lundi, 29 août 2011

Rroms, police, prisons, élections : Rentrée des crasses

On retrouve Genève, la Suisse, l'Europe, le monde (on vous épargne la galaxie) à peu près dans l'état où on les avait laissés, à un Kadhafi déboulonné et un DSK relaxé près, il y a deux mois, lorsque s'est ouverte la longue période des vacances d'été : racisme ordinaire, démagogie sécuritaire, prolifération carcérale, fonds de poubelles électorales... Et la proximité des élections fédérales n'arrange rien : Lüscher dépasse Nydegger sur la droite, Rochat annonce des centaines de policiers en plus dans la rue sans en avoir la queue d'un à disposition, Zappelli dit n'importe quoi et Chevrolet ouvre sa poubelle facebook pour s'étonner ensuite de ce que ses « amis » (n'a-t-on pas ceux que l'on mérite ?) viennent y déposer leurs ordures.  C'est la rentrée. Mais c'est par où, la sortie ?


Eppur si muove

Chasser les pauvres plutôt que combattre la pauvreté, engeôler les mendiants plutôt que les margoulins de la haute finance, prendre les « sentiments populaires » pour vérité d'évangile, hurler à tout vent que « Genève, c'est le Bronx » : ceux qui auraient quitté Genève début juillet pour la retrouver fin août ne seront pas dépaysés : les mêmes miasmes y stagnent, les mêmes politicards plastronnent en exigeant « plus de sévérité » pour «éradiquer la mendicité» (mais celle des Rroms, pas celle des mendiants indigènes, ni celle, institutionnelle, qui voit tel club sportif faire le siège de la Ville pour qu'on lui paie les salons VIP où se poseront peut-être, un jour, les augustes fessiers de providentiels sponsors), les mêmes sonores âneries sont proférées devant les mêmes caméras, avec la même assurance et la même complaisance à les recueillir...  Le mendiant Rrom fait toujours recette électorale et c'est bien aussi l'imminence des élections fédérales qui contribue à expliquer la nouvelle crise de prurit sécuritaire des libéraux-radicaux, l'ineffable Zappelli en tête des gratteurs de couenne (il est vrai qu'il a dix ans d'incurie autosatisfaite et un piteux procès de la Banque Cantonale à faire oublier) . Et la Conseillère d'Etat Isabel Rochat d'annoncer qu'elle va mettre dans la rue, bien visibles et dissuasifs, 200 ou 300 policiers supplémentaires qu'elle n'a pas. Et le  PLR de réclamer des « peines-planchers de l'ordre d'un quart à un tiers de la peine maximale encourue » (on a bien fait d'abolir la peine de mort, cela nous évite au moins d'entendre le PLR nous proposer des amputations « d'un quart à un tiers » du corps des condamnés). La prison n'étant dissuasive pour aucun délinquant, on voit mal à quoi pourrait aboutir le système proposé par le PLR, si ce n'est, comme en France ou un tel système est déjà appliqué, à bourrer les prisons ou à ne pas exécuter les peines. Il est vrai que des prisons, le PLR (comme toute la droite, et sans opposition audible de la gauche) en veut toujours plus. Et que la cellule carcérale est le seul type de logement social qu'elle se révèle capable de promouvoir. Le gouvernement genevois veut 200 à 300 policiers « visibles » de plus dans les rues. Il ne les a pas. La cheffe de la police, à qui la Tribune demande si elle ne devra pas « renoncer à certaines tâches effectuées par la police pour répondre aux exigences du Conseil d'Etat», soupire : «  il faudra se poser la question ». C'est cela, posez-vous la question, cheffe, c'est déjà y répondre : n'y-a-t-il pas plus important à faire faire à la police que vider les sébiles des mendiants ? Et plus intelligent à faire de l'argent dont on dispose qu'en chier des prisons ? En attendant l'improbable réponse à ces impertinentes questions, disons ici ce qu'il ne convient pas de dire, surtout en période électorale : que Genève est une ville depuis 2000 ans, une ville-frontière depuis 500 ans et une ville riche depuis 300 ans. Que les villes, partout et toujours, concentrent tout, y compris la délinquance; que les villes-frontières, partout et toujours, y ajoutent une délinquance importée; que les villes riches, partout et toujours, attirent les pauvres. L'évidence est celle-ci,  aveuglante: on aura beau multiplier les prisons, décupler les effectifs policiers, rétablir le pilori pour les mendiants et les camps pour les Rroms, clamer à tous vents qu'on va instaurer la « tolérance zéro » et faire de Genève un camp retranché) de luxe, de calme et de voluptés sonnantes et trébuchantes, Genève ne cessera ni d'être une ville, ni d'être une ville frontière, ni d'être une ville riche, ni d'être une ville vivante. Avec tout ce que la vie et la ville trimballent d'emmerdements, n'en déplaise aux hygiénistes de tous bords et aux démagogues de tous poils.


