jeudi, 19 avril 2012

Présidentielles françaises et réveil de la gauche : De quoi Méluche est-il le nom ?

« Il y a les experts, il y a les penseurs, et puis il y a le peuple. Le peuple inattendu. C'est-à-dire des voix et des pensées que personne, ou rien, ne laissait présager », écrit Michel Butel, en couverture du deuxième numéro du désormais indispensable mensuel «L'Impossible». Inattendue, en effet, la foule qui se presse aux meetings de campagne du candidat du Front de Gauche à l'élection présidentielle française. Inattendu, le succès probable, en tout cas possible, de la candidature de Mélenchon (autour des 15 % d'intentions de vote, et devant Le Pen dans plusieurs des derniers sondages à peu près sérieux qui ont été publiés). Inattendue, surtout, et bienfaisante, cette renaissance, enfin, de l'« envie de politique » à la faveur de la campagne de Mélenchon.


Car «  toute action n'est pas vaine, toute politique n'est pas sale »...

Ce que Mélenchon rassemble derrière lui dans les intentions de vote, et devant lui dans ces meetings dont le succès massif a contraint Hollande et Sarkozy à organiser eux aussi de grands rassemblements en plein air, ce n'est pas une foule béate acquise à un homme : c'est une foule qui se réveille d'années de léthargie, de déprime, de démobilisation politiques. Une foule de militantes et de militants plus encore que d'électrices et d'électeurs. Et cette foule est derrière Mélenchon parce que Mélenchon sait lui parler, et lui dire non seulement ce qu'elle a envie d'entendre, mais surtout ce qu'elle a besoin d'entendre : qu'il y a une alternative à l'ordre présent des choses, que « toute action n'est pas vaine, toute politique n'est pas sale » (cela, c'est du Mendès-France...), et que ce n'est pas parce que la gauche s'est si souvent abandonnée à la force du courant, à celle de l'argent ou à la raison raisonnable de la Raison d'Etat, qu'il faut renoncer à la réveiller, la gauche...


Mélenchon prendra probablement des suffrages, au premier tour, au candidat du PS. Mais il semble bien qu'il lui en prendra moins qu'à Marine Le Pen et au Front National, vers qui, comme des personnages d'un film de Guédiguian, semblaient vouloir se tourner en désespoir de cause (et il en faut, du désespoir, et des trahisons de causes, pour se tourner vers cette soue) les femmes et les hommes d'une gauche plébéienne ne pouvant se reconnaître ni dans les politiques menées par la gauche de gouvernement, ni dans les femmes et les hommes l'incarnant.
Mélenchon ramène dans la « vieille maison » (et cela, c'est du Léon Blum...) celles et ceux qui n'en pouvaient plus d'y devoir cohabiter avec des Bernard Tapie ou des Dominique Strauss-Kahn. Il ne prend pas des électrices et des électeurs au candidat socialiste : il les prend à l'abandon, à l'abstention, au vote d'humeur, à la chasse au bouc-émissaire. Il les prend, ou plutôt : il les reprend là où la gauche de gouvernement les avaient laissé : sur le bord de la route. Et il ne les reprend pas pour lui : il les reprend pour eux. Et c'est la condition nécessaire, pour n'évoquer que cette échéance et ce court terme, d'un renvoi de Sarkozy. Par l'élection de François Hollande, puisque seul le candidat socialiste est en mesure de battre, au second tour, le président sortant, mais qu'il ne pourra le battre que grâce à celles et ceux qui soutiendront Mélenchon dimanche, et soutiendront ensuite Hollande.


Mais au-delà de cela, au-delà même de la situation française, il y a la valeur d'un exemple : quand la « gauche de la gauche », la « gauche socialiste » (ou le socialisme de gauche, comme on voudra) est capable de se rassembler, elle pèse d'un poids déterminant dans les rapports de force politiques. Si les sondages ne se sont pas lourdement gaufrés, cela fera trente ans que cette «gauche de la gauche» n'aura pas pesé autant dans une élection en France.
Alors, que les discours de Mélenchon effraient les centristes, que ses références à Robespierre et Saint-Just hérissent Michel Onfray et que Daniel Cohn-Bendit trouve Méluche ringard, à vrai dire, on s'en fout. Ce qui importe, « ici et maintenant » (cela, de qui est-ce, déjà ?), en France, des femmes et des hommes qui vomissaient ceux qui leur parlaient de politique retrouvent le goût d'en entendre parler, mais avec des mots qui veulent dire quelque chose d'autre qu'«adaptez-vous», « il n'y a pas d'alternative », «c'est comme ça et pas autrement»... Des mots qui disent autre chose que la soumission volontaire. Des mots qui disent de la politique, et pas de la comptabilité.


De quoi Méluche est-il le nom ? D'un réveil.

15:25 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : politique, élection présidentielle, mélenchon, hollande, gauche, ps | |  Facebook | | | |

Commentaires

On aurait pu dire la même chose il y a cinq ans de Ségolène Royal, avec son appel à La Marseillaise et à la fraternité. Il ne s'agit que d'une campagne électorale. Je ne constate pas que les symboles de la République reviennent vraiment à la mode dans les arts, la vie culturelle. Mélanchon cite souvent Victor Hugo, mais qui fait vraiment référence à "Quatrevingt-Treize", dans les milieux intellectuels, je ne sais pas. Les intellectuels français continuent de faire référence au naturalisme, qui se traduit par le pragmatisme et les partis "bourgeois".

Écrit par : Rémi Mogenet | jeudi, 19 avril 2012

Oui, Mélenchon est un tribun qui sait enflammer les foules. Ces foules de déçus et de laissés pour contre. Et il est sûr qu'il pèsera lourd dans les voix du 2ème tour.
Par contre le réveil risque d'être dur pour tous ceux de la gauche. Car quel que soit le candidat élu, les problèmes sont là et il devra y faire face. Et ce ne sont pas les soit-disant ponctions sur les riches qui vont leur permettre de les résoudre. Un tsunami de déçus risque donc de lui tomber dessus et alors ... pauvre France.

Écrit par : Lambert | jeudi, 19 avril 2012

"Robespierre et Saint-Just hérissent Michel Onfray"
Que voulez-vous attendre d'un auteur qui a écrit "la religion du poignard", soit un éloge de l'assassinat de Marat? Comme son idole, Onfray sombre dans la réaction. Un avatar de la société du spectacle.

Écrit par : Gérard | vendredi, 20 avril 2012

Les commentaires sont fermés.