mardi, 17 avril 2012

Revenu de base : Soyez réalistes. Comme en 1918...

L'idée d'un revenu de base, est irréaliste, s'entend-on déjà dire, alors que l'initiative le proposant vient d'être lancée et qu'on peut désormais la signer. Et c'est vrai, elle est irréaliste, cette idée. Aussi irréaliste que celles lancées en 1918, dans le cahier de revendications de la Grève Générale, d'une assurance-vieillesse ou du droit de vote et d'éligibilité des femmes. Aussi irréaliste. Mais pas plus. D'ailleurs, même dans le terne avant-projet de nouvelle constitution genevoise, au titre des Droits fondamentaux, à l'article 40, on reconnaît le « droit à un niveau de vie suffisant » et à la « couverture des besoins vitaux »...


Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. Et ton logement, tes vêtements et ton médecin aussi.

Nous pouvons le regretter, en ce 300e anniversaire de la naissance de Rousseau, mais nous ne sommes plus de bons sauvages batifolant nus et heureux dans un jardin d'Eden. Nous devons nous nourrir, nous vêtir, nous loger, nous soigner.  On nous a bien dit, d'en haut, de tout en haut, et on y a cru : «  tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », et  te nourrir ne sera plus un droit, mais une marchandise, comme te vêtir, te loger, te soigner... Eh bien non : se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner, ce sont des droits. Qu'on détient parce qu'on est là, sans avoir demandé à y être, mais en ayant simplement renoncé à se tirer une balle dans la tête ou à se jeter d'un pont.

Dans ce pays, on a empilé depuis soixante ans les revenus de substitution.  Tous conditionnels, tous partiels, tous insuffisants.  Chacun n'est accordé que si l'on a pu prouver par A plus B plus C qu'on est invalide, chômeur, pauvre, malade ou vieux.  Et chacun de ces revenus a son financement propre, son administration particulière, ses lois et ses règlements spécifiques, sa bureaucratie. Le tout coûte très cher, sans même couvrir les besoins essentiels de chacune et de chacun -puisqu'il faut par exemple ajouter les prestations complémentaires au minimum AVS pour qu'il atteigne le niveau du revenu d'assistance sociale. Il est temps de sortir de cette usine à gaz pour lui substituer un dispositif permettant à chacune et à chacun de couvrir ses besoins essentiels -et de travailler contre rémunération, mais par choix, pour le surplus ou pour le plaisir.  C'est cela, le revenu de base.

Au fond, il s'agit d'une proposition assez typiquement social-démocrate -mais d'une socialdémocratie nordique plutôt que méditerranéenne, scandinave plutôt que latine. Une social-démocratie fondée, comme le rappelle Joëlle Kuntz dans Le Temps de samedi, sur une sorte d'« individualisme étatique » visant à libérer l'individu de ses subordinations en lui assurant des moyens et des conditions de vie lui permettant d'être autonome sans être riche, d'être protégé du risque de l'exclusion sociale (à moins qu'il ne la choisisse délibérément) par une garantie de toujours avoir les moyens de couvrir ses besoins essentiels. En contrepartie de quoi, il sera plus « flexible » à l'égard du travail salarié, puisque celui-ci est en quelque sorte le prix à payer pour obtenir plus que la couverture des besoins essentiels. On n'a plus besoin de gagner son pain à la sueur de son front, mais on a toujours besoin de gagner ses vacances aux Seychelles à la sueur de son temps, en le vendant, le plus cher possible à un employeur. Le revenu de base n'est pas une alternative au salaire minimum : il s'y ajoute, ou plutôt, le salaire minimum s'y ajoute comme le salaire s'ajoute au revenu de base comme un complément. Nous avons besoin des deux : d'un revenu de base pour couvrir les besoins essentiels, d'un salaire minimum pour assurer tout le reste. Et le travail rémunéré  ne doit pas être une punition ou une fatalité, ou un épuisement, mais un choix, et même, si possible, un plaisir.


Et que ceux que cet hédonisme hérisse méditent ces quelques chiffres, qui donnent une première, partielle, imparfaite idée de celles et ceux à qui le revenu de base s'adresse, en premier (mais non en unique) lieu :  30'000 personnes de 18 à 25 ans reçoivent une aide sociale en Suisse, aujourd'hui. C'est un jeune adulte sur deux. 800'000 personnes vivent en Suisse dans la pauvreté. C'est plus d'un habitant sur dix. Un bénéficiaire de l'aide sociale sur deux est un working poor, un travailleur pauvre, dont le salaire est insuffisant pour lui permettre de vivre décemment. Et Genève, un tiers des contribuables n'ont aucune fortune.

