lundi, 16 janvier 2012

Genève by night : Piogre s'amuse...

Prenez un politicien un peu bas de plafond. Amenez-le à moitié bourré dans une boîte de nuit, un matin de réveillon, allez le faire pisser dans les toilettes du personnel, et laissez monter la sauce : ça se termine à coups de baffes entre deux simiens se prenant pour des mâles alphas. Et ça finit dans la presse comme si, au lieu que d'une banale chicorée entre deux machos, on se trouvait devant une affaire d'Etat. Et comme on est une petite ville avec des tas de petits cons qui savent ce qui s'est passé parce qu'ils l'ont entendu dire de quelqu'un qui l'avait entendu dire de quelqu'un qui connaissait quelqu'un qui le savait, ça dégoise dans toutes les arrières salles, ça commente anonymement sur les blogs, un membre du PS appelle un canard pour charger une copine, un député vert geint sur l'« image de Genève » et le MCG vole au secours du teufeur...  bref, on se retrouve dans un truc bien crapoteux avec un tas de de batraciens coassant dans le marigot pour se faire bien voir et disant n'importe quoi, à n'importe qui, pour donner l'impression d'avoir quelque chose à dire.  On a rien de mieux à faire et à dire à Genève, en ce moment ? Ben non, apparemment pas...


Quidquid delirant reges, plectuntur Achivi

Heureuse République, que celle qui peut se permettre de prendre une rixe de bar pour un scandale planétaire : « Unes » de la Tribune et du Matin, affichettes de la Tribune, du Matin et du Courrier, cinq minutes en ouverture du Téléjournal (rediffusé sur TV5-Monde : on a dû bien se marrer, à Ouagadougou), banalités pontifiantes de politiciens sommés de commenter l'« affaire », dont en vérité personne de tous ceux qui l'ont commenté ne sait grand chose, sinon que ça s'est terminé à coups de baffes et que deux plaintes croisées ont été déposées, réunion d'urgence du Conseil d'Etat, débriefing au Comité directeur du PLR... Alors soyons clairs : Que le Conseiller d'Etat PLR Mark Muller ait ou non, bourré ou non, entamé l'année 2012 en boxant ou non un barman, et qui a tapé sur qui, pourquoi et dans quel ordre, on s'en fout comme de l'An XL du calendrier républicain. Parce qu'on a bien d'autres griefs, politiques ceux-là, a exprimer à l'encontre du Conseiller d'Etat radelibe, placé là où il l'a été par les milieux immobiliers pour mener une politique du logement désastreuse, qu'il a effectivement mené. Et que si l'on veut lourder le Mad Mark du MàD du Conseil d'Etat, ce n'est pas parce qu'il se prend pour le mâle alpha du groupe, pas même pour occuper en pleine crise du logement un sept pièces au loyer de studio ou parce qu'il gère son département comme l'auteur de ces lignes gère son budget personnel... non, c'est précisément, voire seulement, pour avoir mené la politique des milieux immobiliers qui l'ont fait élire.


Il en va d'ailleurs de même de quelques collègues de Muller au sein d'un gouvernement dont il devient de plus en plus évident qu'il n'y a rien de mieux  à en faire que s'en défaire, à commencer par les deux autres radelibes qui y siègent, Isabel Rochat et François Longfavre. Peu nous chaut que la première ait l'éloquence d'une huitre et le second le charisme d'une bernique : pour ces deux là aussi, comme pour ceux que nous n'avons pas évoqués, ce sont les bilans et les projets qui importent, pas les parures. Mais comme disait le vieil Horace, quand les princes délirent, les peuples trinquent : En gagnant les élections de 2011, la droite avait promis que ses ministres allaient montrer comment on peut gouverner la République, rétablir la sécurité, garantir la fluidité des transports, assurer la croissance...  Ils l'ont en effet montré -et le spectacle est aussi calamiteux que les résultats. Mais sous le spectacle, ou derrière le spectacle, il y a les enjeux réels, les intérêts lourds, les choix déterminants. Et si les promesses de « bonne gouvernance » ont abouti au résultat que l'on sait, les acteurs de ce vaudeville ont tout de même fait ce que leurs metteurs en scène attendaient d'eux : Rochat couvre Genève de prisons mais se fait danser sur le ventre par la police, Longfavre démantèle l'appareil de protection sociale et Muller fait place nette aux spéculateurs. Ils ont été élus pour cela, cela, au moins, ils le font, et le reste importe peu.


