lundi, 11 juin 2012

Politique contre l'asile : Le mur grec et la loi suisse

Les débats parlementaires sur la dixième révision de la loi sur l'asile ne sont pas encore terminés que la onzième révision est déjà en chantier, avec une ambition bien plus large que celle de la révision en cours : l'ambition de restructurer globalement la politique suisse d'asile. De la restructurer dans quel sens ? Le même que celui des dix révisions, partielles ou globales, précédentes : la restructurer en la réduisant au strict minimum. Et de ce point de vue, si europhobe qu'elle paraisse, la Suisse est bien européenne : la onzième révision s'insère dans un contexte de fermeture continentale à l'asile. Une fermeture dont le symbole sera l'érection d'un mur entre la Grèce et la Turquie, pour freiner l'afflux de réfugiés passant par la Turquie pour entrer en Europe. Une mesure totalerment inefficace, mais exemplaire d'un climat politique général - à gerber.


Une politique d'asile humiliante -pour l'Etat qui la mène plus encore que pour ses victimes

Un nouveau mur va s'élever, après celui de la frontière des Etats-Unis avec le Mexique, celui de la limite d'Israël et des territoires palestiniens. Ce nouveau mur va s'élever entre la Grèce et la Turquie. Et c'est la Grèce, ravagée par la dette, la crise, l'austérité, qui se l'offre, en claquant trois millions d'euros pour placer sur 12 kilomètres deux rangées de barbelés hautes de trois mètres et surmontées de caméras, pour se barricader contre les immigrants qui viennent de Turquie (ou de plus loin, en la traversant) pour entrer en Europe. C'est dégueulasse ? oui. Mais c'est encore plus stupide. Parce qu'ils passeront quand même, les immigrants, légaux ou pas, mur ou pas. Et la Commission Européenne, pour une fois bien inspirée à propos de la Grèce, lui a suggéré de consacrer plutôt les millions d'euros qu'elle va claquer pour son mur à améliorer l'accueil des immigrants, détestable en Grèce actuellement. Les migrants ne vont pas cesser de migrer parce que les Grecs ont construit un mur avec la frontière turque. Ils passeront dessus, dessous ou à côté. Ils traverseront le fleuve frontalier, l'Evros, en barque, en canot pneumatique, en chambre à air ou en s'agrippant à une corde. Ou ils passeront plus au nord, par la Bulgarie. Ou plus au sud, par Istambul. Ils passeront, mais ils paieront plus cher les passeurs qui les amèneront à la frontière. La seule utilité de ce mur sera ainsi d'engraisser les réseaux mafieux qui vivent du renforcement des frontières, comme d'autres réseaux mafieux vivent de la prohibition des drogues.


Et en Suisse ? On y poursuit notre petit bonhomme de chemin xénophobe, et si en Grèce on construit un mur, en Suisse, on maçonne des lois : on en est bientôt à la onzième révision de la loi sur l'asile entrée en vigueur en 1981. La premère révision (1983) limita le droit de travailler; la seconde (1988) imposa le dépôt de la demande d'asile à la frontière, la troisième (1990) exclut la prise en compte des motifs subjectifs d'asile; la quatrième (1994) réduisit à des forfaits la participation de la Confédération à l'aide sociale versée par les cantons aux requérants; la cinquième (1994) introduisit les mesures de contraintes dans le droit des étrangers; la sixième (1998) accrut la liste des mots de non-entrée en matière sur des demandes d'asile; la septième (2003) supprima toute aide autre que l'aide d'urgence aux requérants déboutés sans entrée en matière; la huitième consista en l'adhésion aux accords de Dublin (pas de demande d'asile recevable en Suisse si le requérant a déjà déposé une demande dans un autre pays européen), la neuvième (2006) exclut de l'aide sociale tous les requérants déboutés et allongea encore la liste des motifs de non-entrée en matière. La dixième révision est en cours : la droite propose (et sans doute obtiendra) que la désertion ne soit plus un motif d'asile, et l'UDC propose la création de camps d'internement pour les requérants « récalcitrants ». Quant à la onzième révision, encore à l'étude, elle veut accélérer le traitement de demandes, créer des centres fédéraux de procédure et des centres fédéraux de préparation à des retours volontaires.


Aucune de ces mesures, pas plus celles proposées aujourd'hui que celles décidées depuis 1983 pour restreindre le droit d'asile et péjorer les conditions d'existence des requérants en Suisse, n'aura le moindre des effets qu'on en attend : elles ne réduiront pas le nombre des demandeurs d'asile; elles n'amélioreront pas leur intégration; elle ne faciliteront pas leur renvoi dans des pays sûrs. Elles ne calmeront même pas les prurits xénophobes de la droite de la droite. Elles ne serviront en fait à rien, et on peut déjà prendre le pari que, si la dixième et la onzième révision sont acceptées, il ne se passera pas long temps avant qu'une douzième révision s'annonce. Allant dans la même direction que les onze précédentes : réduire au maximum les possibilités d'obtention de l'asile politique dans le pays dépositaire du texte fondamental inscrivant le droit d'asile dans le droit international (la Convention de Genève), et dans le pays qui accueille le siège du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés...

On dira ce qu'on en pense le samedi 23 juin à Berne (14 heures, Schützenmatte), lors d'une manifestation nationale (http://fr.asyl.ch/manif) contre une politique migratoire désastreuse et une politique d'asile humiliante -pour ceux qui la mènent plus encore que pour ceux qui en sont victimes.

14:11 Publié dans Immigration | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : asile, politique | |  Facebook | | | |

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