vendredi, 04 novembre 2011

Le 27 novembre, on vote à Genève et Neuchâtel sur le salaire minimum : La justice, pas l'aumône !

Le 27 novembre prochain, on trouve à l'ordre du jour des votations cantonales à Genève et à Neuchâtel,  l’introduction d’un salaire minimum, revendiqué au plan fédéral par une initiative syndicale dont l'aboutissement est prochain, et qui sera donc elle aussi soumise au peuple (et aux cantons) de tout le pays. L'acceptation des initiatives cantonales à Genève et à Neuchâtel, le même jour et pour les mêmes raisons de principe, par delà les différences de situation économique des deux cantons,  serait (soyons optimistes : sera...) un bel entraînement pour le combat au niveau fédéral...


Pouvoir vivre de son travail plutôt que de l'aide sociale, une revendication subversive ?

Edicter, dans chaque canton, un salaire minimum tenant compte de la réalité cantonale, et en particulier du coût de la vie et du niveau des salaires dans le canton concerné: voilà ce que demandent les initiatives cantonales et l'initiative fédérale pour le salaire minimum. Une demande qui se résume en une revendication, qui devrait couler de source claire mais que le patronat semble considérer comme subversive : pouvoir vivre de son travail et non de la charité ou de l'aide sociale. A Genève, le montant maximum de l'aide sociale pour une personne seule plafonne à 2'527.-. Or le salaire n'a de sens, socialement parlant, que s'il est sensiblement plus élevé que le revenu minimum, puisqu'il doit rémunérer un travail et doit permettre non seulement de couvrir les besoins essentiels -en d'autres termes : de survivre, mais aussi de permettre l'exercice de quelques droits fondamentaux : celui de s'informer, de se délasser, de se cultiver. Pas seulement de se nourrir et de se loger, mais aussi d'avoir une « vie sociale ».  Ce droit à pouvoir vivre de son travail sans avoir besoin de recourir à l'aide sociale, a beau être proclamé par la déclaration universelle des droits de l'homme, il n'est garanti ni à Genève ni dans le reste de la Suisse, ni par la loi, ni par la pratique. C'est à cette lacune inacceptable que les initiatives proposant l'introduction d'un salaire minimum entendent remédier. En ayant par ailleurs quelques autres conséquences positives : d'abord, de poser une limite au dumping salarial, en un temps où la sous-enchère salariale se répand comme une maladie contagieuse, et où un-e (surtout une...) salarié-e genevois-e sur cinq doit se contenter d'un bas, voire d'un très bas salaire, et où, pour la patronat, la tentation est aussi forte que la possibilité de s'en aller quérir ailleurs des gens prêts à travailler ici pour des salaires à peine supérieurs (voire même inférieurs) à l'aide sociale qui pourrait être accordée à un-s résident-e. Le salaire minimum, en effet, s'impose à tous les employeurs de l'espace où il est garanti -à tous les employeurs de Genève, de Neuchâtel ou de toute la Suisse, quelque soit la nationalité, l'âge, le sexe ou le lieu de résidence de leurs employé-e-s. Il est garanti sans discrimination aux résidents comme aux frontaliers, aux hommes comme aux femmes, aux « nationaux »  comme aux étrangers.  La droite (MCG compris, comme on ne saurait en être surpris) combat, évidemment, l'introduction d'un salaire minimum, qu'il soit cantonal ou fédéral, avec cet étrange argument : imposer un plancher à la rémunération du travail, cela «  détruit le partenariat social », voire carrément la paix du travail. Comme si un salaire minimum légal abolissait les conventions collectives et les négociations contractuelles, quand il leur donne au contraire une légitimité nouvelle en en faisant autre chose qu'un succédané de loi : un contrat allant, précisément, plus loin que la loi. Mais l'idiotie de l'argumentation patronale témoigne bien d'une inquiétude non moins patronale : ainsi, on ne pourrait plus, à Genève, faire comme aujourd'hui  travailler des gens plus de 40 heures par semaine pour moins de 4000 francs par mois ?  Et on a beau, ici,. en tenir aussi pour le droit à la paresse, on ne se lassera pas de poser toujours la même question, la question bête, la question qui fâche : quel est le salaire de ceux qui clament à tous vents que l'introduction d'un salaire minimum ne se justifie pas dans nos cantons et notre pays ?

13:58 Publié dans Travail | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : salaire | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bonne idée que le salaire minimum. On va interférer dans le processus de production et favoriser, pour les emplois non délocalisables, la rationalisation, l'automatisation et la création d'emplois plus qualifiés. Moins d'emplois pas très folichons. La Suisse s'améliorera.

Il y aura moins de bistrots et ceux qui resteront seront meilleurs et plus professionnels. La Suisse s'améliorera.

Ce qui est délocalisable sera plus encore délocalisé. Pas besoin d'aller en Chine. L'Europe de la belle librecirculation sera suffisante pour y produire les toits et autres morceaux tout fait des maisons que nous devons construire pour les librecirculants. Plus de tâches ingrates. La Suisse s'améliorera.

Et les employés licenciés ou pas mêmes engagés venu grossir les bataillons de chômeurs ? Les étrangers seront virés de Suisse suite à l'adoption par le peuple et les cantons de l'initiative contre l'immigration massive. Les suisses peu qualifiés occuperont les emplois résiduels. La Suisse s'améliorera.

La Suisse s'améliorera. Merci les extrêmes. Vive la démocratie.

Écrit par : CEDH | samedi, 05 novembre 2011

Les prévisions catastrophistes de CEDH me font penser à celle de la classe politique dominante française à la veille du referendum sur le traité européen : "Un non et c'est la terre qui s'arrêtera de tourner" nous a-t-on prédit.

Le non est sortit, rien ne s'est passé ... ou plutôt si, le contenu du dit-traité à été ré-introduit par la bande, à l'abri des interférences démocratiques.

Écrit par : djinus | mardi, 08 novembre 2011

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