mercredi, 09 novembre 2011

Non à la suppression du Revenu minimum d'aide sociale : La Justice, pas l'aumône !

Le 27 novembre prochain, en même temps que l'introduction d'un salaire minimum, c'est la suppression d'un succédané de revenu minimum (le RMCAS, revenu minimum cantonal d'aide sociale) qui sera soumise au vote des Genevoises et des Genevois. La gauche a lancé un référendum contre cette suppression -non qu'elle se satisfasse du RMCAS, mais parce que ce que par quoi la droite propose de le remplacer est encore plus lacunaire, plus suspicieux, socialement plus excluant. C'est donc pour la même raison que nous disons «  oui » au salaire minimum et « non » à la suppression du RMCAS : parce que le principe de toute politique sociale doit être la justice, pas l'aumône !


«  Nous ne sommes pas éloignés du marché de l'emploi, c'est le marché de l'emploi qui s'éloigne de nous »

«  Nous ne sommes pas éloignés du marché de l'emploi, c'est le marché de l'emploi qui s'éloigne de nous »  : c'est la mécanique de l'exclusion que résume ainsi, pour le comité unitaire des syndicats et de la gauche, une chômeuse genevoise. Une mécanique de l'exclusion qu'huilait déjà la nouvelle loi fédérale sur le chômage, et que va parfaire, localement, la nouvelle loi cantonale sur l'aide sociale : de l'emploi (ou des études) au chômage, du chômage à l'assistance, de l'assistance à la charité... Faire passer à l'assistance publiques les personnes en recherche d'emploi : il y a de la logique dans une telle démarche. Un vrai projet social, aussi, mais un projet d'exclusion, de concentration du « marché du travail » sur les travailleuses et les travailleurs immédiatement rentables. Avec la nouvelle loi cantonale sur l'aide sociale individuelle, qui remplacera les deux lois actuelles sur les prestations aux chômeurs en fin de droit et sur l'intégration et l'aide sociale, les requérants d'aide sociale seront évalués, jaugés, soupesés, avant d'être répartis en deux cohortes : celle des « employables » -le stock- et celle des « non employables » -les invendus. Et il faudra justifier de sa pauvreté, et être vraiment très pauvre, pour pouvoir recevoir une aide permettant de survivre. Une aide qui ne sera pas un droit, mais un octroi, soumis à contrôle permanent : est-vous assez pauvre pour qu'on condescende à vous aider ? si oui, prouvez-le, si non, appauvrissez-vous encore...Sans doute le RMCAS était-il loin d'être parfait -il n'était pas un véritable revenu minimum. Mais il valait tout de même bien mieux que ce par quoi on veut le remplacer, et il était perfectible. Or on n'a pas tenté de le parfaire : on propose seulement de le supprimer. Ses défauts, celles et ceux qui en bénéficiaient les connaissaient ? qu'ils les paient, maintenant. Et qu'ils les paient concrètement : 400 francs de moins par mois pour une personne seule, près de 1000 francs de moins pour un coupe avec deux enfants...  La LASI réduit les moyens pour la réinsertion des exclus (il s'agit de faire des économies, mais sur le dos des plus faibles -pour les plus riches, on a les cadeaux fiscaux), ferme le service des mesures cantonales de retour à l'emploi, avant d'en finir avec les programmes cantonaux d'emploi-formation.  Quand le RMCAS était destiné à éviter de faire basculer les chômeuses et les chômeurs en fin de droit à l'assistance, la LASI les y précipite. Parce qu'après tout, s'ils et elles chôment, c'est bien de leur faute, non ? On veut bien leur éviter la misère, mais il leur faudra être bien pauvres, et le prouver -on ne va pas intervenir pour le leur éviter, on va attendre qu'ils et elles aient presque touché le fond. Pour leur apprendre à creuser.

14:03 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : politique, rmcas, lasi, assistance | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bonsoir Monsieur,

vous dites qu'une personne seule perdrait 400.- CHF par mois. Pourriez-vous nous expliquer comment vous arrivez à ce montant ?

Écrit par : Eli | mercredi, 09 novembre 2011

Les pays de l'Est, pourtant bien socialistes n'avait pas de système social, pas de RMCAS, pas d'aide sociale, soit on travaillait, soit on allait en prison.

C'est bien grâce au capitalisme tant décrié qu'il existe autant d'aides dans ce pays.

Écrit par : Victor Winteregg | jeudi, 10 novembre 2011

Le travail quel qu'il soit donne à l'homme sa dignité même peu ou pas payé. Celui qui ne fait rien ne se respecte pas lui-même qu'il soit riche ou pauvre.

Écrit par : L' Amer Royaume | jeudi, 10 novembre 2011

Personne ne "fait rien", à moins d'être grabataire, et la majeure partie du travail effectué dans nos sociétés est un travail non payé (de l'engagement bénévole au travail ménager)...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 10 novembre 2011

On peut être pour ou contre la suppression du RMCAS pour diverses raisons mais il serait correct de publier des chiffres juste par respect pour son électorat.

En effet, bon nombre de personnes aidées actuellement au RMCAS vont voir leurs prestations augmenter si la nouvelle loi passe et personne ne sera lésé parmi les bénéciaires actuels de la LASI (au contraire, augmentation prévue dans certains cas). Voici les montants :

1 personne seule au RMCAS :

Entretien : 1354 .-
Loyer : 1300.-
Assurance maladie : 450 .-
Total mensuel : 3104.-

Vous oubliez de dire que ce montant là est IMPOSABLE. Ce qui n'est pas le cas à l'aide sociale ! Aussi, il n'est pas rare que les bénéciaires du RMCAS paient environ 300.- d'impôt par mois.

1 personne seule à l'aide sociale:

Entretien : 977.-
Supplément d'intégration : 300.-
Loyer (avec la nouvelle loi): 1300.-
Assurance maladie : 450.-
Total mensuel : 3027.-

Ce montant là est net d'impôt !

Dans la mesure où vous vous définissez "défenseur des pauvres", il vaudrait donc mieux laisser le choix au plus démunis de voter en toute connaissance de cause avec des chiffres exacts. Merci pour eux !

Écrit par : eli | jeudi, 10 novembre 2011

Très juste, le commentaire d'Eli. Beaucoup ignorent que le RMCAS est un revenu qui, bien que minimum, est imposable! De plus, les bénéficiaires de cette aide sociale qui effectuent une contre-prestation reçoivent, en tout et pour tout, la "coquette" somme de 50 francs par mois pour cela! On prétend que ce revenu évite aux personnes de tomber dans l'assistance : il y aurait donc une nuance entre aide sociale et assistance?... On joue sur les mots. Pourtant, les deux sont versées par la même institution, l'Hospice général. J'avoue avoir de la peine à comprendre ceux qui s'accrochent au RMCAS en craignant qu'il ne disparaisse.

Écrit par : Kissa | mercredi, 23 novembre 2011

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