jeudi, 09 février 2012

Mercredi scolaire : Travailler plus pour gagner... euh... savoir plus ?

La campagne pour ou contre le « mercredi scolaire » démarre enfin. Trois jours avant les vacances scolaires, c'est malin. Et en plus, Mark Muller sème la crème en reconnaissant que jusqu'à présent il avait dit n'importe quoi, ce qui ne surprendra personne mais va faire les gros titres des canards jusqu'à dimanche... La campagne démarre donc assez tardivement. C'est explicable du point de vue des partisans du projet, qui peuvent compter sur l'envie des parents de faire assumer par l'école une demie-journée de gardieennage de plus, quoi que l'on fasse de cette demie-journée. De la part des opposants au projet, à commencer par la SPG, c'est un peu plus surprenant, mais bon : mieux vaut tard que jamais. Et donc, on en remet une petite couche de notre côté, histoire d'entretenir la flamme...


Le temps passe, Emile, le temps passe...

Qu'attend-on de l'école ? Et de la prolongation proposée du temps d'enseignement ? Plus d'égalité des chances ? c'est l'argument de cette part de la gauche qui soutient le «mercredi matin à l'école»...  Ajouter des heures de cours pour « tenir le programme » ne posera sans doute aucun problème aux écoliers les mieux intégrés à l'école et les mieux encadrés par leur famille. C'est-à-dire ceux qui n'ont pas besoin de cette demie-journée scolaire de plus Et les autres ? Ceux qui ont déjà décroché, les exclus du système scolaire, seront largués encore un peu plus loin, et ceux qui rament déjà pour suivre seront un peu plus menacés de décrochage. Le modèle d'une l'« égalité des chances » qui serait proportionnelle aux heures de cours, c'est lequel ? celui des écoles confessionnelles du XIXe siècle ? Cours six jours sur sept (et le septième jour : office religieux et curé lubrique) ? La démocratisation des études a certes permis à plus de fils, et surtout de filles, des couches sociales d'« en bas » d'accéder à l'enseignement post-obligatoire, puis à l'Université... mais si, en nombre absolu, les filles et fils d'ouvriers, de petits employés, de petits artisans et commerçants ont été plus nombreux à « faire des études », les proportions respectives d'enfants de « bourgeois » et d'enfants de « prolos » à l'Université n'ont bougé que faiblement. Et les taux d'analphétisme et d'illétrisme sont restés désespérément stables.


« Travailler plus pour gagner plus », c'était le mot d'ordre de qui, déjà, il y a cinq ans, en France ? «Travailler plus longtemps pour apprendre plus», c'est le seul objectif de la réforme proposée. Outre que l'on y confond la quantité d'heures d'enseignement avec la qualité de ce que l'on tente de faire apprendre, on y oublie fort opportunément que si les écoliers genevois ont une demie-journée d'école de moins que leurs petits camarades des autres cantons romands, ils n'ont pas moins d'heures d'école qu'eux. Et que réclamer deux semaines de vacances en plus pour les parents en même temps qu'accepter d'imposer trois semaines d'école de plus pour les enfants apparaîtra à quelques esprits simples, dont le nôtre, comme une manifestation d'incohérence. Et les mêmes esprits simples (dont le nôtre) se disent que renforcer l'encadrement humain des élèves, réduire les effectifs des classes, donner plus de temps aux activités parascolaires, eût été, et peut encore être, une meilleure réponse à un besoin de « plus d'école » qui ne se confond avec « plus de jours d'école » que si l'on confond la quantité et la qualité, le temps passé à l'école et ce que l'on en reçoit.


L'horaire scolaire genevois est déjà l'un des plus chargé de Suisse. Mais on l'a encore un peu plus chargé. Et il déborde de ce dont on l'a chargé, et surchargé. Alors on l'étale. Mais on l'étale sur la semaine, alors qu'on pourrait l'étaler sur l'année, en réduisant les grandes vacances d'été, ou sur l'ensemble du parcours scolaire, en prolongeant la scolarité obligatoire d'un an, plutôt que la semaine d'école d'une demie-journée... Il est vrai qu'il faudrait alors admettre qu'il n'est pas absolument indispensable à Genève (et pas à Liverpool) d'apprendre l'anglais scolaire à dix ans, ni à Genève (et pas à Tokyo) d'imposer à l'enfant de huit ans le même horaire qu'à son grand frère ou sa grande soeur de 13 ans...


Mardi 31 janvier, il y avait foule au 40 Grand-Rue pour assister à l'inauguration de la « Maison de Rousseau et de la littérature », dans la maison natale du Citoyen de Genève, dont on célèbre le tricentenaire de la naissance, en même temps que le centenaire de l'Institut Jean-Jacques Rousseau, dont est issue la Faculté de psychologie et de l'éducation. Ouais, Emile, le temps passe...

16:11 Publié dans école | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : genève, votation, rousseau, piaget | |  Facebook | | | |

Commentaires

"dont est issue la Faculté de psychologie et de l'éducation. Ouais, Emile, le temps passe..."
... et des idéaux trépassent.

Écrit par : Mère-Grand | jeudi, 09 février 2012

On sait après avoir analysé le comportement de certains humains d'aujourd'hui qu'il existe une méthode infaillible pour tester la patience d'autres et ce bien malgré eux.Pour preuve ,tout projet toute demande qui est fait avant les vacances,longs congés ou week'ends ensoleillés recevra approbation mais sitot le retour sera vite oublié.C'est comme en politique avant les élections ou les votations que de beaux projets mais une fois l'ardeur des votants derrière,hop c'est devenu paroles perdues aux 4 vents,et ce genre de système s'applique dans d'autres domaines,on fait croire au Père Noel pour faire ensuite semblant d'avoir oublié,c'est que Alzheimer est passé par là entretemps comme papa qui avait promis d'acheter une bicyclette mais qui reçoit le fameux rappel d'impots arrièrés
On vit une époque ou beaucoup mettent la charrue avant les boeufs dommage que de temps et d'argent perdu ,tout le monde est perdant à ce petit jeu.Genève est un cas à part mais n'échappe pas pour autant à ce qu'il faut convient d'appeler du chantage émotionnel surtout quand il s'agit d'enfants
Lasser le peuple par de belles promesses est un vieux truc,mais les anciens eux sont comme l'enfant qui reviendra à charge ,eux connaissent la chanson et ne se laissent plus embobiner aussi facilement

Écrit par : lovsmeralda | jeudi, 09 février 2012

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