lundi, 19 décembre 2011

Et la « Grande Genève » naquit

La « région franco-valdo-genevoise », c'est du passé...

La Chambre genevoise de Commerce et d'Industrie, la Banque cantonale genevoise et le canton de Genève ont eu, ensemble (il fallait bien qu'elles et il se mettent ensemble pour en accoucher) une idée géniale : ne plus parler de «région franco-valdo-genevoise »  mais de « Grand Genève» pour désigner l'ensemble formé du canton de Genève, du district de Nyon et de la partie des départements de Haute-Savoie et de l'Ain dont le développement est déterminé par Genève. « Grand Genève », donc, pour la région. Même si, comme la plupart des noms de villes, Genève est un nom propre féminin. Devra-t-on désormais parler de « moyenne Genève » pour désigner le canton, et de « petite Genève » pour désigner la Ville ?


« Grande Genève » et maldéveloppement régional

Selon une étude mandatée par les banques cantonales romandes, et publiée début novembre, le produit intérieur brut des six cantons romands (sans le Jura bernois, donc) va s'accroître à  un rythme plus soutenu que le PIB suisse, et que le PIB alémanique : + 2,7 % en 2011 et 2,5 % en 2012, contre 2,1 % et 1,9 % en Alémanie. En termes d'emplois, en en 2010, la Romandie (Haut.-Valais et Singine compris) en accueillait plus d'un million, pour plus de quatre millions en Suisse, et plus du quart de l'emploi romand était localisé à  Genève, qui abrite plus d'emplois que de résidents actifs : On y recense quatre emplois pour trois personnes actives (chômeurs compris), et en 2010, 20 % des emplois du canton de Genève étaient occupés par des frontaliers, dont un tiers étaient de nationalité suisse. Entre 2001 et 2008, le nombre d'emplois a augmenté de 15 % dans le canton, de 20 % dans le Genevois français et de 30 % dans le district de Nyon.
L'étude des banques cantonales suggère que le développement de la Romandie, qui serait la 51e économie mondiale si elle était considérée comme une économie nationale, est facilité par sa diversité économique, et la complémentarité de ses activités. Mais l'étude ne dit rien du revers de cette jolie médaille : l'implantation de nouvelles entreprises à Genève y créée certes de l'emploi, mais une partie des emplois ainsi créés sont occupés par des « expatriés » importés par les entreprises qui s'installent à Genève en puisant dans leurs effectifs à l'étranger, et une autre partie par des travailleuses et des travailleurs frontaliers (puisque la population résidante est plus basse que la population active), ce qui accroît la demande de logements sur territoire français, et y fait monter le prix des terrains et des logements -d'autant qu'une partie des nouveaux logements créés « sur France » sont occupés par des anciens habitants de Genève que la crise du logement a littéralement chassés du territoire de la République.

Dans un article publié en septembre par le mensuel de la Ville de Genève Vivre à Genève , la ministre municipale des Finances, Sandrine Salerno, attaquait le modèle genevois de développement, et les cadeaux fiscaux qu'il implique de faire aux sociétés multinationales et aux riches résidents étrangers sans activité. D'où une mobilisation hargneuse de tout ce que la République compte de défenseurs du secteur financier : la Fédération des Entreprises Romandes, la Chambre de Commerce et d'Industrie, la Fondation Genève Place Financière, le Groupement des Banquiers Privés...
Quelques jours plus tard, à la télé, le « Temps Présent »  de jeudi 29 septembre, sur les effets du « développement » de Genève et de l'importation de multinationales (et de leurs cadres) forfaits et rabais fiscaux à la clef, donnait raison à Sandrine Salerno en démontant le mécanisme de notre maldéveloppement régional  : on fait venir à Genève des multinationales et des cadres bourrés de pognon, qui font exploser les prix de l'immobilier dans la région, ce qui pousse les Genevois aux revenus plus modestes à aller s'installer en France voisine, où leur niveau de vie supérieur au niveau de vie local  fait exploser les prix de l'immobilier, ce qui pousse les Français les moins riches à aller s'installer plus loin, là où le coût de la vie n'a pas encore été poussé vers le haut par Genève. Exemple concret donné par l'émission : cet instituteur d'un village frontalier, qui fait 50 km par jour pour se rendre au boulot parce que son salaire ne lui permet pas de louer (et moins encore d'acheter) un logement plus proche de son lieu de travail.
Et pendant ce temps, à Genève, où la moitié de l'espace utile est occupé par des zones villas et la zone agricole, on fait de la résistance sam'suffiste à tout projet de construction de logements -et surtout à tout projet de construction de logements sociaux... Font chier, les ploucs et les pavillonnaires. Même les ploucs et les pavillonnaires bios.

