samedi, 07 juillet 2012

La Pierre et le Vent, 7 juillet

7 juillet, de lui

A mon tour de te répondre « peu importe » ! Peu importe ce que je pense de moi. Nous ne sommes pas dans un dialogue de roman. Nous ne sommes pas des personnages de Tchekhov. De Dostoïevski, peut-être : celui des Démons.


Netchaev.jpgReprenons : quand j'ai débarqué dans votre petite société de révoltés romantiques, venant de nulle part, je n'avais qu'un mot d'ordre à vous proposer : Agir ! Je n'ai pas changé de mot d'ordre. Agissons ! Mais comment ? Agir pour agir, simplement pour montrer qu'on est là, vivants, encore vivants ? J'agis, donc je suis ? Du Descartes pour militants désœuvrés ?

N'en doute pas : je veux agir. Et d'ailleurs, même dans mon trou, j'agis. Contre les rats, contre les gardiens, contre la prison... Mais je veux aussi que mon action ait un effet au-delà des mes murs. Si à ta question « devons-nous te libérer ou tuer le Tyran ? », je réponds « tuez-le ! », même en sachant que tuer un tyran, ce n'est pas tuer la tyrannie, ou même, comme cet enfant de Saint-Just, en croyant qu'en décapitant le roi il ne tuait pas un homme mais un principe, si donc je réponds : « tuez-le ! », j'aurai agi, autant que si je répond « libérez-moi ! ».

Je n'ai pas encore choisi entre les deux réponses. Vous non plus, à ce qu'il semble, puisque c'est à moi que vous remettez ce choix... mais quel en sera le critère ? Un principe supérieur ou l'efficacité ? Vous ne renoncez pas à être les plus justes, vous renoncez donc à être les plus forts. Et moi, qui ne renonce pas à être plus fort que mes ennemis, j'accepte d'être plus injuste encore qu'eux. L'acceptez-vous de moi ?

S.

00:29 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : révolution, terrorisme, tyrannicide | |  Facebook | | | |

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