jeudi, 02 février 2012

Le Congrès de l'Internationale Socialiste s'est-il tenu à Davos ?

Montagne magique

« Une » de la « Tribune de Genève » : Le Forum de Davos milite « pour un dépassement du capitalisme »... Un capitalisme qui, de toute façon, comme nous l'explique sur une pleine page du «Temps» le président du Conseil d'administration de Nestlé, « est un modèle théorique qui n'existe pas en réalité ».  C'est cela, voui. Et Brabeck est un mythe, Nestlé un mirage et Davos fut cette année un congrès de l'Internationale Socialiste, avec beaucoup d'éloges du modèle social-démocrate, après des décennies de prédications libérales. Les crises sont passées par là, les pontes de l'économie et de la politique redécouvrent les vertus de la relance keynésienne, les utilités des déficits budgétaires quand ils financent cette relance, l'utilité de l'Etat, pas seulement comme banquier des banquiers, assureur des assureurs, bateau de sauvetage des entreprises, mais surtout comme régulateur des soubresauts économiques et sociaux. Une régulation qui peut passer par la répression des mouvements de protestation que les politiques d'austérité provoquent, mais surtout une régulation qui peut permettre de se passer de cette répression en prévenant ces mouvements.


Le temps d'une illusion : le capitalisme civilisé

A Davos, cette année, on a donc chanté les vertus de la social-démocratie, du «modèle nordique», scandinave et allemand même lorsque l'Allemagne est gouvernée par la droite puisque la droite allemande sait parfaitement garder de l'héritage social-démocrate, plus que séculaire, ce qui lui est utile, et a compris qu'il serait stupide de « casser » ce modèle puisqu'il fonctionnait à la plus grande satisfaction du capitalisme tudesque. Les sociaux-démocrates ont d'ailleurs injecté assez de libéralisme dans leur propre modèle pour que celui-ci soit compatible avec à peu près n'importe quelle politique intelligente.


Davos, décidément, n'est plus ce qu'il était. Ou plutôt, n'est plus ce qu'on en avait fait, qui tenait à la fois du repoussoir et du mythe mobilisateur. Davos, cette année, ça a été le Bad Godesberg du capitalisme européen : une vaste entreprise de nettoyage du discours et des programmes. Pour en arriver à celui que le ministre suédois des Finances, Anders Borg, énonce ainsi : « Il faut une forte concurrence dans l'économie, des entrepreneurs responsables, une fiscalité équitable, une attention soutenue à l'éducation». Du bon, du vrai, du solide capitalisme socialisé par le partenariat social, négocié avec des syndicats « responsables » (et puissants) et des oppositions politiques, parlementaires, qui ne veulent pas « casser la baraque » mais en être locataires.


Cela dit, ne nous y trompons pas : cette conversion des convives de Davos à la social-démocratie n'a rien d'une adhésion de principe, et tout d'un choix dicté par l'urgence. La Banque centrale européenne a injecté près de 500 milliards d'euros dans les marchés financiers à la fin de l'année dernière. Cette avance colossale a permis d'éviter une catastrophe financière, et donc politique, mais n'a encore permis que de gagner du temps : sans un programme massif de relance, financé au moins en partie par les déficits et la dette que les discours officiels continuent de tenir pour des péchés capitaux, l'effort financier européen n'aura servi qu'à repousser une échéance : celle d'une «spirale déflationniste » à l'échelle d'un continent. Que la Grèce, ou le Portugal, s'enfoncent dans la crise n'est pas bon pour l'image de l'Europe, mais ce dégât d'image peut être passé aisément par pertes et profits. Avec les peuples grec et portugais. Mais si la Grèce et le Portugal sont « trop petits pour être sauvés », la France ou l'Espagne sont « trop grandes pour être lâchées ». Alors, s'il faut dans les discours davosiens se mettre à dénoncer les inégalités, à évoquer les colères sociales, à plaider pour une redistribution des richesses, on le fera. Ou plutôt, on le dira. Mais on ne fera que le dire. En attendant que crises se passent, sans trop de casse, pour en revenir à de plus solides et plus crapuleux fondamentaux.

Les postures social-démocrates des convives grisons ne dureront pas plus que le temps d'une illusion : celle d'un capitalisme civilisé. Quand le danger d'une révolte sociale se sera éloigné, on se retrouvera en terrain plus connu. Et on oubliera le congrès social-démocrate de Davos 2012. Il ne mérite d'ailleurs que cet oubli.

13:34 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : davos, social-démocratie, capitalisme | |  Facebook | | | |

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