Signez : www.admin.ch/ch/f/pore/vi/ut/i_423.fr.pdf


15:05 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : initiative, politique, revenu de base, avs, pauvreté, travail | |  Facebook | | | |

Commentaires

Vous les politiciens ne montrez pas l'exemple,il suffit de voir ce qui se passe à Hérémence,c'est faire peu cas du citoyen contribuable,ensuite on s'étonne que les jeunes soient découragés.Jouer avec l'argent du citoyen c'est bien mais faut pas exagérer non plus! Ensuite vous vous étonnez que de plus en plus de gens ne veuillent même plus voter,la politique ne doit pas ressembler à un jardin d'enfant sinon autant rester chez soi.Quand aux vrais responsables qui promettent depuis des décennies toujours plus de places de travail pour les jeunes? les socialistes qui adorent faire rêver par de belles paroles et beaux discours,mais sans plus!
Et il serait temps de revoir les entretiens d'embauches et leurs tests complètement dépassés,ceci a été dit pas un spécialiste même sans doute un formateur,donc si un système est dépassé on met tout en oeuvre pour trouver une solution mais qui ne viendra pas du net,là aussi beaucoup ont mis une confiance aveugle en la machine on voit les résultats ,arnaques ,manipulations,fausses infos un bidouillage jamais aussi bien développé depuis la seconde guerre

Écrit par : lovsmeralda | mardi, 17 avril 2012

mmmhh.. c'est plus facile de faire le revenu de base que d'imposer a tous les recruteurs des conditions plus strictes d'embauches... faut des contrôles, de la motivation...

Le revenu de base risque au contraire de simplifier les choses, simplifier l'administration, car il n'y aura plus qu'un seul service de redistribution..

Écrit par : rachy | mercredi, 18 avril 2012

reste la question du financement ..... et si tout le monde se contentait du minimum:comment le financer ? Idée probablement généreuse mais utopiste ou , pire, tellement démago !

Écrit par : uranus2011 | mercredi, 18 avril 2012

Oui, tout part d'abord d'un rêve. Il est permis et même recommandé de rêver.
Je voudrais le faire avec vous mais pour ça il faudrait m'aider un peu.
Concrètement, pouvez-vous m'expliquer comment on va financer ça. Le mécanisme.
Et surtout comment allez-vous faire pour corriger les effets pervers induits par tous ceux, et il sont la grande majorité, qui travaillent uniquement pour des raisons alimentaires, sans joie, sans conviction et qui renonceront donc à alimenter la machine folle de production-consommation qui nous régit.
Votre proposition est une révolution, une vision de société qui tend vers un idéal, mais c'est vraiment mettre la charrue avant les boeufs. Un peu comme l'Europe qui s'est faite monétaire avant d'être sociale.
Connaissez-vous beaucoup de gens qui vont travailler par plaisir, avec conviction, parce qu'ils ont trouvé une sorte de vocation ? Les métiers d'aujourd'hui ne sont pas créatifs, nous sommes tous devenus des tourne boulons dans des usines virtuelles pour alimenter une machine qui s'emballe.
Votre revenu de base implique tellement plus... Mais peut-être qu'il faut commencer quelque part. On ne risque pas grand chose d'essayer.
Oui, j'aimerais bien pouvoir rêver avec vous, alors, de grâce, soyez un peu plus concret et nous tenterons l'aventure.

Écrit par : Pierre Jenni | mercredi, 18 avril 2012

@Pierre

Votre commentaire est très intéressant. Tout d’abord vous gardez l'esprit ouvert et vous vous posez des question plutôt que de refuser en bloc la proposition.
Ensuite, vous posez les vrais questions.

Est-ce que les gens continuerons de travailler ?
je en pense pas que ce soit un effet pervers du système que de libérer les gens de travaux dont ils ne voient pas le sens, mais justement le but du système. La grande majorité ( je l'estime pour moi à 95-98% de la population) ne sera jamais satisfaite de rester planter sur un canapé ou dans un bar. Et si leur activité leur paraissait si futiles, ils seront, je le pense, poussé à trouver une activité qui leur conviens mieux. Que ce en tant que monteur électricien, employé de voirie, vendeur dans un super marché...

pour ce qui est des vocations c'est une question que je me pause différemment. je me demande comment se répartit réellement les vocations. Il y a certains domaines qui sont non créatifs et épuisant, mais qui attirent quand même beaucoup de travailleurs car ils sont très valorisant; le domaine de la santé par exemple, pour n'en citer qu'un.

Je pense au final que cette initiative à été lancée dans le but de provoquer des réactions telles que la votre: cela m'intrigue, réfléchissons à la mise en place.

Écrit par : Renaud Krummenacher | mercredi, 18 avril 2012

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