14:18 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : développement, région, logement | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bonjour.
Vaste sujet.
Je pense qu'il faudrait d'abord s'en prendre aux causes de la crise du logement, notamment les multinationales qui viennent ici avec leur nombreux personnel, attirées par les forfaits et avantages fiscaux. A un certain moment il faut savoir dire "ça suffit".
Déclasser des terres ? NON.
L'agriculture genevoise ne nourrit pas sa population. Il faut protéger le peu qu'il en reste. Sinon il faudra augmenter les importations agricoles en provenance du tiers-monde. Néocolonialisme alimentaire : stop, ça suffit.
Déclasser les zones villas ? NON.
Nous vivons dans un pays libre et la propriété privée est encore une garantie de notre modèle de société. A plus forte raison que de nombreuses maisons individuelles ont été acquises par des petites gens qui ont investi toute une vie de travail dans leur bien. Ils méritent de le garder.
Je suis locataire, mais c'est ce que je pense.
Bonne journée.

Écrit par : Zora Masé | lundi, 19 décembre 2011

Je suis d'accord avec votre billet et je partage votre colère au sujet de ces ploucs bourgeois propriétaires de villa dans le canton! L'on pourrait également épingler, au passage, le maire de Veyrier, qui défend ses électeurs au détriment des "enfants de Genève", qu'on déplace en France voisine. Les réfugiers de la crise immobilière genevoise n'ont pas fini leur errance. Mais au fait, que proposez-vous pour y remédier? Existe-il un projet socialiste pour endiguer ce "développent à retardement" de l'immobilier? Faire payer "plein pot" les entreprises engageant des expat', ok. Mais où construire, comment, pour qui, à quel prix?...

Écrit par : Riro | lundi, 19 décembre 2011

Bonjour,

Sur le fonds je n'ai pas beaucoup de commentaires, mais trois remarques assez secondaires :
1) ce que vous appelez la "France voisine" s'appelle le "Genevois français"... en général lorsqu'on respecte un territoire on lui donne le nom qu'il se donne à lui même et on evité de le désigner par un nom qui ne peut être compris que localement. IL y a pas mal de parisianisme à la genevoise derrière le terme de "France voisine".
2) dans la même lignée, l'agglomération genevoise doit intégrer le qualificatif de genevois plutôt que le nom de Genève... en tout cas si ceux qui le promeuvent veulent choisir un nom qui soit certes simple, mais inclusif pour les habitants de la région genevoise.
3) les milieux économiques sont tombés à bras raccourcis sur Salerno pour défendre le modèle économique.. mais ils n'ont encore rien dit contre Thomas Barth qui refuse d'assumer les conséquences urbaines de ce modèle de développement économique. Peut être habitent ils à Veyrier ou à Chêne Bougeries et veulent ils la croissance.. mais que les nuisances urbaines soient assumées par d'autres !? Il serait temps qu'ils réagissent de manière aussi féroce à Thomas Barth qu'à Sansdrine Salerno !

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard (St Julien en genevois) | lundi, 19 décembre 2011

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