Financement des partis politiques : Valises udécistes et opacité helvétique

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On en apprend de belles, dites donc : Le parti de la Suisse profonde utilise pour se financer les méthodes des caciques africains, celles d'Omar Bongo et de Félix Houphouët-Boigny... En tout cas, c'est ce que nous révèlent les quotidiens zurichois NZZ et Tages Anzeiger : au moins un million et demi de francs en argent liquide ont abouti dans les caisses de l'UDC pour financer la campagne électorale de 2007, en plus du financement personnel que Blocher a admis avoir accordé à son propre parti alors qu'il était Conseiller fédéral. Ils ont l'air fins, les udécistes, à utiliser des méthodes de républiques bananières -mais du coup, on comprend mieux pourquoi l'UDC freine des quatre fers toute évolution vers la transparence du financement des partis politiques, alors que la Suisse est, en la matière, championne européenne de l'opacité...

Félix Houphouët-Blocher, Omar Perrin et les porteurs de valise de biftons de l'UDC : fable suisse

La Suisse est le seul Etat européen avec la Suède (mais on n'a pas vérifié la situation dans toutes les anciennes républiques soviétiques et yougoslaves) à ne pas réglementer le financement des partis et des campagnes politiques. Le Groupe d'Etats contre la corruption (Greco - une commission du Conseil de l'Europe) reproche à la Suisse l'opacité et l'absence de règles en matière de financement des partis politiques, et recommande à la Confédération (mais aussi aux cantons) de faire tenir par les partis politiques et les candidats aux élections une comptabilité complète, et publique, soumise au contrôle d'une autorité indépendante pouvant prononcer des sanctions. Les dons aux partis politiques, à partir d'un certain montants, devraient être communiqués, ainsi que l'identité des donateurs. Ces recommandations, qui ne sont pas contraignantes, et auxquelles le Conseil fédéral a répondu en commandant une étude à l'Université de Zurich, accentuent la pression sur les partis de droite (la gauche est favorable à la transparence du financement de ses partis, et la pratique d'ailleurs déjà, au moins partiellement), qui se refusaient jusqu'à présent, l'UDC et le PLR s'y refusant toujours, à entrer en matière sur l'exigence de «transparence» et de publicité de leur financement. Quant au PS, il a annoncé une initiative populaire sur la transparence du financement politique, et en septembre dernier, le Conseil des Etats a accepté une motion du démocrate-chrétien fribourgeois Urs Schwaller, faisant un bout de chemin vers la recommandations de la commission du Conseil de l'Europe, en demandant que les comités référendaires et les comités d'initiative publient les dons qu'ils reçoivent dès lors qu'ils dépassent 10'000 francs.


En attendant que ces propositions aboutissent à quelque chose, si elles y aboutissent, l'opacité et les inégalités de ressources règnent en maîtresses. Avec l'hypocrisie qui les accompagnent  -mais quand le vice-président du parti, Yvan Perrin, explique que si les blochériens remplissent leurs caisses par le moyen un peu hors d'âge des valises pleines de biftons, c'est pour préserver l'anonymat de certains soutiens du parti qui ne souhaitent pas qu'on sache qu'ils le sont, on peut le croire : C'est vrai que ça surprendrait désagréablement quelques naïfs, d'apprendre que le financement des campagnes électorales de l'UDC suisse   se fait comme celui des campagnes d'attentats du FLN pendant la Guerre d'Algérie, par des porteurs de valises pleines de biftons...


Quant à la gauche, elle a des états d'âme : faut-il accepter l'argent des banques ? Raiffeisen et le Crédit Suisse proposent de verser des subsides à tous les partis politiques nationaux (ceux représentés au Parlement fédéral), et plus seulement aux partis de droite les soutenant habituellement. Le PS et les Verts (la gauche de la gauche n'est pas concernée) s'interrogent : peut-on accepter d'être financé par les banques alors qu'on reproche depuis plus d'un siècle à la droite bourgeoise de l'être ? Et comment s'assurer que ce financement n'est pas, au moins indirectement, rendu possible par des profits réalisés au moins en partie grâce à l'accueil d'argent sale ?


On a bonne mine, à gauche, de nous interroger : C'est si compliqué que ça, de refuser d'être financé par ses adversaires ?


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