jeudi, 05 avril 2012

Fééries pascales... pour célébrer quoi ?

A toi la gloireuh...

On ne pouvait, avant de cesser pendant quatre jours (à mardi...) de vous abreuver de nos états d'âmes, contourner le marronnier pascal. D'ailleurs, les oeufs de pâques, les chtis lapins en chocolat, les poules en massepain ont envahi depuis des semaines les rayons des grands magasins, des confiseries, des chocolateries. Les estomacs en seront pleins. Et les églises resteront presque vides. Pâques n'est plus, comme noël, qu'un souk, et il vaut mieux ne pas se risquer à un sondage sur ce que nos contemporains savent, peut-être, encore, de cette célébration, de ses sources, de sa signification, au-delà des folklores masochistes qu'elle trimballe, des flagellants espagnols aux crucifiés philippins...


Et c'est ainsi qu'athées, nous allons célébrer pâques

Les quatre jours qui vont du vendredi-saint au lundi de pâques devraient être ceux des plus grandes, parce que les plus chargées de sens, fêtes chrétiennes -mais ils ne le sont restés que chez les orthodoxes et dans certaines églises orientales. Le christianisme occidental, lui, qu'il soit catholique ou protestant, a promu noël comme son plus grand moment de rassemblement autour de ce à quoi il voudrait bien que l'on croie encore. Le marché à fait le reste -et en a, fort logiquement, fait une marchandise. Des lapins en chocolat et des cadeaux de noël.

Au fond, qu'est-ce qu'être chrétien ? A s'en tenir aux dogmes, ce serait croire en un mort-vivant extraterrestre, qui était son propre père et le fils de lui-même pour ensuite naître d'une vierge et promettre la vie éternelle si on mange son corps, qu'on boit son sang et qu'on l'accepte comme maître pour qu'il purge nos âmes éternelles du mal qui y réside depuis qu'un lointain ancêtre a cessé d'être un imbécile heureux parce qu'un serpent qui parle lui a fait manger, avec l'aide d'une créature fabriquée avec l'une de ses côtes, le fruit d'un arbre magique en lui promettant que ça allait le rendre intelligent...
On peut cependant s'autoriser à s'abstraire de ce folklore, à en sourire et à observer que malgré lui, même si l'on ne croit en rien de ce qu'il raconte ni de ce que le dogme contient, même si l'on ne croit ni en Dieu, ni en Diable, ni en Esprit Saint, ni en Christ rédempteur, même si l'on n'est fidèle d'aucune église et quel'on ne tient pas la Bible et les Evangiles (ni d'ailleurs le Coran) comme Le Livre, mais seulement comme un livre, on peut difficilement dans nos contrées culturellement labourées par au moins un millénaire et demi de christianisme ne pas être chrétien... ne serait-ce que parce que de tous les héritages du christianisme, il en est un que nous partageons avec toutes celles et tous ceux qui depuis deux siècles et demi, depuis les Lumières, nous l'enseignent par leurs mots et par leurs actes : la conviction que l'histoire a un sens.
Ce sens de l'histoire, cette certitude que l'histoire a un début, un terme et entre les deux une logique, certes spéciste, allant de la bestialité à l'humanité, de la sauvagerie à la civilisation, de la pure violence à la fraternité, c'est bien un héritage chrétien -que le christianisme a lui-même reçu en héritage du judaïsme dont il est issu, judaïsme et christianisme l'ayant à leur tour légué à l'islam, mais aussi aux Lumières, qui l'ont léguées à la culture politique dont nous nous sentons participer. L'histoire a un sens, et ce sens lui est donné par celles et ceux qui la font. En sortant du temps cyclique des Grecs, ou du temps fatal ou magique des paganismes, nous sommes entrés dans un temps téléologique. Qu'on y mette ou non, au surplus, une eschatologie religieuse importe peu : ce qui importe, c'est que cela a désormais un sens d'agir, même si notre action se fait, forcément, entre deux fatalités : celle d'une naissance que nous n'avons pas choisie et celle d'une mort que nous ne pouvons éviter.

Pour le reste, la beauté des vitraux des églises baroques, la beauté des chants dans les églises russes, la beauté des fresques dans les églises romanes, et même la beauté de certains textes bibliques, nous touchent et parfois nous transportent sans que nous ayons la moindre inclination à croire en ce que croyaient leurs auteurs...

Et c'est ainsi qu'athées, nous allons célébrer pâques. En ne croyant pas qu'il y a 2000 ans on ait crucifié un dieu, ni même un messie, mais un homme, crucifié comme le furent Spartacus et les siens; en ne croyant pas que cet homme ait ressuscité, ni commis le moindre miracle; en ne croyant pas qu'il soit monté au ciel, puis en soit redescendu, puis y soit remonté... Mais en rendant grâce au temps humain que celles et ceux qui y ont cru nous aient abreuvés de toutes les beautés de leur musique, de leur peinture et de leurs mots, de Bach, du Greco et de Dostoïevski.

