jeudi, 12 avril 2012

Initiative populaire pour un « revenu de base inconditionnel » : c'est parti !

Le droit aux moyens de vivre

Le texte de l'initiative populaire fédérale pour « un revenu de base inconditionnel » (autrement dit, pour un revenu égalitaire, individuel, accordé à tout résident sans autre condition que sa résidence, et couvrant ses besoins essentiels : le logement, la nourriture, les soins, les déplacements) est paru dans la Feuille fédérale. L'initiative est donc officiellement lancée. Et elle fait déjà débat à gauche, en particulier au sein du Parti socialiste (on peut écouter un petit débat entre camarades téléchargeable sur
http://t.co/ZiXHAA64). Nous soutenons cette initiative et vous invitons à la soutenir.  Pour plus d'infos : http://bien-ch.ch/fr


Liberté-travail.jpg« Ce n'est qu'un début... »

L'initiative populaire « pour un revenu de base inconditionnel » propose d'inscrire dans la constitution fédérale « l'instauration d'une allocation universelle versée sans conditions » devant «permettre à l'ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique ». La loi règlerait le financement et fixerait le montant de cette allocation (les initiants la situent à 2000-2500 francs par mois, soit, grosso modo, le montant maximum de l'aide sociale actuelle, mais n'inscrivent pas ce montant dans le texte de l'initiative).  Le revenu de base est inconditionnel : il n'est subordonné à aucune contre-prestation. Il est universel (tout le monde le touche) et égalitaire (tout le monde touche le même montant). Il est individuel (il est versé aux individus, pas aux ménages). Il n'est pas un revenu de substitution à un revenu ou un salaire perdu. En revanche, il remplace tous les revenus de substitution (assurance chômage, retraite, allocations familiales, allocations d'étude, rentes invalidité) qui lui sont inférieurs. Comment le financer? par l'impôt direct sur le revenu et la fortune, par l'impôt indirect sur la consommation (la TVA), par un impôt sur les transactions financières, et surtout par le transfert des ressources consacrées au financement de l'AVS, de l'AI, de l'aide sociale et des autres revenus de substitution inférieurs au montant du revenu de base.


S'attaquant à la valeur sociale du travail en s'attaquant à l'obligation sociale (et économique) d'effectuer un travail qu'on n'a pas forcément choisi, mais pour lequel on est payé et par lequel on obtient les moyens de payer ce qui nous est nécessaire pour vivre, le projet de revenu de base s'attaque à la valeur du travail réduit à l'emploi (salarié ou indépendant).  En permettant, sans autre condition que la résidence, de vivre sans travailler, il remet en cause l'obligation du travail rémunéré, qui deviendrait facultatif pour autant que l'on se contenterait d'un revenu minimal. Mais si le revenu minimum remet en cause l'obligation sociale du travail rémunéré, c'est-à-dire le travail « en soi », il ne remet pas en cause le travail « pour soi », d'autant que dans nos société, la majeure partie du travail effectué, le plus souvent par des femmes (engagements sociaux bénévoles, tâches domestiques, aide aux proches) n'est pas rémunérée.


Cette remise en cause du travail rémunéré comme valeur centrale de l'organisation sociale est profondément subversive, autant pour la gauche que pour la droite, autant pour les syndicats (qui organisent par définition des travailleurs, sur des lieux de travail, pour l'amélioration des conditions de travail et de la rémunération du travail) que pour le patronat : les entreprises et les employeurs individuels se retrouveraient en effet devant le défi de motiver d'éventuels salariés par des temps, des conditions et des rémunérations de travail qui les convainquent d'ajouter au revenu inconditionnel un revenu supplémentaire et conditionnel en échange du temps voué à travailler pour autrui. Cette critique du travail au sens que lui donne le capitalisme, et qui fournit au capitalisme son moteur économique, la plus-value (cette part du travail effectué pour un patron qui n'est pas rémunérée par le patron mais qui constitue son profit), est fondée sur la volonté d’accorder à toutes et tous le droit que quelques uns seulement s’étaient arrogés, sur le dos courbé d’une masse laborieuse les nourrissant. On retrouve ainsi, par le détour d'une initiative populaire lancée dans le plus laborieux des pays d'Europe, le sens du cri de Paul Lafargue, revendiquant « le droit à la paresse » -un sens que les mots de cri traduisent mal, puisqu'ils semblent qualifier de « paresse », ce qui est, fondamentalement, la vieille volonté socialiste libertaire d'émanciper les travailleurs du travail contraint, pour faire du travail une liberté.


Concluant le débat (
http://t.co/ZiXHAA64) à la radio, hier, avec Jean-Christophe Schwaab (opposé à l'initiative), l'auteur de ces lignes a retrouvé le bon vieux slogan soixante-huitard : « ce n'est qu'un début, continuons le combat !». Ce n'est en effet que le début d'un combat qui va prendre un certain temps, voire un temps certain, pour aboutir -comme il fallut du temps pour aboutir au combat pour l'instauration de l'AVS, ou pour le suffrage féminin, entre leur proclamation dans le cahier de revendication de la Grève Générale de 1918 et leur concrétisation, trente ou soixante ans plus tard).
Nous aurons des anges la seule chose que nous méritons et revendiquons d'en avoir : la patience.