Reste que moins de deux ans avant son renouvellement, il n'est plus très frais, le gouvernement genevois, avec trois ou quatre de ses membres qui ont déclaré qu'ils ne se représenteraient pas (quoique l'on soit prêts à parier qu'au moins deux vont revenir sur leurs aventureux engagements),  et trois autres qui feraient mieux de ne pas se représenter s'il et elles veulent éviter de se faire offrir une veste par l'électorat... Mark Muller ne voit aucune raison de démissionner du Conseil d'Etat parce qu'il fait, ou ferait l'objet d'une plainte pénale. Et on lui donnera parfaitement raison de ne pas vouloir démissionner. Du moins pas pour cela. Et pas tout seul. En démocratie, le juge politique des hommes et des femmes politiques, c'est le peuple qui les élit. Pas les media. Et le tribunal, ce sont les élections. Pas les rumeurs. Et le lieu politique du jugement, c'est l'urne. Pas le Moulin à Danse.

12:35 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : politique, màd, mark muller | |  Facebook | | | |

Commentaires

Il fleure, dans votre texte, d'envoûtantes essences de binôme. Qu'elle dansent, dans la nuit folle de l'hiver.

Écrit par : Pascal Décaillet | lundi, 16 janvier 2012

Qu'elles dansent, j'en suis fort aise, tant qu'elles ne chantent pas...

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 16 janvier 2012

Faire chanter suffit sans doute à leur bonheur.

Écrit par : Pascal Décaillet | lundi, 16 janvier 2012

Faire chanter suffit sans doute à leur bonheur.

Écrit par : Pascal Décaillet | lundi, 16 janvier 2012

Etonnant de constater combien la seule évocation du binôme trouble notre Pascal de droite !
Pour ma part, savoir s'entourer me paraît plutôt une qualité. Certains reproches faits à l'un(e) ou l'autre n'auraient sans doute pas lieu d'être s'ils avaient un Bernard Favre comme bras droit. Après que l'on soit d'accord ou non avec la politique qu'ils mènent, c'est une autre question. La seule importante à mon avis.

Écrit par : Philippe Souaille | lundi, 16 janvier 2012

Merci de ne pas inventer des histoires sur les faits. La presse s'en occupe déjà très bien.

Écrit par : Cestegal | mardi, 17 janvier 2012

Deux ans Müller et Rochat supplémentaires, c'est deux ans de perdus sur les fronts (ce sont des guerres) du logement et de l'insécurité.

La démocratie et ses institutions n'ont pas être protégées, sanctifiées, comme j'ai pu l'entendre ailleurs.

Ce qu'il faut défendre c'est la société, pas les institutions écrivait Foucault.
Les institutions, les vrais démocrates, les ont toujours combattues, à partir de la société et/ou des institutions elles-mêmes.

Qu'un élu socialiste (cf. TDG) mette la stabilité du gouvernement avant les intérêts des classes sociales historiquement défendues par la gauche dont il se réclame en dit long sur le processus d'acculturation des édiles.

Écrit par : gonzales | mardi, 17 janvier 2012

Oui, mais qui doit être le juge du maintien ou non de Muller, ou de quelqu'autre ministre que ce soit, à son poste ? "Le peuple", ou l'"opinion publique" (ce qui n'est pas, mais alors absolument pas, la même chose) ? Et si Muller doit partir, est-ce pour la politique calamiteuse qu'il mène, ou pour sa fin de réveillon au Moulin à Danses ?

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 18 janvier 2012

Il était en charge du dossier du MàD à ce moment là, ce n'était donc pas anodin. Il représentait forcément l'Etat quand il a agressé le barman. Ce dossier fait donc complètement partie de sa politique calamiteuse.

Écrit par : Nadal | mercredi, 18 janvier 2012

Quand je pense à la quantité de bagarres qui ont lieu chaque nuit dans les lieux "festifs" et que là on fait tout un plat pour un évènement qui n'a finalement produit que ... du papier.

Écrit par : djinus | jeudi, 19 janvier 2012

Chassez les politiciens, ils reviennent au galop!

Écrit par : faire part mariage | jeudi, 09 février 2012

Le fait d'être homme d’État n'autorise jamais à qui que se soit de faire tout ce qu'il veut

Écrit par : faire part | vendredi, 24 février 2012

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