Politique professionnelle et professionnels de la politique : Vive l'amateurisme !

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Que la politique soit devenue (ou redevenue ?) un « marché » et son exercice le fait de « professionnels » n'aboutit pas seulement à la dépossession des citoyens des possibilités de contrôle et de décision dont ils disposaient (ou dont on veut croire qu'ils disposaient) dans les quelques modèles (inaboutis, pourtant) de démocratie directe « rousseauiste » (dont par ailleurs les femmes et les étrangers restaient exclus, comme de la démocratie athénienne, qui s'accommodait au surplus fort bien de l'esclavage), mais aussi à creuser plus encore le fossé qui sépare « ceux qui en ont » (du pouvoir) de ceux qui en sont dépourvus, sinon sur plus dominés encore qu'eux-mêmes. Rompre avec la politique professionnelle (ou plutôt la politique des professionnels de la politique) devrait donc être l'un des premiers engagements à prendre -et à être tenu- par la gauche : au nom d'un amateurisme politique qui est la condition même d'une réelle démocratie.

Entraver les politiciens pour libérer la politique...

De quoi parlons-nous, que proposons-nous, à quoi aspirons-nous lorsque nous évoquons notre projet démocratique ? de restituer le maximum de pouvoir aux citoyens, à tous les niveaux de l'institution politique (de la commune à l'Etat central, de l'Etat central à la construction supra-étatique); de leur donner, en sus du droit d'élire, c'est-à-dire de déléguer, le droit de démettre; d'étendre enfin aux limites des droits humains leur propre droit de décider directement, et d'appliquer non moins directement les décisions prises.


Tout métier peut devenir prébende, et tout marché trafic : la politique n'échappe pas à cette règle, ni les socialistes à cette double menace, auxquelles seules d'impératives et absolues limites institutionnelles peuvent palier (limitation de la durée des mandats, droit populaire de révocation des élus, élection des hauts fonctionnaires et des magistrats du pouvoir judiciaire).
La « partitocratie » n'est pas qu'une «invention de journalistes» ou de populistes ne rêvant que d'en faire partie eux aussi, et de fortes solidarités se tissent entre politicien-nes de tous bords, agissant dans les mêmes institutions, y respectant les mêmes règles, usant des mêmes méthodes -et finalement frappés du même discrédit, lorsque « le peuple » s'aperçoit qu'il n'a plus, avec ses élu-e-s, affaire ses « représentants » (comme s'il pouvait être représenté, le peuple...), mais à un corps de métier vendant son savoir-faire comme le font les plombiers ou les électriciens; qu'il y ait concurrence entre les professionnels (de la plomberie ou de la politique) n'empêche pas la profession (de la politique ou de la plomberie) de faire au besoin « front commun », dans la bonne vieille tradition de tous les corporatismes, contre ce qui pourrait réduire ses libertés d'action et de profit économique ou politique (ce dernier se mesurant en pouvoir ou en influence). Au bout du compte, le citoyen n'est plus au politicien que son client est au plombier, et n'a pas plus de liens avec celui qu'il élit qu'il n'en a avec celui qu'il appelle pour déboucher ses chiottes.


Au vrai, c'est dans la limitation du «pouvoir du Pouvoir» que réside sans doute le remède à la politique comme prébende ou trafic : dès lors que toute décision, de quelque niveau qu'elle émane, peut être contestée et annulée par un « appel au peuple », tout profit tiré de cette décision devient précaire, et le risque de « crapulisation » du politique se trouve réduit en même temps que la possibilité de tirer profit de la décision politique elle-même.
C'est ainsi, paradoxalement (quoique...), que l'on ne peut libérer la politique qu'en entravant les politiciens, et leurs libertés individuelles (jusqu'à celle d'aller se pochtronner dans un dancing). Dès lors que toute autorité pourrait être démise par les citoyens eux-mêmes, et non seulement par une autre autorité, cette autorité devenue plus précaire, plus incertaine, devra sans cesse faire la preuve de sa capacité à être réellement exécutoire des volontés citoyennes, légiférant sous leur contrôle, garantissant leurs droits, jugeant de leur violation.

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Commentaires

  • "La limitation du «pouvoir du Pouvoir»" est-ce que cela ne serait pas une autre manière de dire "Moins d'État", un slogan qui n'a, jusqu'à ce jour jamais été de gauche!

    Espérons qu'il n'en est rien!
    Pourtant les Socialistes, ou ceux qui se disent tels et qui sont au pouvoir sont très loin de vouloir laisser la moindre bribe de ce pouvoir à la base. L'élite de gauche est aussi saoul de pouvoir que les adversaires de droite. ils le sont peut-être encore plus. Pour eux, "gens de gauche" c'est le seul moyen d'avoir un revenu très confortable.
    Posons la question à la famille Junod-Savary en Vaud ou Sommaruga-Salerno "en Genèvois": être socialiste au pouvoir, ça rapporte combien?
    Ou alors, si ces deux familles ne veulent répondre, posons la question à un certain Berset!

    Je sais! Tout travail mérite salaire. Mais encore faut-il avoir la possibilité de travailler! Pour ce faire, certains, sans pouvoir, sont obligés d'accepter des diminutions de salaire. Et alors, ce sont les Socialistes et autres gens au pouvoir qui font les fières et s'arrogent le "succès" d'une non-fermeture!... Tout le monde aura compris que je parle de Novartis à Nyon!

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