14:38 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : revenu, salaire, assistance, travail, salariat | |  Facebook | | | |

Commentaires

Un revenu minimal plancher supprimant les aides diverses et les effets de seuil, sur lequel se grefferaient les revenus du travail ou autres, c'est une bonne idée. La preuve c'est qu'elle figure dans mon "Utopie Urgente" publiée en 2007 :-). Mais pas comme vous la décrivez et pas avec les montants généralement avancés.
Comme revenu de base, il ne doit en aucun cas permettre de vivre "bourgeoisement". Or à 4, un couple et deux enfants, cela fait CHF 10 000.- mois, ce n'est pas le Pérou, mais cela permet de vivre tout à fait correctement: deux voitures, 3 scooters, ski, vacances à l'étranger... Dans les campagnes (ou en France Voisine), c'est même habiter dans une jolie maison...
Donc 2500 / mois, montant usuellement avancé, c'est bien trop. Et ce serait en plus une incitation insoutenable à la natalité, insoutenable parce que pas du tout pertinente écologiquement parlant. A moins bien sûr d'êtres réservé aux plus de 18 ans, mais alors, il n'est plus universel.
Appliqué uniformément en Suisse et rien qu'en Suisse, ce serait un appel d'air énorme pour les immigrants de toutes sortes et source de profonds déséquilibres entre villes et campagnes: CHF 5000.- mois pour un couple à Genève, c'est pas le paradis, mais dans le Jura, c'est nettement mieux.
De plus à partir du moment où un socle de base est versé, les salaires devraient diminuer, mais comment organiser la chose ? Et comment financer le tout ? Bref, l'initiative est un bon moyen de lancer le débat, pour autant qu'on ne se contente pas d'un affrontement gauche-droite stérile, mais qu'on dresse objectivement la liste des avantages, des inconvénients et des divers écueils à éviter si l'on veut que cela fonctionne.

Écrit par : Philippe Souaille | jeudi, 12 avril 2012

le Parti socialiste a inscrit dans son programme de fond lors de son Congrès, l'idée du revenu de base. Cela n'empêche, il semble que le débat ait encore besoin d'être fait au sein du parti...

Écrit par : Julien Cart | jeudi, 12 avril 2012

Les montants ne sont pas précisés dans l'initiative, qui ne pose que le principe. Par ailleurs, quand les initiants évoquent le montant de 2000 à 2500 francs par personne, c'est par personne adulte. Pour les enfants et les ados, c'est deux fois ou trois fois moins, selon l'âge. Et ça ne permet pas de vivre "bourgeoisement" (c'est pas le but), ça permet juste de survivre socialement (c'est d'ailleurs le but de l'aide sociale que ça remplace) : se loger, se vêtir, se nourrir, se déplacer (en payant son bus). Et procréer, craignez-vous ? ce ne sont pas les incitations financières qui font remonter le taux de natalité (les pauvres lapinent, les riches planninguent, c'est bien connu)... Quant à la crainte d'un "appel d'air" à l'immigration, bof...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 12 avril 2012

"Comme revenu de base, il ne doit en aucun cas permettre de vivre "bourgeoisement". Or à 4, un couple et deux enfants, cela fait CHF 10 000.- mois"

Non, car ce qui est prévu c'est 2'500,- pour les adultes mais la moitié pour les enfants... Donc 8'500,- pour la famille que vous décriviez. Et non, avec ça, on ne vit pas bourgeoisement M. Souaille ! On vit simplement dignement !

Écrit par : Julien Cart | jeudi, 12 avril 2012

"Or à 4, un couple et deux enfants, cela fait CHF 10 000.- mois, ce n'est pas le Pérou, mais cela permet de vivre tout à fait correctement: deux voitures, 3 scooters, ski, vacances à l'étranger..."
Que j'aimerais être aussi efficace que vous dans la gestion du budget familial: après avoir payé le loyer (env. 3000.-), les impôts (env. 1500.- pendant dix mois), les assurances maladie (env. 2000.-), il ne reste déjà que 3500.- sur les 10000.- de départ. Alors, les deux voitures, les 3 scooters, le ski et les vacances à l'étranger, je ne sais pas comment vous les financez. Mais bon, je reconnais que vous connaissez mieux le monde économique que la moyenne des gens.

Écrit par : Mère-Grand | vendredi, 13 avril 2012

Une idée novatrice à laquelle je tiens beaucoup car elle pourrait reculer les inégalités et les discriminations en profondeur. Pour ceux qui pensent que le revenu de base est un produit libéral, ils se trompent lourdement et font le jeu évidemment d'une partie des libéraux et autres personnes de droite dure qui pensent que ça incite à la paresse, etc... Visiblement, il y a en effet des gens qui se gavent d'idées reçues sur le RSA et les allocations familiales et vivent dans leur monde. Qu'importe, je crois au revenu de base envers et contre tout n'en déplaisent à certains qui pensent que c'est en tapant sur ceux qui galèrent parfois plus qu'eux. Je suis prêt à me fâcher avec n'importe qui là-dessus rien ne me fera reculer.

Écrit par : Aurel | mardi, 26 novembre 2013

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