vendredi, 27 janvier 2012

Mouvement socialiste et classe moyenne : changer de base...

Construit-on l'instrument politique de changement d'un système social
sur ceux qui auraient à y perdre ? La social-démocratie, après avoir été
(contre ses intentions initiales, bien plus ambitieuses) l'instrument de
l'accession des ouvriers à la normalité sociale ? médiane ?,
c'est-à-dire aux codes sociaux de la petite-bourgeoisie, s'est trouvée
naturellement basée sur cette ? classe moyenne ? qu'elle a contribué à
élargir à une partie de l'ancienne classe ouvrière, et qui a désormais
quelque chose à perdre à un changement social profond : la critique du
salariat n'a rien d'enthousiasmant pour qui a un salaire suffisant;
celle de l'Etat n'a guère d'urgence pour qui vit du salaire que l'Etat
lui verse et tire son statut social de sa place dans la hiérarchie de la
fonction publique ou de son mandat politique; la critique de la
propriété privée du sol ne mobilise guère les propriétaires de leur
logement ou d'une résidence secondaire; l'appel à une politique des
transports restrictive de l'usage de l'automobile a peu d'écho positif
chez les automobilistes, et à la dénonciation de l'emprise des zones
résidentielles et des zones villas, leurs habitants ne sont guère
sensibles.


Cesser d'être respectables

Fondé politiquement sur le projet de l'égalité et éthiquement sur le
principe de solidarité, projet et principe qui se conjuguent en une
seule phrase : ? les autres ont tous les droits que je m'accorde et je
n'ai que les droits que j'accorde aux autres ?, le mouvement socialiste
se retrouve donc fondé sur des couches sociales (les ? classe moyennes
?) qui, historiquement, n'ont jamais admis la solidarité et l'égalité
que lorsqu'elles pouvaient elles-même en tirer avantage. Or la
dénonciation moralisante de cet ?égoïsme? est à la fois inopérante et
illégitime tant qu'elle ne s'accompagne pas d'un engagement solidaire et
égalitaire des dénonciateurs eux-mêmes -un engagement qui ne se limite
pas à de la rhétorique, et qui suppose une rupture réelle, concrète,
d'avec les pratiques et les institutions qui produisent l'égoïsme et les
inégalités que l'on dénonce.


Il est en somme dans la nature des classes moyennes d'être égoïstes,
à la fois envieuses des couches sociales qui leur sont supérieures et
apeurées par celles qui leur sont inférieures. Mais il est aussi du rôle
des forces politiques qui prêchent la solidarité et l'égalité d'imposer
une solidarité structurelle entre les couches sociales et entre les
sociétés, une telle solidarité ne pouvant qu'avoir pour conséquence une
réduction des ressources, du bien-être matériel et des privilèges
relatifs des couches et des sociétés sur lesquelles repose désormais,
politiquement, électoralement, la social-démocratie.

 

Les petits-bourgeois ne craignent rien tant que leur prolétarisation, les classes moyennes leur paupérisation et les sociétés du centre leur tiers-mondisation. En somme, si nous voulons réellement être ce que nous prétendons être, c'est-à-dire socialistes, et mener une politique découlant du projet (l'égalité) et du principe (la solidarité) que nous nous attribuons, nous ne pouvons que nuire aux intérêts d'une bonne partie de notre base sociale et électorale, avec la certitude de ne pouvoir la convaincre d'accepter spontanément des choix politiques qui vont à l'encontre de ses intérêts (c'est ici que le discours moral est d'une absolue inopérance).

Il devrait donc nous apparaître comme une exigence de nous appuyer sur les seules couches sociales capables de soutenir nos choix, car les seules à n'avoir rien à y perdre: les couches sociales d' »en-bas ». En somme, si les socialistes veulent « faire du socialisme» (mais le veulent-ils ?), ils ne peuvent le faire, comme ils le firent à la naissance de leur mouvement, quand la classe ouvrière était la « classe dangereuse », qu'en s'appuyant sur des groupes sociaux qui sont exclus du champ politique, ou l'ont déserté. Des groupes sociaux qui ne votent pas, pas plus pour la gauche que pour la droite. Le choix d'une telle assise sociale implique forcément celui de moyens d'actions autres, ou d'un usage autre des moyens dont nous disposons (notre présence parlementaire, notamment), que ceux qui sortent de notre arsenal coutumier.

Bref, nous devons cesser d'être respectables.

14:41 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : socialisme, classe sociales | |  Facebook | | | |

Commentaires

Très lucide, mais la réponse donnée à la fin me laisse sur ma faim. Vous me direz qu'une faim de classe moyenne est encore tolérable ... pour le moment.

Écrit par : Mère-Grand | vendredi, 27 janvier 2012

... et qu'une faim de Mère-Grand est une gourmandise de loup...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 27 janvier 2012

Très joli. Merci.

Écrit par : Mère-Grand | samedi, 28 janvier 2012

Dans ce pays, une bonne partie de la "couche d'en bas" ne vote pas, parce qu'elle n'a pas le droit de vote .
Le fort taux d'immigration a jusqu'à présent nourri les classes les plus modestes et les travailleurs étrangers sont sans voix dans ce système démocratique.
On constate heureusement leur présence dans les luttes syndicales.

Écrit par : Calendula | samedi, 28 janvier 2012

égalité, solidarité, des mots qui reviennent toujours quand-on parle le clan socialiste, mais quel effet pour les citoyens? d'ailleurs les responsables ne pensent qu'à eux même. Il ne faut plus se baser sur des idéologies, nous devons s'appuyer sur nous-même pour bâtir notre avenir.

Écrit par : faire part mariage | mercredi, 08 février 2012

Je ne comprend pas du tous ce que Calendula veut insinuer?

Écrit par : faire part | jeudi, 01 mars 2012

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