lundi, 06 février 2012

Genève : Etouffer la liberté de manifestation ?

Une loi absurde et liberticide

Le 11 mars, les Genevoises et les Genevois se prononceront sur une loi  sur les manifestations pondue par une commission du Grand Conseil qui a refusé d'auditionner les associations et mouvements organisateurs de manifestations légales. La loi proposée par la droite et l'extrême-droite parlementaires durcit encore les conditions d'organisation de manifestations politiques sur la voie publique, alors que le dispositif existant permet déjà bien plus qu'il serait nécessaire dans une ville comme Genève, pour « maintenir l'ordre » :  depuis des mois, la police amende de tout petits rassemblements ne gênant personne et ne «rassemblant» parfois que trois à cinq participants sagement alignés sur un trottoir. A quoi pourrait bien servir un durcissement supplémentaire du dispositif anti-manifs, quand en huit ans, seules trois des 2745 manifestations tenues sur la voie publique ont posé problème ?


Petit devoir de mémoire à l'intention de la droite genevoise : d'où viens-tu ?

ue permet la loi proposée au vote populaire (parce qu'un référendum a été contre elle lancée par la gauche) : aux organisateurs de manifs, pas grand chose. Au Département de la Sécurité et de la Police (surtout de la police), d'infliger des amendes jusqu'à 100'000 francs (dix fois le montant prévu par la loi actuelle) aux organisateurs de manifestations qui auraient commis le crime de lèse-majesté de de ne pas demander d'autorisation, ou ne se seraient pas conformés aux conditions de l'autorisation, ou aux injonctions de la police, ou à l'air du temps, ou auraient manifesté sans autorisation. Toute autorisation pourrait en outre être refusée pendant un à cinq ans aux organisateurs de manifs qui auraient dégénéré, même si l'organisateur n'en est nullement responsable. De quoi inciter les organisateurs de manifestations à ne tout simplement pas demander d'autorisation, tant qu'à faire...

La droite genevoise propose donc de proclamer le Département de la Police seul maître du droit (ou de l'absence de droit) de manifester publiquement son opinion sur la voie publique. Car il ne s'agit bien que de cela, de ce droit, de cette liberté d'expression et d'opinion, et de sa restriction irraisonnée, pulsionnelle, quasi paranoïaque. Et c'est bien pourquoi la loi sur les manifestations que propose la droite genevoise ne s'appliquerait qu'aux manifestations politiques et pas aux manifestations sportives...  Parce que le sport est l'un de nos cultes religieux, et qu'il convient ne pas attenter à son image et de continuer à faire croire et faire semblant de croire que cette école de la connerie est autre chose que ce qu'elle est... Mais aussi, et surtout, parce qu'il s'agit de purifier la rue de l'expression de l'opposition ou de la revendication. Si la loi liberticide proposée par la droite genevoise devait passer la rampe, il ne nous resterait pour la contourner, puisqu'elle ne concernerait pas les manifestations sportives, qu'à proclamer et faire admettre qu'après tout, manifester est un sport (qui peut en conjuguer d'autres si la manif dégénère : la marche, d'abord, la course ensuite, le lancer du poids, du marteau, du pavé, le saut en hauteur et en longueur, le pugilat...). Un décathlon militant, en somme...

Mais à propos, d'où vient la liberté politique dont la droite genevoise use pour réduire celle des mouvements protestataires ? de mouvements émeutiers, insurrectionnels, illégaux, et réprimés par la force des armes. Si la constitution fédérale et la constitution cantonale garantissent aujourd'hui la liberté d'opinion et d'expression, et proclament que toute restriction d'un droit fondamental doit être justifiée par un intérêt public prépondérant ou la protection des droits fondamentaux eux-mêmes, c'est bien que des femmes et des hommes ont fait usage de ces libertés et de ces droits avant qu'ils soient garantis, et en ont donc fait usage contre l'« ordre public »  de leur temps, et les pouvoirs qui prétendaient le maintenir contre la liberté de manifester... Nos constitutions ont été arrachées par l'émeute et par les armes -du temps où les Constituantes naissaient de la rue et avaient un sens et un projet. Le jeudi 23 février, à 18 heures, quelque part à Genève (infos :
www.nonloimanif.ch), on le lui rappellera, à cette droite paranoïaque, qu'elle-même vient de ce qu'aujourd'hui elle entend réprimer : l'usage de la rue comme tribune politique, la proclamation du droit tel qu'il devrait être contre la loi telle qu'elle est.

13:51 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, manifestations | |  Facebook

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Commentaires

"...la loi sur les manifestations que propose la droite genevoise ne s'appliquerait qu'aux manifestations politiques et pas aux manifestations sportives..."
Certaines manifestations sportives subissent de très nombreuses, et répétitives dérives (football p.ex.), mais là, cela ne vous gêne pas!
Naturellement, lorsque les gens qui vous paient (nous) descendent dans les rues manifester leur droit, leur désapprobation, ou leur volonté, cela dérange!
Il est donc normal que vous vouliez nous couper ce droit... MERCI LA DÉMOCRATIE!

Ecrit par : Naki Steiner | vendredi, 10 février 2012

Nous disons donc exactement la même chose...

Ecrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 10 février 2012

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