vendredi, 24 février 2012

Et si la loi antimanifs était acceptée ?

Moins de manifs, plus de casse ?

Un millier de personnes ont manifesté hier soir, de la poste du  Mont-Blanc à la Plaine de Plainpalais, pour... manifester, précisément, leur opposition au projet de loi pondu par la droite, et qui restreint dangereusement les possibilités d'organiser des manifestations sur la voie publique -sauf, évidemment, à les organiser en se contrefoutant de la loi. Une loi « anticasseurs » qui va encourager à la casse ?  il est vrai que d'entre ses innombrables dons, la droite genevoise a celui de pondre régulièrement des lois absurdes, allant à l'encontre de leurs objectifs proclamés. On risque fort, si le scrutin du 11 mars prochain en décide ainsi, d'ajouter à l'expérience navrante de la loi antimendicité celle d'une loi antimanifs aussi stupide que son aînée. Qu'importe le flacon légal pourvu qu'on ait l'ivresse sécuritaire...


Etre forts avec les faibles et caqueux devant les forts

e 11 mars, les Genevois voteront donc sur un projet de durcissement de la loi sur les manifestations : possibilité d’amender jusqu’à 100'000 fr. les organisateurs d’une manifestation lors de laquelle de la casse se serait produite, et dont les organisateurs seront rendus responsables même si elle est le fait d’éléments qui leur sont totalement étrangers; possibilité d’interdire d’organiser tout autre événement pendant un à cinq ans, obligation de mettre en place un service d'ordre et de collaborer avec la police...  En fait, cette loi empêcherait de facto les organisateurs potentiels les moins «argentés», et ne disposant pas d'expertises juridiques, d'assumer l'organisation d'une manifestation de rue dans un cadre légal, et ne leur laisserait que la possibilité de s'abstraire de ce cadre, ou de renoncer à exercer leur droit de manifester.

Si ce droit de manifester est un droit fondamental, pourquoi d'ailleurs devrait-il faire l'objet d'une demande d'autorisation ? demande-t-on une autorisation pour pouvoir voter, penser, écrire ? Un droit fondamental ne se quémande pas, il se prend, et s'exerce, sans obligation d'en solliciter, ni d'en obtenir, l'autorisation d'une quelconque autorité. En s'opposant à la loi antimanifs de la droite, la gauche ne défend donc pas le droit de manifester « en général », mais celui de manifester légalement, dans les meilleures conditions possibles. Et en multipliant les obstacles à ce droit, la droite n'incite qu'à un seul comportement, celui-là même qu'elle prétend réprimer : la manifestation illégale, inorganisée, incontrôlée, débordée et débordante, dont personne ne sera responsable parce qu'elle n'aura été convoquée par aucune organisation. La droite prétend que ses propositions ne visent que les auteurs des « dérapages » lors de manifestations autorisées -mais ces auteurs ce contrefoutent de la légalité ou non de la manifestation, et de l'illégalité de leurs propres actes. Et l'effet pervers de la loi antimanif est bien que ce ne sera pas à eux, illégalistes patentés, d'assumer leurs actes, mais aux organisateurs légaux de la manifestation légale... un peu comme si on disait au « black block » : cassez, d'autres paieront...


La manifestation de rue, c'est le medium des associations, des groupes, des milieux, qui disposent du plus faible accès à l'espace politique public; c'est le moyen de se faire entendre quand on n'a pas les moyens de se payer de la publicité dans les journaux, ou pas les relais médiatiques permettant de vous faire interviewer par la presse, les radios ou la télé, ou pas la présence institutionnelle  permettant d'user d'un parlement comme d'une tribune. Toute restriction du droit de manifester pèse donc d'abord sur les milieux dont les ressources matérielles sont trop faibles pour qu'ils puissent s'exprimer autrement. Les grandes organisations surmonteront les obstacles que la loi « antimanif » met à l'usage du droit de manifester -et personne à Genève ne se risquera à interdire pendant cinq ans à la Communauté Genevoise d'Action Syndicale ou au Parti Socialiste d'organiser une manifestation dans la rue, même si elle et lui furent les organisateurs d'une manif ayant « dérapé ». Mais les plus petits groupes politiques, les comités de solidarité internationales, les associations de chômeurs, d'exclus ou de précarisés, ou les personnes les représentant, prendront plein pot les dispositions paranoïaques d'une loi liberticide. Tout sera dès lors question de rapport de forces : face à une organisation puissante et à des organisateurs socialement « installés », la loi ne s'appliquera tout simplement pas. Face à des organisations faibles et des organisateurs plus marginaux, elle déploiera tous ses effets.


Etre forts avec les faibles et caqueux devant les forts est certes une tradition de la droite politique, mais on devrait s'abstenir de lui donner force de loi .

13:57 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : politique, manifestations, libertés | |  Facebook | | | |

Commentaires

Cela devrait nous permettre de faire aussi un peu de philosophie politique ne serait-ce que pour sortir les z'innénarrables militants de leurs ignorances habituelle...
-Démocratie = dictature de la majorité...ou droits des minorités?
-Démocratie = argumentum ad populum?
Les votations répugnantes que nous avons subies ses dernières années devraient nous mettre la puce à l'oreille...

En RFA les référendums et les plébiscites fédéraux sont interdits car les NAZI en ont usé pour justement suprimer la démocratie réelle...

Écrit par : Documentaliste... | vendredi, 24 février 2012

"dictature de la majorité"

J'y ai pensé pendant longtemps. Mais à la simple vue de la participation de la population il semblerait que se soit une minorité.

Écrit par : plume noire | vendredi, 24 février 2012

Même si le taux de participation était satisfaisant...cela ne nous épargnerait pas l'effort de définir ce qu'est la démocratie.

Opposer démocratie et oligarchie/fascisme/...etc...est un exercice fastoche.

Par-contre opposer démocratie à "argumentum ad populum" peut susciter un débat sans fin...

Écrit par : Documentaliste... | samedi, 25 février 2012

Disons que la démocratie consiste en la capacité du "peuple" (reste à en définir les contours...) de décider des choix politiques, non en la tentation des politiques de se conformer à ce qu'ils perçoivent de l'opinion publique du moment...

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 25 février 2012

Constater à quel point les militants sont ignares et simplistes me désole toujours...Parce que cela m'oblige à faire de la pédagogie (beurk!).
Même si 80% du peuple de Suisse, immigrés inclus, votaient l'extermination des tsiganes...il ne serait pas démocratique d'exterminer les tsiganes.
Maintenant repensez S.V.P aux résultats répugnants des votations répugnantes que nous avons subies (naturalisations, minarets, expulsions sans recours...et j'en passe, et des pires...).

Spinoza disait:"lorsque l'état se comporte d'une manière qui répugne à la nature humaine notre devoir c'est de détruire l'état". Bravo! les philosophes ne parlent pas tous pour ne rien dire...Mais que faut-il faire lorsque la démocratie décide démocratiquement de promouvoir des politiques qui répugnent à la nature humaine?

Écrit par : Documentaliste... | samedi, 25 février 2012

Faudrait s'en débarrasser.

Écrit par : Marcel43 | dimanche, 26 février 2012

Ta réponse est un peu courte et peu explicite...Tu fais semblant de savoir mais l'ellypse traduit un certain vide...

Écrit par : documentaliste | dimanche, 26 février 2012

Les commentaires sont fermés.