Après une clarification ambigüe à la droite de Piogre

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Ce sera elle ou ça...

Boudée par l'Entente de la droite démocratique, l'UDC genevoise a donc conclu avec le MCG un accord électoral (qu'elle avait auparavant proposé au PLR) couvrant toutes les échéances électorales des deux ans à venir. Dès lors, le 17 juin, trois blocs se confronteront : l'Alternative (les Verts, le PS, Ensemble à gauche) , l'Entente (PLR et PDC) et la droite de la droite, mi-populiste mi-conservatrice (MCG et UDC). Mais si cette recomposition est clarificatrice, elle l'est de manière ambigüe, et elle ne bouleverse pas (encore) le paysage politique : les forces qui étaient à droite (y compris celle se prétendait  « ni de gauche, ni de droite »)  y sont toujours, celles qui étaient à gauche y restent, celles qui hésitent entre la droite et la gauche doivent choisir leur camp. Et la gauche mobiliser le sien sans le disperser. Parce que le 17 juin prochain, ce sera elle ou lui. Ou ça. Ce devra donc être elle.

Et la soupirante éconduite par le châtelain se consola en se faisant sauter par le palefrenier...

il faudrait inventer un terme, une étiquette, un label pour qualifier ce que constitue l'alliance du MCG et de l'UDC, une alliance qui n'est pas tout à fait celle de l'extrême-droite (l'UDC genevoise n'en est pas, de l'extrême-droite), ni celle de la droite de la droite bourgeoise (puisque le MCG n'en est pas, de la droite bourgeoise), ni celle qui constituerait un  « bloc populiste », puisque ce n'est pas un bloc et que l'UDC genevoise n'est pas à réellement parler populiste... alors quoi ?  « droite dure », comme la définit Le Temps, par symétrie caricaturale avec ce qu'incarnerait par exemple un Jean-Luc Mélenchon (qu'on ne peut cependant situer à la « gauche dure » que par comparaison avec la mollesse d'autres) ? Droite de la droite, en tout cas. Droite sans doute peu adroite, mais certainement très à droite. Extrême-droite, mais seulement pour une part (au MCG), droite très, très conservatrice, voire réactionnaire, pour l'autre part (à l'UDC)... Ces parts sont aujourd'hui, à Genève, alliées. Mais aujourd'hui seulement, et alliées seulement : l'UDC et le MCG ont bien passé un accord courant jusqu'en 2014, d'élection en élection, mais cet accord qui met le PLR en fureur ne tient que parce que le PLR ne s'est pas (encore) résolu à en passer un semblable, avec les mêmes partenaires, ou du moins avec l'UDC, qui n'attend que cela : que le PLR cède et dès qu'il cèdera, l'accord avec le MCG ne sera plus qu'un bout de papier dont un vieux reste de bonne éducation nous dissuade de préciser le seul usage qu'il pourra encore en faire.


Il y a donc quelque chose d'assez paradoxal dans l'alliance du MCG et de l'UDC, une alliance qui en est véritablement une, mais qui ne constitue pas (encore) le  « bloc populiste » qu'évoque Le Courrier d'hier -l'UDC genevoise n'est pas populiste, au sens où le MCG l'est, lui, pleinement (et sous la forme que le populisme prend à l'extrême-droite). L'UDC genevoise est un parti bourgeois, situé certes à la droite de la vieille Entente, mais que seules des querelles de territoire séparent d'elle. L'UDC est un parti bourgeois qui reproche aux autres partis bourgeois de ne plus l'être assez, un parti de droite qui reproche à la droite d'être trop au centre, mais pas un parti populiste (d'ailleurs, si l'UDC était populiste, le MCG n'aurait pas d'espace où prospérer).

L'UDC se dit  « fatiguée des arrangements foireux d'une droite à l'image d'une vraie machine à perdre » (machine que l'UDC s'empresse de huiler). Mais si elle s'en dit fatiguée, c'est bien qu'elle était prête à en être l'objet ou l'actrice, de ces « arrangements foireux », qu'elle en avait même déjà passés de particulièrement  «foireux», avec les libéraux l'année dernière, et qu'elle en avait proposé un au PLR (qui l'a qualifié de  «véritable ukaze»). L'UDC, qui considérait, selon les mots de sa présidente, que le MCG « ne servait à rien », a fini par choisir ce parti « inutile », mais comme on fait un choix par dépit -le choix de la soupirante transie éconduite par le châtelain et qui se console en se faisant sauter par le palefrenier.

Tout cela dit, et la déréliction de la droite genevoise constatée, il ne faudrait pas en tirer l'aventureuse conclusion qu'un boulevard désert s'est ouvert pour la gauche. Certes, nos adversaires sont divisés, et en pleine confusion.-mais ils sont toujours là, leur électorat n'a pas disparu, ni ce qui l'anime : les électrices et les électeurs de droite ne sont pas passés à gauche parce que l'intelligence a trépassé à droite. Dans son édito d'hier, la Tribune de Genève définit le PS comme l' « ennemi atavique de l'UDC ». Soit, merci du compliment, acceptons-le, mais tâchons surtout de le mériter (et d'élargir cet avatisme au MCG), car la recomposition de la droite doit aussi clarifier les discours et les programmes de la gauche, et les purger des sacrifices rhétoriques et tactiques au populisme.

Commentaires

  • Une histoire de pied et d'étrier. Vers quels cieux ?

  • Le septième forcément, le seul qui ait été déserté après qu'un soir de réveillon un élu ait pris sur le parvis d'une cantine un barman pour un ange déchu...

  • Ce qui est étonnant, c'est la modération de la gauche à l'égard de Stauffer, lorsqu'on découvre ce qu'on peut lire à son sujet, ici ou là dans les gazettes et magazines. Proprement stupéfiant. Pourquoi ce silence complice ? Serait-ce que toute voix prise à Stauffer risque de renforcer la position de Maudet ? Mais c'est bien sûr, élémentaire, mon cher Watson... Ah, la politique...

  • N'importe quoi. Mais alors, vraiment n'importe quoi...

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