13:28 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : politique, sécurité, roms | |  Facebook | | | |

Commentaires

Cher Monsieur,

Si vous sortiez des polémiques partisanes, la droite, la gauche, le parti X, le parti Y, entendriez-vous les cris des habitants de Genève qui constatent une dégradation de leur qualité de vie?

Nous dire que Genève est une ville et que donc "c'est comme ça il faut faire avec" n'est pas satisfaisant.

Genève était une ville plus sûre, plus propre, avec moins de mendiants il y a 10 ans, c'est une certitude. Pas besoin de revenir aux calendes grecques, juste les 10 dernières années svp.

Cessez de taper sur vos copains politiques qui ont au moins le mérite de proposer des changements, fussent-ils inapplicables ou farfelus à votre goût.

Vous, que proposez-vous? Ou au contraire est-ce que vous ne proposez rien car la situation vous semble satisfaisante?

Vous évoquez une piste dans votre billet, intéressante: que proposez-vous concrètement pour chasser la pauvreté plutôt que les pauvres dans le cas concret des Roms installés à Genève?

Merci,

PG

Écrit par : Patrice Gras | lundi, 29 août 2011

On oublie la Gérance immobilière municipale gouvernée par sa seigneurie Salerno, son règlement inique, ses expulsions de locataires, ses promesses électorales jamais tenues.
On oublie la voirie de Ville de Genève et son "chef" Maudet incapable de prendre des mesures pour rendre cette ville propre et agréable.
On oublie les magouilles quotidiennes du PLR et de son "chef proclamé" lave plus blanc.
Stop, il n'y a pas assez de place pour tout écrire tellement la liste est longue.
Mais que font les politiques ??

Écrit par : Genève_est_tombé_bien_bas | lundi, 29 août 2011

En fait, la population réagit surtout à l'augmentation des agressions, passages à tabac, cambriolages, vols et autres. Vous ne faites que noyer le poisson en parlant des Roms... qui font dans la mendicité, et non la délinquance.

Écrit par : Amusé | lundi, 29 août 2011

Un discours comme tout discours de gauche. Des confusions, des non-dits et, surtout, une absence totale de solutions.

Que proposez-vous réellement pour améliorer la situation sécuritaire de Genève ? Et si vous pouviez éviter de mettre le "sentiment d'insécurité" dans votre réponse, ça serait bien, car plus personne n'est dupe sur le sujet.

Écrit par : Bob Pahud | lundi, 29 août 2011

Mais il y sera, le "sentiment d'insécurité", dans ma réponse. Et il y sera précisément parce que tout le monde est "dupe sur le sujet"... et que la réalité de l'insécurité n'a rien à voir avec sa perception : vous risquez bien plus de vous faire faucher par une bagnole, de subir un accident de travail, de vous prendre une beigne en famille pour peu que vous soyez un enfant ou une femme, que de vous faire esbigner ou détrousser au coin d'une rue.

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 29 août 2011

@Pascal Holenweg

Très joli sophisme dans votre dernier argument.

En voilà un autre en réponse, pour illustrer l'inanité de votre argument: pourquoi être contre le Nucléaire, alors qu'on risque bien plus de mourir écrasé par une voiture qu'en raison d'un accident nucléaire.

Je trouve extrêmement malheureux que les partis de gauche, par pure idéologie, ne se préoccupent pas de la préoccupation légitime de la population (riche ou pauvre, suisse ou étrangère, peu importe) par rapport à une détérioration évidente de la sécurité à Genève.

Écrit par : Amusé | mardi, 30 août 2011

@ M. Holenweg

Par une coincidence fort incroyable, une personne d'un certain âge de mon entourage proche s'est fait agresser hier au Parc de la Grange en plein jour.

Pourriez-vous lui indiquer que les coups subis, le vol et la frayeur sont une simple impression, résultat de l'hystérie sécuritaire?

Quand la gauche va-t-elle se réveiller enfin, au lieu de faire de l'idéologie de bobo, totalement déconnectée de la réalité sur le terrain?

Écrit par : Amusé | mercredi, 31 août 2011

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