Election partielle du gouvernement genevois : gauche, droite, en avant...

Imprimer

Avant-hier, le congrès socialiste a désigné Anne Emery-Torracinta comme la candidate du parti, et (espérons-le) de toute la gauche, à l'élection partielle au Conseil d'Etat genevois, le 17 juin prochain. Et c'est un beau, un clair, combat gauche-droite, « à la française » (quand les Français font, politiquement, ce qu'on attend d'eux) qui s'annonce -et dans le même temps de campagne que la présidentielle française, précisément. Un combat où le choix des alliances va peser de tout son poids, et sera déterminant, à gauche comme à droite. Un combat où le choix sera simple : Maudet, Stauffer ou Emery-Torracinta. La droite, l'extrême-droite ou la gauche. La gauche telle qu'elle est, et qui n'est pas forcément telle qu'on la voudrait, mais la gauche. Nous.

C'est nous ou les autres. Et quand vous voyez qui sont et ce que font les autres...

Le choix du congrès socialiste, celui d'Anne Emery-Torracinta, est logique. Il était prévisible, prévu, attendu. Et le choix à faire le 17 juin est clair : entre la droite, l'extrême-droite et la gauche telle qu'elle est -pas telle qu'on la voudrait, ou qu'on la rêverait, qui ne présenterait d'ailleurs personne à aucun gouvernement quel qu'il soit et s'en tiendrait à ce slogan, qui est aussi une injonction faite à l'« en-bas » de nos sociétés: « prenez le pouvoir ». Ou cet autre, en euskara dans le texte : « denak ala inor ez, dena ala ezer ez ! »...  En attendant, c'est à une élection qu'on a affaire. Une élection binaire, pour un seul siège, se jouant de facto à la majorité simple, et en un seul tour (il suffit d'un tiers des voix pour être élu), sans place pour une candidature mélanchonienne de proclamation et de rassemblement de la gauche critique. Une élection, la genevoise,  où toute division se paiera cash, par la victoire de l'adversaire. Une élection qui appelle donc une argumentation basique, celle qui peut titiller le plus assoupi des cerveaux politiques reptiliens : c'est nous ou les autres. Et quand vous voyez qui sont ces «autres»...  Ce que Stauffer montre de lui-même et de son parti n'a guère besoin d'être commenté : le spectacle donné par Gominator suffit à le dévaluer politiquement. Quant à l'autre candidat de droite...

La candidature de Maudet a été clairement posée à droite par Maudet lui-même, devant le congrès de ce qui lui tient lieu de parti : une « droite gouvernementale, populaire et moderne». Mais surtout une droite. Gouvernementale -ce qui la distinguerait du MCG; populaire, histoire peut-être de redonner un peu de vie, pour retrouver un peu d'électorat, à la vieille opposition de Saint-Gervais et de la Haute Ville, des radicaux et des libéraux; moderne, pour renvoyer les rupestres udécistes à leurs pâturages. Il n'empêche : sans l'électorat de ces rupestres et sans les moyens de la Haute Ville, la candidature de Maudet ne pèserait pas bien lourd. Et si la candidature de Stauffer ratisse le quart ou le tiers de l'électorat qu'elle peut raisonnablement espérer, Maudet se retrouverait avec les seules voix du PLR et du PDC assez loin derrière la candidate socialiste. D'où les appels du pied (botté) du capitaine à la droite libérale (et un petit discours sur les baisses d'impôts, un...) et à la droite autoritaire (et un petit laïus sur « le goût du travail et de l'effort »). Les bulletins de vote n'ont pas d'odeur, susurre aujourd'hui Maudet, qu'on avait connu doté d'un odorat un peu plus sélectif : candidat au Conseil administratif de la Ville, il savait qu'il ne pouvait y être réélu qu'avec un apport de voix de gauche : son discours était donc radical-socialiste. Candidat au Conseil d'Etat, il sait qu'il ne peut y être élu qu'avec un maximum de voix de la droite de la droite : son discours est donc radical-libéral-sécuritaire. Radesoque au printemps 2011, radelibe au printemps 2012 ; refusant l'alliance avec l'UDC il y a un an, la quémandant aujourd'hui. « Ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent », zézéyait ce vieux maître en matière de politique éolienne, Edgar Faure. Et le vent de printemps, à droite, trimballe d'assez écœurantes odeurs à Genève.

Le 17 juin, dans notre calendrier à nous, c'est le 29 Prairial. Le jour de la pivoine. C'est d'une belle couleur, la pivoine.

Lien permanent Catégories : Genève 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.