14:29 Publié dans religion | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : pâques, christianisme, athéisme | |  Facebook | | | |

Commentaires

"De quoi nous libère le Passage, la Pessah (Pâque juive)?" - Réponse du Rabbin François Garaï, il y a quelques jours, au Grand Oral: "De nos propres étroitesses". Cette définition, universelle, au-delà des croyances ou des non-croyances, m'a infiniment touché. J'y ai vu l'éternité de la mer Rouge, toujours à franchir.

Écrit par : Pascal Décaillet | jeudi, 05 avril 2012

Cher Monsieur Holenweg, merci de vos notes et merci pour celle-ci: "...pour célébrer quoi ?"
Oui, la musique, la littérature, la peinture tentent de faire écho à la lutte de cet homme: Jésus, un paysan juif, un palestinien qui a senti, compris qu'on ne peut âtre témoin de la souffrance d'un peuple, d'une race, d'une ethnie, sans s'engager avec celles et ceux qui luttent pour reconquérir leur dignité humaine! Jésus l'a fait. Je me souviens, (J'étais à Prétoria ou JHB) lorsque Steve Biko, un jeune militant africain à été arrêté, battu, torturé, et ramené à Prétoria nu, à l'arrière d'une "bakkie" infecte: il est mort. La nouvelle, car la Presse anglo-saxonne en Afrique du Sud était moins censurée (auto-censurée) qu'en occident, et, dans cette jeunesse africaine, c'était un nouveau souffle: Steve n'est pas mort en vain. Son énergie vit en nom et nous déracinerons l'apartheid! A lutta continua. Pour moi Pâques célèbre cela. Jésus qu'on dit ressuscité, est l'énergie que nous célébrons (ou pas) dans notre lutte pour la survie de notre société. Cela se passe souvent, quasiment tounjours, hors églises et temples.
amicalement
claire marie

Écrit par : cmj | vendredi, 06 avril 2012

Excusez-moi, mais même dans les religions orientales, l'histoire a un sens, et même aussi dans l'ancienne Rome, l'histoire avait un sens, tournant autour de Rome et de son triomphe, qu'on regardait comme éternel et devant être toujours plus beau, plus étendu. Le christianisme donne son propre sens à l'histoire, mais on ne peut pas prétendre qu'il a créé l'idée que l'histoire avait un sens. Cela dit, à l'époque moderne, le premier qui ait réellement donné à l'histoire un sens, pourquoi ne pas le dire, c'est Joseph de Maistre, qui a fait de la Révolution française un acte de la Providence, une épreuve à surmonter à l'issue de laquelle le monde serait transformé dans le bon sens. Or, on le sait peu, mais Victor Hugo fut un disciple de Joseph de Maistre, et en devenant un ami de la Révolution, il a simplement considéré que celle-ci était une inspiration divine, chez ceux qui l'avaient faite : une inspiration souvent inconsciente (pour Maistre, c'était une inspiration mais toujours inconsciente). On le sait peu aussi, mais Auguste Comte fut également un grand admirateur de Joseph de Maistre. Parallèlement, Hegel donnait un sens à l'histoire, et faisait lui aussi de la Révolution la matérialisation d'une pensée divine, la Liberté. Marx a simplement repris la chose. Au vingtième siècle, celui qui a le mieux lié l'idée qu'on se faisait du progrès, y compris technique, au dieu des chrétiens, est peut-être Teilhard de Chardin. Il a bien montré, par exemple, que parler d'une évolution qui ne durerait qu'un temps limité, cette limite fût-elle très éloignée dans l'avenir, retirait tout sens à l'histoire et la rendait absurde, que le sens de l'histoire ne se trouvait que dans l'idée d'une évolution illimitée, débouchant sur l'éternité. Les chrétiens ont donc lié l'histoire moderne à l'idée de Dieu, et ce faisant lui ont donné un sens, mais pour l'histoire ancienne, ou l'histoire individuelle, les anciens et les orientaux ont su aussi donner un sens. C'est le propre de l'esprit humain, que de donner du sens aux choses, y compris à l'histoire!

Écrit par : Rémi Mogenet | samedi, 07 avril 2012

Le sens de l'histoire, n'est-ce pas encore et toujours "croissez et multipliez" ?
S'il n'y avait pas les religions, le sens de la finitude ne rendrait-il pas les hommes un peu plus intelligents et moins irresponsables dans leur fuite en avant dans un progrès finalement complétement illusoire ? Combien de fois avez-vous rencontré une personne touchée par une maladie mortelle - au hasard, le cancer - qui vous avoue que cette maladie la rend plus intelligente, redonne du sens à la vie. Selon C.G. Jung, les religions ont construit l'humanité. Aujourd'hui, il est patent qu'elles contribuent à son auto-destruction.

Écrit par : Géo | samedi, 07 avril 2012

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