais encore sourire... des humains, ni couchés, ni agenouillés, mais debout, et pas le pied posé sur le corps de l'autre : la main vers lui tendue...

 


Zassoulitch.jpgNous ne serons jamais indifférents à cet autre. Nous ne serions plus nous-mêmes si nous cédions à la tentation de l'indifférence. Les autres, nous voulons être des leurs, même si eux nous refusent, et nous voudrions qu'ils soient des nôtre, même s'ils s'y refusent... Nous ne voulons pas être au-dessus d'eux, mais à côté d'eux... Toi, à force de t'en vouloir le maître, non comme le barine de ses serfs mais comme le marionnettiste de ces merionnettes, tu t'es retrouvé là où ton mépris te conduisait : au fond d'un trou, mort-vivant...

Peut-être notre route nous mènera-t-elle au même repaire : nous savons bien que nous serons fuyards, gibier traqué, mais nous courons pour nous quand les chiens à nos trousses ne chassent que pour leurs maîtres, comme les ours de Berne et de Saint-Petersbourg te chassaient pour le compte de celui que nous voulons abattre, si nous ne pouvons te libérer.

Te souvient-tu de ces mots de Saint-Just : « ce serait une infamie que déposer les armes tant qu'il existera quelque part un maître et un esclave «  ? Une infamie, sans doute, mais contre qui tourner nos armes ? Tuer un juge, un général, un ministre au nom de ceux que le juge a jugé, que le général a fait fusiller, que le ministre a volé, ne nous suffit plus. Nous voulons viser plus haut encore, viser la tête, décapiter l'ordre... Je sais bien que tuer le tyran, ce n'est pas encore tuer la tyrannie, mais par où commencer, sinon ?

Ils sont plus nombreux que tu le crois sans doute, ceux, et celles, qui pourraient nous rejoindre parce que les poursuivent comme ils nous poursuivaient les visages des torturés, des affamés, des exilés... il leur faut juste le moment de folie pour faire ce pas... Mais nous voulons qu'ils nous rejoignent, pas qu'ils nous suivent

 


V

02:18 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique | |  Facebook | | | |

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