lundi, 16 avril 2012

« Plus d'école », c'est bien beau, mais avec quels moyens ?

Le mercredi scolaire, et après ?

Le syndicat des enseignants du primaire, la Société Pédagogique Genevoise (SPG) a décidé fin mars de « geler » sa participation à la «concertation» organisée par le Département de l'Instruction Publique sur la mise en place de l'école le mercredi matin pour les élèves de huit à douze ans. Pourquoi ? parce plus d'école, comme promis, c'est bien beau, mais qu'il y faut des moyens. Or la SPG craint que les promesses faites lorsqu'il s'agissait de convaincre une majorité de votantes et de votants d'accepter le « mercredi matin scolaire »  ne soient précisément que des promesses, n'engageant que celles et ceux qui y ont cru avant de voter comme on souhaitait qu'ils votent.


Plus d'école, qu'ils disaient... avec moins d'enseignants ?

On avait donc promis, pour faire avaler le «mercredi scolaire», un renforcement des moyens accordés à l'école. Qu'en est-il ? Le syndicat des enseignants (la SPG) craint aujourd'hui la suppression de plusieurs dizaines de postes  à la prochaine rentrée, au prétexte que, temporairement, les effectifs d'élèves vont diminuer légèrement. Et surtout parce que le Grand Conseil (c'est-à-dire sa majorité de droite) a raboté d'un pourcent le budget du Département de l'Instruction publique. Pour faire des économies. Faut bien payer la construction des nouvelles prisons, non ?


Le DIP entend certes maintenir un taux d'encadrement d'un enseignant pour 17 élèves... mais la SPG, conteste cette fixation sur une «  ligne rouge » qui date d'il y a plus de dix ans (elle avait été tracée par Martine Brunschwig-Graf) et qui finit par devenir un objectif alors qu'elle était un plafond. Et le syndicat revendique un taux d'encadrement moyen de 16 élèves par enseignant. D'ailleurs, le taux d'encadrement est plus bas (à 15, en moyenne) dans les écoles du « réseau d'enseignement prioritaire », qui scolarise un élève sur cinq. Ce qui, incidemment, suggère que puisque ce fameux taux de 17 est une moyenne pour toutes les écoles, il se situe plus près de 18 dans les écoles hors REP et que pour l'y faire redescendre à 17, il faudrait ouvrir une cinquantaine de postes d'enseignants supplémentaires (en plus de ceux rendus nécessaires par la réintroduction, en plus aussi des remplacements de ceux qui partent à la retraite et qu'on ne remplace pas, ou qui passent à mi-temps et dont on ne compense pas le mi-temps perdu...).
On attend certes moins d'élèves (dans le primaire) à la rentrée 2012 qu'à la rentrée 2011. Du coup, le DIP envisage de fermer plusieurs dizaines de classes. Pourtant, on ne prévoit que 362 élèves de moins en 2012, mais ensuite quelques dizaine de plus en 2013 et 2014, et quelques centaines en 2015, où leur nombre dépasserait leur nombre actuel.  Il faudrait donc rouvrir les classes qu'on a fermées... et réengager des enseignants pour occuper les postes que le DIP envisage de supprimer d'ici là.  Si  la réduction du nombre d'élèves permettait d'améliorer le taux d'encadrement et les conditions d'enseignement, on ne pourrait que s'en féliciter puisque lors de la campagne sur la réintroduction du mercredi matin d'école, tous les partisans (ou presque) de cette mesure, parents d'élèves en tête, demandaient davantage de moyens, non seulement pour assurer la demie-journée d'école en plus, mais aussi pour améliorer, indépendamment de ce surcroît de temps d'enseignement, les moyens et le personnel enseignant (ETP, postes d'appui, maîtres spécialisés) et administratif (en nombre insuffisant, d'où un report d'une partie de ses tâches sur le personnel enseignant)...
Pour en revenir au taux d'encadrement scolaire qui était celui du début des années nonante, il faudrait (re)créer 300 postes d'enseignants. On a préféré ajouter une demie-journée d'école en plus, sans garantir les moyens nécessaires pour faire de ce temps d'enseignement supplémentaire autre chose qu'un temps de bourrage des crânes d'élèves. Le DIP a bien promis 150 postes pour assumer l'augmentation de l'horaire scolaire hebdomadaire, mais un lourd doute plane chez les enseignants sur la possibilité du département de tenir sa promesse : était-elle autre chose qu'un argument de campagne pour faire passer le mercredi matin scolaire auprès des parents d'élèves ?


Le comité référendaire contre le mercredi scolaire a certes perdu la bataille du vote, mais il entend « rebondir » sur les conséquences de ce vote, et il s'est transformé en une association, l'« Association pour une meilleure école », l'AME (www.ame-ge.ch), pour « accompagner les changements » liés à la nouvelle loi, « en mettant l'enfant au centre des préoccupations », en s'assurant que « les moyens mis en oeuvre seront suffisants et garantis » et en proposant un projet « ayant pour but le développement global de l'enfant (...) en tenant compte au mieux des contingences familiales et de la charge supportée par les enfants tout au long de la semaine ». Un supplément d'AME, en somme...
Il n'empêche que pour l'heure, le DIP a demandé à la direction générale de l'enseignement primaire d'économiser quatre millions sur les charges de personnel (ça correspond en gros à quarante postes), et plus d'un demi-million sur les dépenses générales, alors que le matériel (y compris le matériel pédagogique) a souvent grand besoin d'être renouvelé. Des enseignants du primaire genevois travaillent avec des dictionnaires datant de 1982. C'était une belle époque, 1982, celle, encore, du magistère politique d'André Chavanne, celle où l'on ouvrait des écoles, pas des prisons...

15:10 Publié dans école | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, enseignants | |  Facebook | | | |

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