mercredi, 30 mai 2012

29 Prairial, jour de la pivoine. Et jour d'élections.

Oser voter, oser vaincre...

On va beaucoup élire un peu partout, le 29 Prairial prochain : en Egypte, en Grèce, en France... et même à Genève. Ce jour est dans notre calendrier celui de la pivoine. Une fleur à la couleur de bonne augure, mais que nos camarades égyptiens, grecs, français nous pardonnent, nous parlerons ici moins d'eux que de nous, moins de leurs républiques que de la nôtre, moins de leurs présidents et de leurs députés que d'un siège dans notre modeste gouvernement. Ce n'est pas que nous nous désintéressions de leurs choix -c'est que nous ne pouvons guère peser que sur les nôtres, et que si internationalistes que nous nous voulions, c'est ce qui sortira des urnes genevoises le 17 juin qui nous requiert d'abord. Parce plutôt que combattre par procuration jusqu'au dernier laïque égyptien, jusqu'au dernier gauchiste grec, jusqu'au dernier socialiste français, il nous faut d'abord nous battre là où nous sommes. Parce qu'il n'y a que là que nous pouvons vaincre.


Ce n'est pas bien agir qu'agir de mauvais gré, même quand ce qu'on fait est bon (Saint Augustin)

Une femme et six hommes concourent pour un siège à Genève, celui laissé vacant par le libéral-radical Mark Muller -qui avait déjà bien du mal à nous convaincre qu'il l'occupait réellement lorsqu'il le détenait. Sept candidatures : une femme de gauche, quatre hommes de droite, et au-dessus un prophète, et quelque part en embuscade un pirate. Mais en réalité, seules trois candidatures disposent d'une base électorale leur permettant d'atteindre le quorum du premier tour (un tiers des suffrages). Car il n'y aura pas de second tour : on n'est pas dans la situation d'une élection majoritaire à la française, où l'exigence d'une majorité absolue pour pouvoir être élu au premier tour laisse aux électrices et aux électeurs la possibilité de prononcer dans un premier temps des choix sans aucun calcul d'utilité de leur vote, et de reporter leurs choix stratégiques au second tour (quitte à s'y retrouver à choisir entre la peste et le choléra lequel des deux mots sera le moindre)  : à Genève, on saura le 17 juin au soir qui prendra la place vacante au gouvernement genevois. Comme toute la gauche, nous avons notre candidate : Anne Emery-Torracinta. « Son intelligence, sa maîtrise des dossiers, son honnêteté, sa ténacité sont louées à gauche comme à droite », assure la Tribune... qui s'empresse cependant d'ajouter que « certaines de ces qualités peuvent virer aux défauts »... Il y aurait donc dans cette République un bout de champ politique où l'on préférerait élire un idiot incompétent malhonnête et vélléitaire...

Pour nous, l'enjeu est clair, et simple : en élisant Anne Emery-Torracinta, faire basculer la majorité du Conseil d'Etat, non pas vers la gauche (il faudrait que le Vert et la Verte en soient...), mais du moins vers un « centre-gauche » plus conscient des détresses sociales et imaginatif pour y répondre que l'étrange technocratie vélléitaire qui nous gouverne présentement.  Une majorité gouvernementale « de gauche à Genève », pour la troisième fois depuis 1933 ? Le pied dans la porte, en tout cas, avant les élections générales de 2013, celles où se joueront deux des trois majorités qui importent (la troisième est celle de l'opinion publique, celle du peuple, et les élections ne suffisent de loin pas à la constituer, ni même à la déceler) : une majorité parlementaire, une majorité gouvernementale, la seconde reposant sur la première. Et puis, parce que les institutions politiques de la République donnent encore le dernier mot au « peuple » (ou plus précisément à cette part du peuple à qui les droits politiques sont accordés), si la gauche veut réellement mettre en œuvre un programme de changement, chaque point de ce programme devra être accepté par le corps électoral, et si la majorité institutionnelle ne repose pas sur une majorité populaire, ses propositions n’auront de destin que celui du sommeildans la quiétude du Mémorial.

Nous avons au moins hérité de Rousseau ceci : la volonté du peuple ne se représente pas, elle s'exerce. En l'absence d'un droit populaire de révocation des autorités élues, cette vieille revendication communarde, leur élection reste le seul moment lors duquel nous pouvons choisir celles et ceux par qui nous serons gouvernés, pour autant que nous acceptions de l'être. Et si relatif que soit leur pouvoir, il est tout de même suffisant pour que l'on prenne garde à qui le confier.
Le 17 juin, l'élection d'Anne Emery-Torracinta au Conseil d'Etat ne remplira pas à elle seule la condition suffisante d'un changement de politique -mais elle en est déjà la condition nécessaire.

14:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : genève, élections, anne emery-torracinta | |  Facebook | | | |

Commentaires

"Étrange démocratie velléitaire", oui. Confiée (pour partie) à des technocrates.

Écrit par : Pascal Décaillet | mercredi, 30 mai 2012

et à eux confiée par qui, sinon (entre autres) par ceux qui s'en plaignent ?

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 30 mai 2012

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