mercredi, 21 septembre 2011

Sortie sur les écrans du « Vol Spécial » de Fernand Melgar : Montrer la réalité, pour la changer

Aujourd'hui, mercredi, sort sur les écrans romands (à Genève, c'est aux Scalas)  le film de Fernand Melgar, « Vol spécial ». La Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga l'aura vu dimanche dernier.  Dans ce film, comme dans le précédent de Melgar, « La Forteresse », Il s’agit de témoigner d’une réalité – le sort des requérants d’asile stockés avant expulsion au centre de Frambois, dans le canton de Genève – de montrer cette réalité, en donnant un visage humain non seulement aux futurs expulsés, mais aussi aux gardiens du centre chargés de rétention.  Aux deux victimes d'un système absurde, en somme : ceux sur qui il s'acharne, et ceux à qui il fait faire le sale boulot. Montrer le réel, surtout quand il est écœurant,  c'est aussi un appel à le changer.


Ainsi, il n'y aurait donc rien de mieux que le pire ?

En 2010, la Suisse a renvoyé sous contrainte, et par avion, 136 personnes, sur 27 vols spéciaux. De janvier à juin 2011, on a comptabilisé 76 renvois de force (ils avaient été suspendus quelque temps après la mort à Zurich d'un expulsé, pendant son expulsion). Les expulsions forcées de requérants d'asile déboutés, par vols spéciaux de « niveau 4 », où les requérants sont ficelés, menottés, casqués et même langés, sont « la pire des situations pour tout le monde et surtout pour les principaux concernés », convient, dans Le Temps du 17 septembre, Simonetta Sommaruga. Qui ajoute cependant : «Mais si l'Etat renonce à faire appliquer ses décisions (de renvoi), tout le système de l'asile s'écroule et perd sa crédibilité ». Il en a donc encore une ? Et « la pire des situations » serait donc aussi la seule concevable ? Et il faudrait se résigner à ne pas faire mieux que ce pire ? « Ces vols de degré 4 sont difficilement supportables », témoigne Jean-Pierre Restellini, président de la commion de prévention de la torture, et « observateur » de ces expulsions : « Des gens hurlent, se débattent pendant des heures » . Et parfois meurent, en Suisse aussi : en mars 2010 : un requérant d'asile nigérian, débouté et expulsé de Suisse, meurt à Zurich pendant son expulsion. Les « vols spéciaux », suspendus après ce drame,. reprennent le 7 juillet. Par le passage à tabac d'un autre requérant d'asile nigérian. En théorie, ces vols devraient désormais être surveillés par des associations indépendantes (dont les églises protestantes), et un médecin doit prendre le vol, mais aucun observateur indépendant n'était présent lors de trois des cinq « vols spéciaux » partis de Genève en 2011, et dont l'Office fédéral des migrations refuse de donner les destinations, se contentant de dire que les deux vols suivis par des observateurs, partaient pour l'Afrique subsaharienne. Les expulsions ont donc repris, de préférence sans témoins, ou avec des témoins impuissants. « Pour moi, le respect de la dignité et de la sécurité des requérants est primordial », assure Simonetta Sommaruga, sans tenir pour autant jusqu'au bout cet engagement, qui impliquerait la fin des renvois forcés, ce à quoi elle se refuse pour préserver le désormais très hypothétique « crédibilité » de la politique suisse d'asile.  « N'oublions jamais que nous parlons d'être humains », plaide la Conseillère fédérale. Oui, mais d'etre humains que l'on traite comme du bétail. Ce sont ces êtres humains que le film de Melgar donne à voir, et à qui il donne la parole. Il la donne aussi à ceux qui sont chargés de les surveiller, dans le lieu de leur stockage avant exportation: le centre de rétention de Frambois, à Genèv, grillagé, barbelé, vidéosurveillé, pour détenir des gens qui n'ont commis autre autre délit que celui de venir en Suisse, et pour les détenir sans autre but que de pouvoir les expulser. Ou, si on ne peut pas les expulser, les relâcher « sur le trottoir » avec ordre de quitter la Suisse dans les 48 heures -ce qu'ils ne feront pas, n'ayant nulle part où aller. Ils étaient déboutés, ils seront clandestins. Et la clandestinité sans moyens de vivre, cela signifie la délinquance pour survivre.  « Il faut appliquer les décisions prises par la population », déclare l'«observateur» Mario Annoni. Comme si c'était la population qui décidait des renvois, et pas une administration, couverte par des autorités politiques. Et quand bien même la population en déciderait-elle elle-même ? Le jour où « la population » votera des «lois raciales», continuera-t-on à se faire un devoir  de devoir les appliquer ? Accompagner une saloperie, pour vérifier qu'elle se déroule conformément à la loi, est-ce que, « quelque part », ce n'est pas s'en rendre un peu complice, tant qu'on ne la désigne pas par son nom : une saloperie, précisément ?


14:51 Publié dans Immigration | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, politique, frambois, melgar | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bon, à force on commence à comprendre le bonhomme. L'anarchie, c'est le grand rêve. L'utopie suprême d'un monde meilleur, plus humain, tolérant, équitable.
Plus de frontières, non aux chaines est aux barrières, on prend aux riches pour donner aux pauves (qui, soit dit en passant, deviendront riches à leur tour), etc.
Malheureusement, l'anarchie c'est aussi le chaos et le chaos, c'est la guerre.
Oui, l'ordre apparent que nos sociétés ont instauré est bancal, discutable. D'autant plus que le politique perd de plus en plus de crédibilité par toutes sortes d'alliances et de calculs électoraux abjects.
Pourtant, avec un peu de recul, force est de constater que l'humanité progresse. Lentement, certes, mais sûrement. Les bonnes volontés sont bien présentes, partout. Dans le social, l'économie et la politique.
Un jour, peut-être, verrons-nous les frontières s'effacer, une autre carte du monde se dessiner en fonction de régions géographiques et culturelles. En attendant, faut bien faire avec et je ne vois pas l'ombre d'une proposition constructive de votre part. Juste la fustigation d'un comportement inhumain et méprisable. C'est facile. Et très décevant de la part d'un élu à qui on fait confiance pour chercher et trouver des solutions.
Je vous suggère éventuellement de consulter. Bien que le monde des psys soit essentiellement constitué de narcissiques ou de complexés, vous serez peut-être surpris de découvrir que vos envolées lyriques sont essentiellement destinées à caresser votre ego plutôt que de faire avancer le schmilblick.

Écrit par : Pierre JENNI | mercredi, 21 septembre 2011

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